Depuis la Révolution française, deux mots, deux notions, deux grands courants de pensée et d'action hantent le monde, tantôt naviguant de conserve, tantôt s'affrontant violemment: démocratie et révolution. Leur rencontre a fait qu'en deux siècles le monde a vécu plus de bouleversements que durant les trois millénaires antérieurs. Mais le processus n'a été ni linéaire, ni progressif, ni pacifique, scandé de retours en arrière et de révolutions violentes et sanglantes, de coups d'Etat et de dictatures. Pourtant, bon an mal an, la révolution démocratique l'a emporté peu à peu, assise sur la souveraineté de la nation, l'égalité des citoyens devant la loi et l'élargissement du corps politique grâce au suffrage, principes posés en 1789. C'est de cet extraordinaire bouleversement contradictoire que cet ouvrage veut rendre compte, en s'appuyant sur cent textes fondateurs qui, sous l'appellation de manifeste, charte, déclaration, adresse, instruction, arrêté, catéchisme, appel, programme, rapport ou simple discours, témoignent de chaque moment du processus historique et caractérisent une pensée, un homme, un mouvement idéologique, politique ou social se proclamant d'avant-garde. Ils ont une double importance: ils font foi et sont la preuve documentaire indispensable à toute réflexion; ils ont très souvent donné le coup d'envoi d'un combat, conduit au passage à l'acte. Le poids des mots... Analysés par des historiens, des philosophes, des sociologues ou des politologues, ces cent textes s'imposent comme autant de témoins des mouvements de société, comme autant de caisses de résonance des grandes idées porteuses, offrant ainsi un panoramique de pics, de plaines et de gouffres où s'est perdue ou sauvée l'histoire des deux derniers siècles. Ce corpus constitue un outil de travail essentiel à l'usage d'un vaste public et, en particulier des enseignants, des chercheurs et des étudiants à qui il manquait jusqu'ici.
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, douze ans après les controverses et le succès - un million d'exemplaires, vingt-cinq traductions - du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois propose un recueil aux idées tout aussi décapantes. Prenant le contre-pied des thèses traditionnelles sur les origines du totalitarisme, illustrées par Hannah Arendt et George Mosse, il montre le rôle fondamental de Lénine et du bolchevisme dans l'invention, entre 1902 et 1922, de ce phénomène politique inédit. Grâce à l'exploitation des archives de Moscou, il redéfinit le rôle de Staline et la nature des crimes de masse commis par les régimes communistes, ce qu'il appelle le "génocide de classe", seul concept susceptible d'éclairer la famine ukrainienne ou les assassinats au Cambodge. Enfin, Stéphane Courtois revient sur la mémoire tragique du communisme en Europe centrale et orientale, la mémoire glorieuse du communisme en Europe occidentale - en particulier en France - et la mémoire paradoxale de l'URSS dans la Russie de Vladimir Poutine qui réhabilite Staline.
Résumé : La fin de la Guerre froide, la chute du communisme, l'accès partiel des archives du Vietnam et l'ouverture de ce pays au monde, qui a permis à des historiens non vietnamiens de mener à bien leurs recherches sur le terrain, de dialoguer avec leurs homologues sur place et d'interroger des témoins, ont contribué à un renouvellement important des études sur le communisme vietnamien. "Oubliant les tabous", comme l'écrit Christopher Gosha, qui a dirigé ce dossier, une nouvelle génération de chercheurs délaisse les approches téléologiques, qu'elles soient communistes ou nationalistes, pour mettre au jour de nouvelles sources, de nouvelles interprétations, concernant notamment les rapports entre les PC français et indochinois, les tentatives réformistes au lendemain de la mort de Staline, le culte des martyrs de la révolution ou bien encore la réappropriation par le parti communiste vietnamien d'une culture traditionnelle... S'inscrivant dans la continuité de la revue créée en 1982, Communisme, sous la direction de Stéphane Courtois, est désormais un ouvrage annuel qui entend poursuivre son étude de l'histoire et de l'actualité du communisme, sous toutes ses formes et sous toutes les latitudes, en faisant appel aux chercheurs tant français qu'étrangers. Outre le Vietnam, l'Asie (l'évolution récente de la Corée du Nord, les procès des dirigeants Khmers rouges), l'Amérique du Sud (le chantier du recensement des morts du castrisme), l'Europe (la "rééducation" dans la Roumanie communiste, le communisme européen et ses capacités d'adaptation) et la France (splendeurs et misères du Front de gauche) font ici également l'objet d'études détaillées.
Résumé : Attentat d'un jeune d'extrême droite contre le président de la République française, croix gammées dans les cimetières juifs, saluts fascistes dans les stades de football, la passion raciste et ultra-nationaliste, la fascination pour la violence, réminiscences des mouvements et régimes totalitaires d'extrême droite, semblent s'être emparées d'une fraction de la jeunesse européenne. Tee-shirts à l'effigie de Che Guevara, de Lénine et même du KGB, défilés russes à la gloire de Staline, montée en puissance du vote trotskyste à l'élection présidentielle française, mobilisation spectaculaire des "nouvelles radicalités " contre le projet de Constitution européenne : les idées qui ont fait la force du mouvement communiste tout au long du XXe siècle semblent connaître une nouvelle jeunesse. Soixante ans après la défaite du nazisme allemand et du fascisme italien, un demi-siècle après la mort de Staline, la pensée totalitaire et les pratiques qu'elle induit hantent-elles toujours l'Europe? Pourquoi nos sociétés opposent-elles tant d'obstacles à un travail d'histoire et de mémoire des totalitarismes européens? Pourquoi la pensée totalitaire, fondée essentiellement sur l'idéologie révolutionnaire et l'utopie, continue-t-elle de trouver bon accueil dans nos sociétés démocratiques ? C'est à toutes ces questions qu'une équipe de vingt-deux historiens, sociologues et politologues venus de toute l'Europe consacre sa réflexion, dans cet ouvrage qui poursuit une recherche déjà engagée dans Quand tombe la nuit - Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe, 1900-1934 (L'Age d'homme, 2002) et Une si longue nuit - L'apogée des régimes totalitaires en Europe, 1935-1953 (Editions du Rocher, 2003).
Résumé : Russie. Février 1917. La Première Guerre mondiale dure depuis trois ans. Des mouvements sociaux d'ampleur et d'intensité variables éclatent sur tout le territoire de l'empire. En cause : le poids économique de la guerre, les pertes subies sur le front, la stratégie du tsar. Face au refus des troupes de réprimer les manifestations, Nicolas II est bientôt contraint d'abdiquer. Mais les premiers enthousiasmes de la révolution de Février disparaissent lorsque survient Octobre. Parvenus au pouvoir, les bolcheviks mettent en place un appareil d'Etat terriblement répressif : établissement d'une police politique, la Tcheka, création de l'Armée rouge, organisation de la pénurie, voire de la famine, pour mieux contrôler les villes et les campagnes... Consacré à la révolution d'Octobre proprement dite, cet ouvrage décrypte le coup d'Etat de Lénine et du parti bolchevique le 7 novembre 1917 à Saint-Pétersbourg, coup d'Etat qui fit taire les autres acteurs majeurs des premiers mois insurrectionnels, notamment les paysans. Réunissant une équipe internationale d'historiens spécialisés, 1917. La révolution bolchevique donne un aperçu original, fondé sur les recherches les plus récentes, de cet événement central qui bouleversa l'histoire du XXe siècle.
Résumé : Durant des décennies, il a été d'usage d'associer libéralisme économique et libéralisme politique, économie de marché et démocratie. Mais l'évolution du capitalisme, entre accroissement vertigineux des inégalités et emballement des politiques identitaires, contredit chaque jour un peu plus cette vision optimiste. Contrairement à une idée reçue, l'Etat apparaît comme un enjeu central pour les néolibéraux, en ce qu'il permet une réorientation des politiques publiques en faveur des plus riches et que, naguère régulateur, il est désormais devenu l'instrument même de la dérégulation économique. Servira-t-il aussi d'ultime rempart répressif à l'oligarchie face aux troubles que sa politique aura causés ? Retour inquiet d'un quinquagénaire sur l'échec de sa génération, élevée dans l'idée du progrès à venir et aujourd'hui confrontée à une crise protéiforme, cet essai montre comment la généralisation à tous les champs de l'activité humaine de ce qui est présenté comme la "rationalité économique" est à l'origine de l'instabilité actuelle. Mais aussi qu'à rebours de ce que les tenants du néolibéralisme aimeraient faire croire, le coeur du problème demeure politique plus qu'économique. Ce qui ouvre un espace à l'action.
Résumé : " Citoyens!... " L'orateur Jaurès, debout face à l'assistance, marque une courte pause puis s'élance. Sa voix, capable d'emplir les plus vastes édifices, épouse chaque nuance de sa pensée. L'effet d'entraînement sur l'auditoire est immédiat : les témoignages abondent, qui décrivent son incomparable éloquence. Mais s'il fut un maître reconnu de la parole, l'élu de Carmaux, fondateur de la SFIO, demeure aussi et surtout, Léon Blum l'a souligné, l'" un des plus hauts penseurs et un des plus grands écrivains dont la France ait pu s'honorer ". Qu'il s'agisse de l'homme politique, farouche défenseur de la République et socialiste convaincu, du militant pacifiste, du philosophe ou du poète, ce recueil de discours et de conférences constitue la meilleure approche du " tribun extraordinaire ".
En 1989, la chute du communisme est saluée comme une victoire de la démocratie sur l'autoritarisme. Trente ans plus tard, c'est dans cette partie du continent qu'agissent les plus virulents mouvements du populisme européen. Comment comprendre un tel paradoxe ? Une manière d'y répondre est de replonger dans l'histoire. Cette perspective de longue durée est d'autant plus nécessaire que le populisme n'est pas un phénomène nouveau dans cette partie de l'Europe. Au XIXe siècle, les narodniki russes promettent de sortir la paysannerie de son " arriération " et de la doter d'un droit de cité. Par la suite, les mouvements agraires semblent apporter des réponses au sous-développement et à la difficile construction, dans cet espace, de communautés politiques fortes, et les régimes communistes mobilisent certaines stratégies populistes. Aujourd'hui, les démocraties illibérales remettent en question le mode d'organisation de nos sociétés, issu des Lumières. En redonnant leur épaisseur historique aux dérives populistes à l'oeuvre en Europe centrale et orientale en ce début de XXIe siècle, Roman Krakovsky rappelle combien leur récente poussée peut servir d'avertissement pour le reste du continent.
Cassirer Ernst ; Hendel Charles W ; Vergely Bertra
Résumé : Avril 1945. Ernst Cassirer achève peu avant de mourir Le mythe de l'Etat : un ouvrage réalisé à la demande de ses amis afin de tenter de comprendre les origines et les causes du nazisme. Sans jamais prétendre réduire le tragique de l'Histoire, mais sans renoncer non plus à toute explication, il invite la modernité à repenser son rapport au mythe. Les déformations qu'il fait subir à la pensée ne sont-elles pas la préfiguration, voire la caution, des violences politiques qui viennent ensanglanter les sociétés ? L'obscur besoin d'ordre qu'il véhicule et qui hante les fondements de la culture n'est-il pas responsable de la transformation de celle-ci en cauchemar, lorsqu'elle s'avise de ne plus lui résister mais de se confondre avec lui ? Le XXe siècle n'a-t-il pas basculé dans le tragique parce que subitement la culture s'est mise à célébrer le culte du héros, de la race et de l'Etat tout en versant dans un pessimisme dénigrant la Raison ? Ce livre peut être considéré, à bien des égards, comme le testament philosophique de l'un des plus grands penseurs de ce siècle, et en tout cas du plus digne héritier des Lumières. Livre savant attaché à reconstituer la mémoire de la Raison en refaisant l'histoire de toute la pensée politique, c'est aussi un livre de philosophe plaidant, à travers une critique du mythe, pour que la raison politique ne déroge pas à la plus haute de ses fonctions : réaffirmer la culture contre les tentations d'ériger l'idéologie, et donc la violence, en raison. Pour Cassirer, trois cultes particuliers ont propagé la déraison en politique : 1/ le culte du héros qui défend la nécessité de dirigeants politiques forts, voire d'hommes providentiels ; 2/ le culte de la race, véhiculé par Gobineau ; 3/ la conception hégélienne de l'Etat, dans laquelle l'institution étatique n'a pas à être limitée par les droits individuels, car elle est une réalité suprême, transcendante, divine, qui n'a sa finalité qu'en elle-même. Cassirer reproche à cette théorie de fournir une justification à la toute-puissance de l'Etat totalitaire.