La sociologie, et plus largement les sciences sociales, s'appuient sur l'analyse de matériaux empiriques diversifiés. Parmi ceux-ci les matériaux langagiers ou textuels (entretiens d'enquête, archives écrites ou orales, dossiers de presse...) occupent une place centrale dans la production scientifique contemporaine. Or ces corpus de données non numériques sont de plus en plus volumineux, de sorte que leur exploitation appelle le recours à des méthodes non manuelles, telles que les logiciels spécialisés dans l'analyse textuelle. Pourtant ceux-ci demeurent peu utilisés, en raison notamment d'une faible familiarité des étudiants avancés et des chercheurs avec ces méthodes logicielles. Ce livre se situe par rapport à cet enjeu : il vise à expliciter ce que ces logiciels - certains d'entre eux - peuvent faire, ou plus précisément à montrer comment ces méthodes peuvent être mobilisées. Luttant contre toute dérive vers une mise en pilotage automatique de l'analyse de données par les outils logiciels, ce livre présente et confronte des usages réflexifs de ces caractérisés par un va-et-vient permanent entre questionnement sociologique et expérimentation d'algorithmes. Ce n'est que dans ce cadre épistémologique que les logiciels d'analyse textuelle peuvent être mobilisés au service de la recherche en sciences sociales.
La nécessité de "professionnaliser" et de "se professionnaliser" renvoie à un usage social plus en plus répandu. La relation formation/emploi est interrogée dans de nouveaux contextes éducatifs, formatifs et professionnels. Ce livre aborde la question de la professionnalisation: entre perspectives théoriques et approches méthodologiques, au croisement des institutions et des sujets, et au travers de dispositifs de développement et de pratiques d'accompagnement.
Chercheur à l'Ifresi (Institut fédératif de recherches sur les économies et les sociétés industrielles), l'auteur a réalisé une synthèse riche et très dense des recherches sur le chômage. Bilans statistiques, facteurs de retour à l'emploi, monographies sur le chômage de longue durée, le tour d'horizon est complet. Au passage, quelques interrogations sont soulevées, en particulier sur les politiques publiques: avec la multiplication des mesures individualisées, ne risque-t-on pas de culpabiliser et de démotiver les chômeurs en liant leurs difficultés à leur projet personnel, et non à la situation économique? Au total, une réflexion parfois un peu technique, mais pertinente. --Lionel Steinmann--
Ce livre cherche à décrire ce que font quotidiennement les hommes et les femmes politiques et à rendre compte des conditions dans lesquelles ils et elles travaillent. Pour explorer les formes malléables du travail politique, il rassemble des travaux réalisés sur des terrains variés, portant sur des institutions politiques, des collectifs de travail, des détenteurs de fonctions exécutives et des entourages d'élus. Quatre angles d'analyses du travail sont privilégiés : son expérience et sa gestion, ses modes d'organisation et de division, ses formes d'interprétation et d'appropriation, ses carrières et ses marchés. Publié avec le soutien du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), centre de Sociologie des organisations.
La condition de chômeur est marquée par l'obligation de recherche d'emploi, mais cette définition internationale dissimule des réalités hétérogènes. L'objectif de ce livre est d'explorer la diversité des significations du chômage : comment les chômeurs vivent-ils et interprètent-ils leur situation à Paris, à Sao Paulo et à Tokyo ? Le chômage a-t-il le même sens partout ? L'ouvrage retrace les manières dont le chômage est vécu par des hommes et des femmes de milieux sociaux et d'âges différents dans ces trois métropoles. Cette démarche comparative permet de repérer plusieurs échelles de variation : internationale, avec un univers de significations commun aux chômeurs des trois pays ; nationale, avec l'affirmation de modèles de référence spécifiques à chaque territoire ; transnationale, avec des expériences qui se recoupent selon le sexe, l'âge et la catégorie sociale, quel que soit le pays. Fruit d'enquêtes par entretiens biographiques approfondis et d'une méthode inédite de comparaison internationale, ce livre renouvelle les connaissances sur le chômage d'une façon aussi originale que passionnante.
A Rome, religion et pouvoir sont étroitement imbriqués, comme le montre le relief en couverture du volume : autour de l'autel, le dieu (Mars en l'occurrence) et le magistrat veillent de concert à la clôture des opérations du census qui, tous les cinq ans, définissaient la place de chacun dans la communauté civique. Cet ouvrage permet de mieux appréhender les rapports entre religion et pouvoir dans le cadre des collectivités romaines, de la deuxième guerre punique à la fin des Sévères. Avec les pratiques rituelles pour fil conducteur, il privilégie trois problématiques : les institutions, les acteurs dans leurs espaces et pratiques, et les changements face à l'évolution des situations historiques. L'enquête est nourrie des renouvellements historiographiques opérés depuis deux générations dans l'histoire des religions comme dans l'histoire politique et sociale du monde romain.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.