La théorie - Bien que souvent associée à d'autres notions (telles que l'expérience, la pratique, etc.), la théorie vaut d'abord en tant que concept en soi. Or, de la theôria grecque à la démarche théorique de la science moderne, la théorie est un discours toujours plus présent, et toujours plus fécond, survivant à toutes les antinomies. Si la contemplation antique se donnait comme un accès immédiat à la vérité et à l'être, la théorie des temps modernes est devenue un instrument changeant, parfois simplement descriptif des phénomènes. Un renversement s'est opéré depuis les Grecs et c'est ce renversement qui est interrogé ici. Peut-on comprendre la théorie comme un rapport abstrait et distant aux phénomènes, ou conserve-t-elle, dans sa visée, la perspective de vérité que Platon lui assignait dans la République ou le Phédon ? Est-elle un discours parmi d'autres, - un système de représentations destiné à donner de la cohérence à la pensée, - ou recherche-t-elle toujours, par-delà la pensée, l'unité de l'être ?
Chacun d'entre nous, au cours de son existence, peut être amené à commettre, de manière innocente ou fortuite, des actions pouvant modifier, telle une déchirure irrémédiable, le cours de sa vie. David et Jérôme vont, par une plongée dans un lointain passé et par les conséquences d'un acte irréparable, en vivre la bouleversante expérience. Quant à Guillaume, la transcription en ce livre de son journal intime et de sa quête vers les ombres d'une page de notre histoire, nous démontre combien les voies de la philosophie mènent à la découverte de soi. Aucun des personnages de ces trois nouvelles ne sortira indemne de ce feu venu embraser son quotidien. Aventure, Mystère, Chemin initiatique : trois voies explorées par trois hommes de notre temps.
Jonas, l'homme vomi par la Baleine sur le rivage originel, s'est-il accompli et comment ? Pour répondre à cette importante et vaste question, il faut interroger tous les aspects de notre civilisation. Deux adolescents, Chérubin et Nhiburec (l'anagramme indique leur identité double et inverse), entreprennent une enquête à Poitiers, la ville où est né Jean Demélier, qu'il hait et aime avec passion. Influencé par Jean Genet, Samuel Beckett et Rabelais, l'auteur brosse en cinquante-cinq scènes une fresque de toutes les couleurs, de tous les tons.
Jean Demélier a aussi bien rencontré ces gens dans la rue que dans d'autres lieux publics. Ce sont des hommes et des femmes comme on en voit tous les jours, dont les propos semblent empreints d'une grande banalité. Et cependant, à travers leur comportement, leurs gestes et leurs paroles qui révèlent la mesquinerie, la vanité, l'angoisse, la solitude, ces personnages atteignent une dimension fantastique, insolite. Des visions de beauté, des éclairs de tendresse tempèrent l'ironie féroce qui caractérise ces quarante brèves nouvelles.
Résumé : Il a quarante ans. Il a quitté Poitiers, qui fut le décor tendre et cruel de ses précédents livres, puis Paris, pour habiter Avignon et rêver d'en partir. Marc Aurèle, son poisson rouge, Mme Barbattoni, la ménagère la plus proche, et Mme Marmottino, avec sa vocation rentrée de cantatrice, forment d'abord le noyau ravageur de sa réflexion, mais, peu à peu, celle-ci prend du volume, occupe la Cité des Papes tout entière avec ses tumultes, ses foules, son soleil et sa poussière, puis ose dire enfin aux "estrangers" de France et de l'univers : Ne venez jamais ici, n'achetez jamais rien en Provence, ce pays n'est que du vent dans la lumière. Cette audacieuse autobiographie d'un solitaire inquiet a l'extraordinaire vitalité d'un roman picaresque dont les épisodes, les espoirs et les chutes sont liés à la circulation cérébrale et sanguine d'un homme qui cherche indéfiniment à se comprendre.
Dans une région montagneuse et tourmentée de l'Afrique Occidentale, où le problème de la subsistance se pose de façon aiguë, une population a frappé depuis longtemps les observateurs par la hardiesse de son architecture, la qualité de son artisanat, la vitalité de ses rites et la beauté de ses manifestations culturelles. Depuis les travaux classiques de Marcel Griaule, les Dogon sont un des hauts lieux de la littérature ethnographique. Geneviève Calame-Griaule, sa fille, en renouvelle l'étude. Civilisation du verbe : le mythe même de la création y atteste le rôle primordial de la parole. Les ancêtres des hommes, êtres proches du poisson, descendus sur la terre avec "l'Arche du monde", reçoivent le miracle de la parole de Nommo, leur compagnon, lui-même fils de l'oeuf fécondé par la "parole" d'Amma. Dans ce monde créé, tout "parle". L'homme cherche son reflet dans tous les miroirs d'un univers à son image, dont chaque brin d'herbe, chaque moucheron, est porteur d'une "parole", d'un symbole. Si la réalité est ainsi comme un livre dont il faut, pour un esprit dogon, interpréter les signes et décoder le message, il est clair que ces "archives de la parole du monde" se sont constituées, au cours des siècles, selon des habitudes et des lois qui dominent la mentalité dogon. D'où une théorie et une mythologie de la parole ; d'où l'inventaire de ses rôles dans la vie amoureuse et religieuse comme dans la solution des conflits sociaux ; d'où sa place enfin parmi les autres moyens d'expression que sont la plastique et la musique. C'est toute la conscience qu'une collectivité a d'elle-même et du monde qui nous est ainsi restituée. Vaste inventaire. Patient déchiffrement. Mais cette analyse exemplaire que fait Geneviève Calame-Griaule des rapports entre le langage et une société particulière revêt alors un sens universel." (Présentation de la première édition, Paris, Gallimard, 1965) Geneviève Calame-Griaule.