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Alternatives Sud Volume 17-2010/1 : Le Brésil de Lula : un bilan contrasté. Points de vue du Sud
Duterme Bernard
SYLLEPSE
13,18 €
Épuisé
EAN :9782849502624
Au terme du deuxième et dernier mandat présidentiel de Lula. et au-delà de son extraordinaire popularité, quel bilan tirer de ses huit années à la tête du Brésil ? Les commentateurs ne manqueront pas de souligner les acquis du "lulisme": une santé économique impressionnante. des indices de développement humain en hausse et un activisme diplomatique tous azimuts qui a promu ce pays-continent au rang d'acteur global incontournable. Pour autant, ces succès ne doivent pas masquer les errements et les renoncements du gouvernement Lula par rapport au projet populaire incarné historiquement par le Parti des travailleurs. Certes, il a mis un point d'arrêt au cycle de privatisations, réaffirmé très nettement le rôle de l'Etat dans le pilotage de l'économie, élargi les programmes de lutte contre la pauvreté et manifesté une tolérance sans commune mesure avec celle de ses prédécesseurs à l'égard des mouvements sociaux. Parallèlement, trahison pour les uns. mal nécessaire pour les autres. la réforme agraire et l'indispensable redistribution des richesses ont été sacrifiées sur l'autel de la croissance. dans la poursuite d'une politique économique bienveillante à l'égard des marchés financiers et favorable aux secteurs agroexportateurs. A quel coût social et environnemental ? Quelle que soit l'appréciation des années Lula, cette dynamique "possibiliste". faite de continuités. de compromis et d'inflexions davantage que de ruptures, manifeste aussi l'étroitesse du champ d'action politique qui caractérise le système institutionnel brésilien.
Éditorial de François PoletExpansion des agrocarburants au Sud: dynamique et impactsLes cultures pour agrocarburants gagnent du terrain dans la majorité des pays du Sud. Dominées par des plantations industrielles, elles génèrent d'importants impacts problématiques: concentration des terres, destruction des écosystèmes, fragilisation de la sécurité alimentaire. Les systèmes de certification volontaire visant à faire émerger un agrocarburant industriel «durable» aident surtout à «verdir» l'image du secteur.À la croisée d'enjeux énergétiques, environnementaux, agricoles et commerciaux majeurs, les agrocarburants suscitent de vifs débats depuis plusieurs années. Leurs détracteurs ont gagné de l'audience depuis la crise alimentaire de 2007 et la mise en cause des cultures énergétiques dans l'explosion du prix des denrées alimentaires. La chute des prix mi-2008 n'a pourtant pas réduit la pression sur les avocats des cultures énergétiques, car deux nouvelles accusations émergent depuis peu, étayées par un nombre croissant d'études et de rapports. La prise en compte du «changement d'affectation des sols» causé directement ou indirectement par les agrocarburants remettrait en question leur bilan carbone positif, principal «argument de vente» auprès du grand public. Et la quête de surfaces agricoles qu'ils occasionnent serait une des causes majeures de l'inquiétant phénomène d'«accaparement des terres» dans les pays du Sud. Malgré l'intensité de la controverse, la Commission européenne et les États du Nord comme du Sud gardent le cap et relativisent les impacts... ou misent sur l'application de critères de durabilité pour faire émerger des filières «propres».Cette livraison d'Alternatives Sud revient plus spécifiquement sur la dynamique de l'expansion des agrocarburants dans les pays du Sud et les impacts variés qu'elle génère. Quels sont les principaux moteurs de la «fièvre des agrocarburants» au Sud et quels sont les discours de légitimation avancés pour convaincre les opinions publiques locales du bien-fondé de l'affectation de terres à des cultures énergétiques? Quels sont ensuite les impacts concrets pour les populations, en particulier pour les groupes les plus pauvres? Sont-ils en mesure de bénéficier d'un secteur largement dominé par les monocultures industrielles ou sont-ils condamnés à n'en connaître que les inconvénients, sous la forme d'une fragilisation de la sécurité alimentaire et de leurs droits d'accès aux ressources naturelles? Cette expansion est-elle par ailleurs compatible avec la préservation des écosystèmes sensibles? Au-delà, les effets sociaux et environnementaux «en cascade» de l'expansion des agrocarburants sont-ils maîtrisables par les instruments - critères de durabilité et systèmes de certification - avancés par les acteurs de la filière et les pouvoirs publics?(...)
Un productivisme frénétique conduit à des pratiques dommageables pour des milliards de personnes dans les pays du Sud, mais également et de plus en plus, dans les pays industrialisés. Sans que les paysans en aient fait la demande et sans qu'ils aient été consultés, un modèle leur a été imposé. Septembre 2011, l'Agence des Etats-Unis pour le développement international annonce avoir conclu un accord avec la multinationale Monsanto et le ministère de l'agriculture du Népal visant à introduire un maïs hybride auprès de 20 000 paysans. "Très vite, écrit le magazine Le Point, les protestations ont fusé. [...]. Outre l'enjeu des stratégies agricoles, c'est le nom même de Monsanto qui fait frémir les contestataires. "Cette firme a une histoire controversée, dénonce l'activiste Sabin Ninglekhu. Et quand Monsanto s'implante dans un pays, elle finit souvent par tester ou par vendre des OGM. Chez notre voisin, l'Inde, les baisses de rendement de son coton transgénique BT ont poussé des paysans au suicide. Nous ne voulons pas de Monsanto."" Architectes et principales bénéficiaires de la libéralisation des échanges agricoles, les firmes de l'agrobusiness, ne cessent de renforcer leur emprise sur le système agroalimentaire mondial. Fortes de leur poids économique et de leur influence politique, favorisées par une batterie de normes internationales taillées sur mesure, les firmes de l'agrobusiness poursuivent leurs stratégies de concentration à l'échelle de la planète, prélevant une part grandissante de valeur ajoutée tout au long des chaînes productives. Dopées par la hausse des prix agricoles et le boom des agrocarburants, elles gagnent du terrain au Sud, via l'acquisition de grandes superficies fertiles ou la prise de contrôle des opérateurs locaux. Et y imposent "leur" modèle de développement : productiviste, tourné vers l'exportation, socialement excluant et écologiquement destructeur. L'adhésion des gouvernements et des organismes internationaux au discours des grandes firmes sur la "pénurie alimentaire globale qui vient" n'en finit pas d'étonner. Parées de vertus prométhéennes que leur conféreraient leurs avances technologiques, seules ces firmes seraient capables de dynamiser des secteurs agricoles traditionnels "improductifs", en vue de nourrir le monde. Les mouvements paysans dénoncent cette imposture qui occulte les causes structurelles de la faim. Au nom de la souveraineté alimentaire et de la diversité agricole, ils s'opposent à un modèle qui signe la fin des agricultures paysannes et la marginalisation des millions qui en vivent.
Source de revenu et d'alimentation pour des centaines de millions de personnes, principalement dans le Sud, la pêche constitue un enjeu clé. Comme industrie lucrative, elle se trouve également à la croisée de questions socio-économiques, géostratégiques et écologiques de premier plan. Avec les progrès techniques et la hausse constante de la demande, le"boom de l'halieutique" s'est traduit par davantage de pression sur les ressources et une explosion des inégalités spatiales, sociales et économiques. A mesure que le secteur s'est mondialisé, les clivages se sont renforcés : mise en concurrence des pêcheries artisanales et des flottilles industrielles, concentration des filières et captation de la valeur par les puissances maritimes et les transnationales du secteur, transfert de protéines du Sud (premiers producteurs) vers les pays industrialisés (premiers consommateurs), surexploitation de réserves, etc. Encouragés par des ONG environnementalistes centrées sur l'épuisement des stocks, Etats, institutions internationales et acteurs privés ont proposé des mesures pour contrer la surpêche : droits de pêche gérés par le marché, aquaculture, aires marines protégées, certification, valorisation du capital naturel, etc. Mais, libérale et conservationniste, la stratégie tend à renforcer la privatisation des mers, lacs et cours d'eau, aux dépens des communautés de pêche artisanale. Celles-ci, victimes du réchauffement climatique et des mégaprojets côtiers - touristiques, industriels, aquacoles -, s'organisent pour défendre leurs droits face au "blue lobby".
Evoquant le rapport publié par l'ONG Oxfam, en octobre 2014, le quotidien Le Parisien écrivait : "La famille de Liliane Bettencourt, héritière de L'Oréal, est tellement riche qu'il lui faudrait 102 ans pour dépenser sa fortune, à raison d'un million de dollars par jour. Un constat sidérant, mais qui n'est qu'un exemple parmi d'autres évoqués dans [ce] rapport coup de poing." La situation est si grave que Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), n'hésite pas à inviter dans le Financial Times, les "maîtres du monde" à s'inquiéter que, "dans de trop nombreux pays, les bénéfices de la croissance ont profité à trop peu de gens, ce qui n'est pas la bonne recette pour la stabilité et la durabilité" de la croissance mondiale. L'inégalité nuit gravement au bien-être. Le truisme est désormais décliné à l'envi par nombre d'études internationales : les disparités de revenus, les asymétries de patrimoines, la concentration des richesses génèrent des sociétés moins prospères, plus vulnérables et moins durables. Or, à l'exact opposé des promesses de la doxa libérale du trickle down selon laquelle l'accumulation des nantis finit par ruisseler vers les plus modestes, l'aggravation des inégalités enregistrée ces dernières décennies - entre pays et à l'intérieur de la plupart des pays - s'impose comme l'effet sociétal majeur de la globalisation de l'économie. Et signe, en cela, l'échec d'un modèle de développement planétaire, inique et inefficace. Comble de la concentration des patrimoines, 1 % de l'humanité (73 millions d'ultrafortunés) détient aujourd'hui 50 % des richesses totales, tandis que la moitié de la population mondiale (3,65 milliards d'individus) dispose de moins de 1 % de celles-ci. Disproportion exorbitante, sans précédent et éthiquement injustifiable. Quant à l'écart entre pays riches et pays pauvres, si son explosion remonte à la période coloniale, il a encore pratiquement triplé depuis lors, pour atteindre un rapport de 80 à 1. Comment se construisent ces disparités ? Pourquoi le rendement du capital supplante- t-il à ce point les revenus du travail ? Que pèsent les mécanismes de redistribution face à la dérégulation, aux accaparements privatifs, à la libéralisation commerciale, à la concentration des actifs, à l'évasion fiscale ? Des pistes politiques existent pour renverser la croissance des inégalités.
Concluant sa somme sur le premier âge du capitalisme, Alain Bihr explore dans les deux volumes du troisième tome la constitution d'un premier monde capitaliste. Sont ainsi examinées en premier lieu les différentes formations d'Europe occidentale qui ont été, tour à tour, motrices de l'expansion outre-mer. Les avantages respectifs dont ces formations en ont tiré parti renvoient à leurs relations conflictuelles et aux rapports de force entre les ordres et classes qui les constituent. La Grande-Bretagne, s'appuyant sur les Provinces-Unies et les acquis de sa révolution bourgeoise, finit par en sortir victorieuse, au détriment de la France. Sont ensuite mis en relief le statut semi-périphérique et la forte hétérogénéité des formations d'Europe baltique, centrale, orientale et méditerranéenne. Toutefois, certaines d'entre elles (la Savoie, la Prusse, la Russie) pourront réunir des conditions leur permettant, par la suite, de jouer dans la "cour des grands". L'ouvrage examine enfin les principales formations sociales marginales, affectées par l'expansion européenne mais encore capables d'y résister et de se développer selon leur logique propre. Ce qui explique à la fois pourquoi le capitalisme n'a pas pu naître dans la Chine des Ming et des Qing, en dépit d'atouts évidents, et pourquoi, en se fermant, le Japon féodal a au contraire préparé les conditions de son rapide rattrapage capitaliste à l'époque Meiji.
Résumé : Pourquoi et comment un médiocre parlementaire d'extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d'Amérique latine ? L'arrivée de Bolsonaro à la présidence du Brésil n'est ni un événement fortuit, ni une parenthèse sans lendemain. Portée par une lame de fond, elle est à la fois le produit des circonstances et la conséquence d'un travail de conquête et de formatage de l'opinion par de nouvelles droites radicales et militantes. Dans un contexte marqué par une profonde crise économique, morale et institutionnelle, ces courants ont exploité les frustrations et les ressentiments de la société brésilienne, pour s'imposer aux affaires. Avec l'appui des vieilles oligarchies et des secteurs les plus conservateurs, ils entendent aujourd'hui solder l'héritage du "lulisme" et dicter leur agenda ultralibéral, rétrograde et autoritaire. Révision des droits sociaux, démantèlement des protections environnementales, privatisation des entreprises publiques, réalignement de la politique étrangère sur les Etats-Unis, croisade morale et sécuritaire..., le tournant engagé risque de réduire à néant les progrès démocratiques engrangés au terme de plusieurs décennies de luttes. Sonnée et divisée, la gauche s'est jusqu'à présent montrée impuissante à contrer la vague réactionnaire. Elle devra, coûte que coûte, retrouver son unité et proposer un nouveau projet mobilisateur pour éviter que le pays, champion toutes catégories des inégalités, ne s'enfonce dans l'abîme.
En 2010, Lula quittait la présidence du Brésil avec 80% d'approbation et des indicateurs économiques au beau fixe. Moins d'une décennie plus tard, Dilma Rousseff qui lui a succédé est destituée par un coup d'Etat parlementaire et Lula est emprisonné à la suite d'un procès politique. Pire, l'élection présidentielle de 2018 a livré le pays à un militaire d'extrême droite. Que s'est-il donc passé? ? fabio luis barbosa dos santos tente d'y répondre en brossant le portrait des mandats du Parti des travailleurs à la tête du pays. Il montre la dérive d'un parti qui fut le centre de gravité des luttes sociales au début des années 1980 pour finir par devenir le "bras gauche" de l'ordre en vigueur au cours des années 2000. Essai sur l'histoire récente du Brésil, ce livre revient aussi sur l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro et scrute le chapitre brésilien du glissement mondial vers un néolibéralisme toujours plus violent, autoritaire et inégalitaire.
Du mur que le président Donald Trump entend ériger à la frontière avec le Mexique au mur de séparation édifié par Israël dans le cadre de son projet colonial en passant par Frontex et les multiples murs de l'Europe forteresse, tout indique que nous assistons à ce que l'auteur appelle le "nouveau cloisonnement du monde". Ces "murs" érigés le long des frontières internationales représentent aujourd'hui plus de 10% du linéaire mondial de frontières. Ces murs sont la partie émergée de systèmes de surveillance et de contrôle plus vastes. On trouve aujourd'hui ces dispositifs sur tous les continents. S'ils sont généralement justifiés par la lutte contre les trafics et le terrorisme, la plupart sont en fait des barrières anti-migrants et ont pour objectif de limiter ou contraindre la mobilité des êtres humains. Les frontières contemporaines tendent ainsi à devenir de nouveaux "rideaux de fer" : des "frontières de fer". Comment, à la vision "ouverte" et positive des frontières, qui culmina avec la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, a succédé une ère de soupçon, de peur et de violences symbolisée par la multiplication de ces "murs" ? Au bout du compte, c'est la question du rôle et de l'impact de ces installations qui sera au coeur de cet ouvrage. Des expérimentations de l'époque coloniale à la création néolibérale d'un vaste marché de la sécurité, l'auteur souligne l'augmentation des décès liée au contournement de ces dispositifs, le coût en vies humaines de ce monde muré. Les nombreuses cartes qui enrichissent cet ouvrage en font un véritable guide pour comprendre cette nouvelle segmentation de la planète.