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Pierre Michon. L'envers de l'histoire
Demanze Laurent
CORTI
21,00 €
Épuisé
EAN :9782714312624
Pierre Michon brasse l'histoire, les archives et les minutes ordinaires. Ses livres inactualisent pourtant les siècles, pour mieux faire effraction dans le présent, par la violence intempestive d'une énonciation impérieuse. Scribe au lutrin, aède au crépuscule de l'Empire romain, barbichu sous la Troisième République, acteur beckettien, historien romantique, chasseur préhistorique, moderniste à contretemps, fin lettré, révolutionnaire des Lettres et écrivain de la Terreur : Pierre Michon est tout cela à la fois, à force de troubler les temps antérieurs et de désordonner l'histoire. Je voudrais rendre à cette oeuvre contemporaine sa force d'irruption et sa puissance d'événement. Au lieu de l'écrivain majuscule, entré de son vivant dans les histoires littéraires, travailler à déclassiciser Pierre Michon. Rappeler en somme la voix barbare qui gronde sous le style, la sauvagerie moderniste tapie sous le souci de réparer les vies ou la brutalité préhistorique sous l'ambition démocratique.
Résumé : Faire effraction dans le réel : voilà le voeu qui anime l'écriture d'Emmanuel Carrère. Ne pas se contenter de la réalité mais en attendre - avec effroi - une puissance de révélation. Cette capacité de vengeance du réel oblige l'écrivain à se confronter aux limites de son pouvoir, à tout ce qui du réel reste fatalement en souffrance. Carrère fait dérailler le monde quotidien parce que ses héros sont en quête de lieux et de situations où ils pourraient enfin être "hors d'atteinte" . Une rencontre a tout changé dans les années 1990 : celle de Jean-Claude Romand et de sa terrible histoire. Soudain la fiction ne suffit plus. "J'ai renoncé à m'absenter, j'ai écrit le livre à la première personne. Je pense sans exagérer que ce choix m'a sauvé la vie" avoue ici Emmanuel Carrère. L'écrivain devient alors autant le témoin du réel que son narrateur malgré lui. Ce volume dirigé par Laurent Demanze et Dominique Rabaté prend la mesure de l'oeuvre, et ouvre l'atelier de l'écrivain. On y trouvera un ensemble de textes d'Emmanuel Carrère, articles, scénarios inédits, correspondances, un cahier iconographique, des témoignages d'amis et d'écrivains, des études critiques.
Si les esthétiques de la brièveté ont donné lieu à de nombreuses études, les processus d'une écriture du court ancrés dans une culture médiatique de l'instantanéité n'ont pas encore été analysés dans leur variété. Souci de l'actualité, proximité à la publicité, dispositifs numériques, mais aussi économie de l'attention infléchissent en profondeur les modes d'écriture et les pratiques de lecture.
Tanguy Viel est un romancier contemporain, publié aux éditions de Minuit connues pour leur veine formaliste, qui, après avoir exploré les interactions entre littérature et cinéma, interroge le pouvoir de la littérature à dire le vrai, comme le droit, ou à s'égarer dans les puissances du faux.
Dans un temps de transmission empêchée et de tradition morcelée, la littérature contemporaine interroge les figures évanouies de l'ascendance. Tour à tour investigation généalogique et restitution biographique, les livres de Pierre Bergounioux. Gérard Macé et Pierre Michon s'écrivent à rebours de l'amnésie moderne. Car la modernité fait peu de cas des heures révolues et des êtres minuscules, des héritages secrets et des filiations traversières. Entre inquiétude et mélancolie, ces trois auteurs se ressaisissent d'un passé familial lacunaire, dans un souci de mémoire aux couleurs de deuils. C'est la mélancolie qui taraude ce livre. La mélancolie d'écrivains qui ne se résignent pas à faire le deuil des temps désuets. La mélancolie aussi de leurs récits de filiation, où se dit la figure fin de siècle d'un individu hanté par les fantômes de l'ascendance et par leurs désirs inaccomplis. La mélancolie, enfin, d'une mémoire encombrée par les souvenirs de lecture et l'aura des livres d'autrefois. C'est elle qui donne à ce livre sa tonalité funèbre, c'est elle encore qui module dans les textes de Pierre Bergounioux, Gérard Macé et Pierre Michon l'élégie d'un monde disparu. Mais cette teinte sombre, qui colore leurs écritures, ne se réduit pas aux inflexions de l'humeur ni aux sombres cogitations. Elle est aussi une passion de l'altérité, qui recueille les destins déshérités de l'ascendance et restitue leur éclat singulier. Il y va ainsi dans cette mélancolie contemporaine d'une éthique de la littérature.
J'ignore tout de Solange Brillat ou plus exactement, j'ignorais tout. La presse, ces derniers jours, évoque sa disparition et publie une photo noir et blanc. Solange sourit, et derrière son sourire il y a un lac. Où cela peut-il être ? Qui a pris cette photo, à quelle occasion ? Un journaliste qui avait frappé à ma porte la semaine dernière cite mon témoignage, quelques mots que je me souviens vaguement avoir prononcés : "Selon son voisin, c'était une jeune femme très discrète, banale." J'imagine Solange Brillat quelque part à une table de café, lisant les épithètes de sa gloire et tentant de se remémorer son voisin. Très discrète, banale. Ces mots aujourd'hui, je les regrette"