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Roman et censure ou La mauvaise foi d'Eros
Couturier Maurice
CHAMP VALLON
20,00 €
Épuisé
EAN :9782876732285
Comme nous le rappelle l'affaire Salman Rushdie, la censure continue de s'en prendre aux romans et aux romanciers. Certes, elle a tendance à perdre de sa rigueur en Europe et aux Etats-Unis depuis le XVIIIe siècle, notamment pour les romans traitant de sujets religieux ou politiques, mais elle n'a pas disparu en ce qui concerne les romans possédant un contenu sexuel important, la justice française ayant même fait interdire Lolita de Nabokov en 1956. Le roman moderne, psychologique et sentimental par définition, social accessoirement, a toujours cherché à parler du sexe ; le sujet étant risqué, les romanciers durent inventer une multitude de stratégies narratives plus ou moins sophistiquées pour rendre leur texte acceptable à un large public et se préserver des critiques que l'on pouvait adresser à leurs personnages ou à leurs narrateurs. Le présent ouvrage examine quelques romans célèbres parus ces trois derniers siècles et qui ont un contenu sexuel explicite, comme L'Académie des dames, Tristram Shandy, Madame Bovary, L'Amant de Lady Chatterley, Ulysse ou Lolita, et analyse les procès dont ils ont fait l'objet ; il montre le lien structurel qui existe entre la censure en matière sexuelle et l'innovation en matière stylistique et met l'accent sur l'immense mauvaise foi dont font preuve tous les protagonistes impliqués dans la circulation du livre, depuis l'auteur jusqu'au lecteur, en passant par les éditeurs, les pouvoirs publics, la justice et la critique. Cet ouvrage constitue le second volet d'une étude sur l'interaction auteur-lecteur en milieu romanesque, le premier étant constitué par La Figure de l'auteur paru en 1995.
Il est des vies qui sont magiquement fécondées et réorientées par une rencontre. Maurice Couturier, qui avait débuté la sienne dans un milieu culturellement très pauvre, régi par la religion, et entrepris une carrière universitaire, n'allait se découvrir essayiste et romancier qu'après avoir été percuté par les fulgurances de l'écriture nabokovienne à l'âge de trente ans. Ses mémoires, constamment hantées par l'imaginaire de Nabokov, cet amoureux des papillons et du jeu d'échecs, dressent le portrait d'un petit garçon rebelle, cruellement meurtri, qui couvait un désir ardent de découvrir le monde, et d'un adulte résiliant. Ses multiples ouvrages sur l'auteur de Lolita lui ont servi de passeport dans le village global, ce "tout petit monde" décrit par son ami David Lodge dont il fut le premier traducteur.
Dans le roman moderne, et depuis le XVIIe siècle, les romanciers ont dû faire assaut de créativité pour discourir sur le sexe, faire discourir le sexe, tout en cherchant à déjouer les interdits moraux, juridiques et surtout esthétiques. Cet ouvrage dresse l'inventaire des principales stratégies narratives et poétiques utilisées en réponse à ce défi par plusieurs grands auteurs appartenant au canon littéraire occidental, depuis Richardson, Sterne, Flaubert, Melville, Joyce et jusqu'à Nabokov, dont certains ont été confrontés à la censure.
Après avoir proclamé la "mort de l'auteur", Roland Barthes montrait, dans Le Plaisir du texte, que le lecteur avait besoin de la "figure de l'auteur" pour reconfigurer le texte et échapper au babil. Le présent ouvrage développe cette proposition, ainsi que celle de Michel Foucault sur la "fonction-auteur" : il présente une théorie intersubjective du roman, montrant que l'auteur et le lecteur sont happés à l'intérieur du texte, quelles que soient leurs stratégies de fuite, et qu'ils interagissent l'un avec l'autre, de manière non symétrique et souvent conflictuelle, à travers ces sujets transitoires que sont les narrateurs et les personnages. L'analyse est fondée sur certaines des oeuvres les plus innovantes des littératures française, anglaise et américaine de ces trois derniers siècles - une attention particulière étant réservée aux romans du XVIIIème siècle et à ceux de Flaubert, Proust, Joyce et Nabokov.
Reprenant une expression célèbre de Térence, l'empereur Tibère aurait comparé l'exercice du pouvoir au fait de tenir un loup par les oreilles : sous la menace permanente du complot ou de l'usurpation, celui qui avait su parvenir au pouvoir devait savoir, pour s'y maintenir, déployer en permanence les qualités et les techniques les plus diverses sous peine de succomber. En cas de contestation, il n'y avait pas d'autre alternative que la victoire ou la mort, que ce soit pour l'empereur en titre ou pour celui qui entreprenait de prendre sa place. C'est cette histoire que ce livre se propose de raconter et d'analyser afin d'en mettre en valeur les ressorts secrets ? les fameux arcana imperii ? mais aussi le langage officiel fait de gestes, de pratiques et de mots d'ordre destinés à assurer la paix et la longévité d'un règne, ou à justifier la révolte. Depuis Auguste jusqu'aux Sévères, durant les trois siècles étudiés ici, complots et éliminations jalonnent l'histoire impériale. Une analyse précise permet de mettre en lumière les logiques qui les sous-tendent. Au gré des variations du consensus dont bénéficie l'empereur, des styles de gouvernement se dégagent, mais aussi des profils de concurrents, hommes et femmes ? car ces dernières jouent un rôle clé et payent un lourd tribut à la stabilité du pouvoir. Dans un régime sans constitution, qui prétend, au début, poursuivre inchangée sa forme républicaine, un langage du pouvoir et de sa contestation se crée et s'installe dans les pratiques. Il constitue, règne après règne, comme une nouvelle tradition. Sources littéraires variées en grec ou en latin, inscriptions ou graffitis, programmes monumentaux ou frappes monétaires, c'est avec une richesse inouïe que l'Antiquité nous a légué son témoignage sur les pratiques impériales, nous permettant d'en lire l'histoire avec une précision qui ne laisse de nous surprendre et de nous parler aussi de notre monde contemporain.
En janvier 1589, alors que la France subit sa huitième guerre de Religion entre catholiques et protestants, Jacques de La Guesle, procureur général au parlement de Paris, dénonce les effets désastreux de la division religieuse aux représentants des trois états réunis au château de Blois. Elle n'a apporté que désordres, confusions, démolitions d'églises. Pour le haut magistrat, la dissension religieuse est un glaive à deux tranchants qui pénètre jusque dans la moelle des os. Les années de la fin du règne de Henri II voient s'accélérer la rupture reli- gieuse entre catholiques et protestants. En témoignent les arrêts criminels rendus par le parlement de Paris, cour souveraine qui rend la justice au nom du roi. Ils sont un observatoire privilégié, sorte de caisse de résonance de leur époque. Ils offrent la possibilité de suivre presque au jour le jour les violences et les affrontements toujours plus intenses entre catholiques et réformés. L'enquête débute en 1555, pour s'achever sur la paix d'Amboise en mars 1563, soit les huit années qui précèdent la première guerre de Religion et qui l'englobent aussi. Se distinguent trois phases différentes : une politique de répression menée par Henri II jusqu'à sa mort accidentelle en 1559, la recherche de conciliation menée en 1560 et 1561, puis l'éclatement de la guerre en mars 1562 et ses effets. L'activité criminelle de la plus haute cour de justice du royaume montre qu'en matière de religion la politique royale est souvent hésitante, parfois volontariste, et qu'elle finit par se heurter à l'opposition des sujets, laquelle entraîne l'inapplication des lois et le développement de la violence. Quant à la justice du roi, son légalisme pétri de modération tente de conjurer une réalité qui ne veut pas s'encombrer de scrupules juridiques. Cette étude révèle à quel point la Réforme protestante a ébranlé la France ainsi que la monarchie. Elle aide à nous convaincre de l'importance du danger que constitue la résurgence de la violence au nom de la religion.
Volontiers qualifiées de "favorites", de "presque reines" et même parfois de "sultanes", les maîtresses des rois de France sont parmi les femmes les plus célèbres de l'Ancien Régime. Si, depuis le début du XIXe siècle, nombre de biographies et de romans historiques leur furent consacrés, elles rencontrent un accueil plus mitigé auprès des chercheurs. Flavie Leroux vise dans cet ouvrage à dépasser l'anecdote et la "petite histoire", pour proposer une perspective plus large rendre compte du rôle central que les maîtresses ont pu tenir dans la construction de leur propre parcours, dans le devenir de certaines familles et dans le fonctionnement institutionnel de la monarchie. L'enjeu est d'étudier le phénomène de la faveur au féminin en général à l'aide de sources largement inédites. A cet effet, est considérée une période charnière dans l'histoire de France : les règnes de Henri IV (1589-1610) et de Louis XIV (1643-1715), qui marquent l'avènement et l'expansion de la monarchie dite absolue. On retrouvera des figures fameuses, telles Gabrielle d'Estrées, Mme de Montespan ou Mme de Maintenon, mais aussi des maîtresses moins connues, comme Jacqueline de Bueil, Charlotte des Essarts ou encore Marie-Angélique de Fontanges. L'étude ne s'arrête cependant pas aux femmes qui entretiennent une liaison avec le roi. Leurs enfants, leurs parents, les individus et les communautés qu'elles protègent sont également au coeur de la réflexion. Au-delà du portrait factuel, politique, tapageur ou moral, la maîtresse et les siens sont considérés dans leur réalité sociale. Filles, soeurs, tantes, mères, parfois épouses ou veuves, mais aussi dames nobles, femmes d'affaires et protectrices : autant de visages qui montrent la capacité d'action de ces femmes et leur influence dans le devenir de leurs proches, tout en éclairant le fonctionnement du pouvoir royal.
Comment conquérir puis gouverner une dizaine de cités, des nobles par milliers et près d'un million de sujets ? En Lombardie, entre 1515 et 1530, François Ier, Francesco II Sforza et Charles Quint ont buté sur la même question. La réponse offrait un prix de taille : une terre riche et peuplée, à la croisée des chemins de la Méditerranée, des Alpes et des plaines du Nord. Si la guerre fut destructrice et indécise, c'est que les autochtones opposèrent aux conquérants des défis à la hauteur d'une culture politique millénaire. Plus le temps passe, plus la Lombardie apparaît comme une des pièces incontournables de la formation de l'Europe moderne, entre exercice de la souveraineté, de la fidélité et de la médiation mais aussi expérience de la violence, de la servitude et de la résistance.