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Antoine Blondin, écrivain
Cresciucci Alain
KLINCKSIECK
24,99 €
Épuisé
EAN :9782252032459
Journaliste, critique littéraire, Antoine Blondin est surtout un romancier incomparable, le plus modeste et le plus brillant des Hussards. Son ?uvre est restée " mince ". Songerait-on à le lui reprocher ? Un peu. Trop léger, trop élégant, pas assez novateur. A l'heure où l'on s'interroge sur le renouvellement (ou l'épuisement) du roman par l'autobiographie, on oublie que Monsieur Jadis est une des premières autofictions ; à l'heure où le sport est devenu le plus " portant " des phénomènes de société on ne sait pas assez que Blondin, dans ses chroniques, a livré quelques joyaux de littérature sportive. Cet essai, qui prend ses distances avec la légende pittoresque du clochard céleste de Saint-Germain-des-Prés, n'est pas une introduction, mais une lecture s'attachant d'abord à situer l'auteur d'Un Singe en hiver dans l'histoire littéraire de la seconde moitié du siècle, puis à montrer que dans ses fictions comme dans ses articles se révèle un univers personnel complexe et original.
Antoine Blondin est plus connu comme personnage que comme écrivain : la légende, qu'il s'est attaché à construire lui survit depuis un quart de siècle. Survie précaire car les témoins se font rares et les lieux disparaissent - Le Bar-Bac et le Courrier de Lyon, deux hauts-lieux de la rue du Bac ont disparu, le Rubens de la rue Mazarine a été remplacé par une galerie de peinture. Chaque année, le Tour de France ramène ses bons mots... aussi longtemps qu'il restera des journalistes sportifs non formatés par les écoles de journalisme. Même son livre le plus connu ne lui appartient pas tout à fait : Un singe en hiver est d'abord un film, d'Audiard plus que de Verneuil. L'ambition de ce livre est de prendre Blondin au sérieux, c'est-à-dire de montrer comment en cinq romans, deux recueils de nouvelles (j'inclus Premières et dernières nouvelles), 1 500-2 000 articles, chroniques, mini essais, il a construit une oeuvre - mot dont il s'est toujours défi é, par trop grande modestie Mais à la différence de la plupart de ses confrères, Blondin n'établit pas de distinction absolue entre la fiction (romans et nouvelles) et les écrits journalistiques (écrits polémiques, articles, chroniques sportives). Si la biographie de l'auteur nous a aidés à comprendre les raisons profondes de son comportement erratique puis de sa dégringolade littéraire dès la fi n des années 70, il faut d'abord appréhender Blondin dans un univers de stricte littérature (il prétend d'ailleurs que c'était le climat du phalanstère du quai Voltaire). On ne comprendra donc le " blondinisme " - notion inventée par Nimier - qu'en explorant la construction poétique qu'il développe, doté des ressources stylistiques qui lui sont propres pour faire tourner le monde entre ces quatre inflexions : réalisme, fantaisie, nostalgie et mélancolie. On a reproché à Blondin, et il était d'accord, de ne pas être un grand inventeur d'histoires. A y regarder de plus près, ses personnages composent une véritable petite comédie humaine, témoignant de la société française du second demi-siècle. De même, les paysages qui défi lent dans son oeuvre mais aussi dans ses articles de L'Equipe, doivent-ils bien plus à l'imagination (paysages sentimentaux) qu'à la banale exactitude documentaire. Viennent les " mythes personnels " que Blondin a, lui-même, très tôt définis sous le nom de " vocations " : la littérature, le sport et l'amitié. Examinons l'amitié, le grand " mythe de référence ", et celui du sport... sans oublier celui qui se glisse entre les deux, un mythe, d'ailleurs lié à l'amitié, qu'il a cultivé puis délaissé ; le mythe de l'engagement/désengagement... politique.
Entre la Libération et les débuts de la Ve, la Quatrième République des Lettres s?enorgueillit d?un petit parti informel qu?un jeune polémiste du nom de Bernard Frank baptisa « Hussards ». Ses membres les plus éminents s?appelaient Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin. Plus tard, on leur associa Michel Déon. Un même mal de vivre dans un demi-siècle épuisé, une approche du monde désinvolte et insolente et, par-dessus tout, le goût de la littérature rassemblaient ces Désenchantés, enfants de l?entredeux- guerres. Ils ont cherché à se faire une place entre l?Existentialisme exécré et le Nouveau Roman moqué et redouté. Ces touche-àtout romanciers, journalistes, scénaristes et éditeurs prirent un malin plaisir à défendre les écrivains bannis de l?après-guerre ? Chardonne, Morand, mais aussi Giono et Céline ?, et quelques causes politiques perdues d?avance. Voici l?histoire passionnante de ces intellectuels de droite, libertins d?une décennie féconde, qui traversèrent une époque e ervescente. On ferraillait alors pour ou contre la décolonisation, le retour du Général, l?indépendance de l?Algérie, la disparition du personnage et de l?intrigue, la « qualité française » et la Nouvelle Vague, au coeur d?un Saint-Germain-des-Prés où l?on croisait maîtres-penseurs et noctambules cultivés. Alain Cresciucci est professeur de littérature du XXe siècle à l?université de Rouen. Spécialiste de Céline et des auteurs peu reconnus par l?institution universitaire, il a consacré une biographie à Antoine Blondin (Gallimard, 2004), dont il a également édité des nouvelles, des articles et une correspondance à ses proches (La Table Ronde).