Le titre, L'Agonie de Gutenberg, s'impose pour définir la méthode, le projet, sa signification. Ce livre est composé de courtes chroniques, un mélange de réflexions paradoxales, de regards ironiques sur l'actualité, de fables farfelues, de saynètes cocasses, de confidences émouvantes, qui ont d'abord été diffusés sous forme numérique, des blogs intitulés Vilaines Pensées sur des sites, relayés sur Facebook depuis 2013, avant d'être aujourd'hui publiés dans le format classique d'une impression sur papier. Cette démarche illustre une période de rupture, de passage entre des modèles d'édition qui vont coexister, peut-être bientôt au profit d'une nouvelle transmission de l'écrit. Ensuite, si Gutenberg agonise, ce n'est qu'un des aspects d'une rupture plus générale dans nos civilisations, le passage d'un siècle à l'autre, d'un monde à l'autre : un renversement des valeurs, quand ce qui était réactionnaire devient révolutionnaire, et vice versa, un dilemme entre des identités perdues et le vertige de devenir multiple, mondial, déraciné. Comme si l'Histoire soudain se racontait dans un autre sens, où la fiction l'emporte : un bouleversement inscrit dans l'humour décapant et corrosif de chaque texte de cette amusante satire de notre quotidien Enfin, ce titre mélodramatique reflète le ton moqueur de l'ensemble, une sorte de journal iconoclaste qui, peu à peu, construit et architecture un roman. Un récit à plusieurs voix qui se complètent, se contredisent, un chant de personnages récurrents, tel cet excentrique monsieur Piano. Un choeur où s'accolent les points de vue les plus divers, comme ceux d'une souris ou d'une balle de revolver. A l'image du grand chaos mondial et souvent ridicule de ce début du vingt-et-unième siècle. C'est drôle, percutant : par exemple, la campagne présidentielle de 2017 en France est décrite en une série de contes à la Charles Perrault ou en un pastiche des Lettres persanes de Montesquieu. Cette dérision peut séduire celles et ceux, comme il sied de dire, qui aiment la littérature et souhaitent examiner à la loupe les contorsions de notre modernité, de notre avenir.
Résumé : " Nous, les toros de mort, depuis le ventre de nos mères, un homme nous poursuit ; il nous rattrape toujours. Souvent, au cours de nos vies, nous voulons tuer, dans le bonheur de la violence... " " Moi, Herrador, toro de mort, je pense au moment où j'attendais, transporté en ville, dans le toril, entendant les tressaillements des foules et des tambours, fébrile, concentré, entendant aussi les éclats des combats des toros avant moi, mes frères. Ce moment où j'attendais l'espoir immense de sortir de l'ombre pour entrer sans réfléchir dans la lumière, énorme, colossal, les cornes dressées, sauvage, brûlant d'un sang innocent et de la mémoire de mes mères, de mes pères, surgir dans l'énigme d'une arène, afin de déchiffrer ce sable et ce mystère. Surgir et rencontrer mon torero, surgir et passer à la cape puis à la muleta, au milieu de l'enthousiasme de mon public, surgir et parvenir peut-être au temple intime, ralentir de moi-même mon rythme, quand la muleta étend ses plis et que j'étends mes plis, sublime de caste et de volupté... " Les toros de corrida parlent, racontent de leur point de vue, analysent dans leur logique : et ce sont, en vérité, tous les animaux qui regardent et dissèquent les odeurs ou les cris de l'humanité.
L'inconnu continuait à me fixer. Qu'est-ce qu'il voulait, à la fin ? M'accueillir dans sa propre solitude ? Pas question. Même si la mienne était insupportable. Une engelure tenace. J'ai voulu me protéger à ma façon, et d'une voix narquoise : - A votre avis, quand le type en trench est entré et qu'il a glissé deux mots à l'oreille de l'autre, qu'est-ce qu'il lui a dit ? II est resté impassible, l'air de ne pas comprendre. Ou de s'en foutre éperdument. Peut-être avait-il dormi pendant le film ? - Si on allait prendre un verre ? J'ai secoué la tête énergiquement. Et avec forfanterie, voire provocation : - Non, merci. Je ne bois pas. Je ne fume pas. Je ne me drogue pas. De toute façon, j'attends quelqu'un. - Vous attendez quelqu'un ? a-t-il dit sur un ton de perplexité moqueuse." Michel Lambert nous fait pénétrer à nouveau dans l'univers chancelant des couples ou des compagnons de route improbables, des secrets douloureux à retardement, des derniers pas que promènent, au fil d'un poignant chant du cygne, ceux qui ne pourront plus jamais se retrouver comme avant, dans l'illusion ou le fantasme, soudain surpris par l'éternel lendemain et sa lumière trop forte et trop blanche.
Les marins dénouent les cordes qui nous relient à la terre ferme. Ils courent pieds nus, le bas de leur galabeya coincé entre leurs dents, d'une bitte d'amarrage à une autre. Ils s'interpellent, des rires fusent, des noms, Ashraf, Mohammed. Ils jettent les bouts sur le pont. Le petit remorqueur auquel nous sommes attachés ronronne, la corde entre les deux bateaux se tend, nous nous écartons de la rive. [...] Nous quittons Esna. [...] Les deux voiles latines, rayées rouge et blanc, s'ébrouent, se gonflent d'air, grandissent encore. Le cordage qui nous relie au remorqueur est lâché. [...] Le voyage sur le Nil commence." Et le roman de remonter aux sources mêmes du récit... Gaia l'Ardéchoise grandie au coeur d'un village de pierre sombre, très jeune prise par le désir de voyager. Luis le brillant avocat new-yorkais, né au Mexique. Leurs chemins qui se croisent pour se nouer à Gurnah. Le début d'une formidable aventure humaine, portant témoignage à la fois fies soubresauts de l'histoire contemporaine et de l'indéfectible charme de l'Egypte.
Tantôt faits de pure matière poétique, tantôt marquant les amants au fer rouge de la passion, les innombrables nuances du sentiment amoureux répandent leurs frémissements au fil de ces dix histoires. De la tendresse naissante sous les cerisiers en fleurs de Kyoto à la poursuite de la femme rêvée en Arabie heureuse; de la voix intérieure de l'assassin de John Lennon au coeur de Manhattan, au doute mortel de Luchino Visconti sur le plateau palermitain du Guépard: que d'amours absolus, dans ce défilé de l'espèce humaine tout entière! Les jeunes comme les vieux, les riches comme les pauvres, les beaux comme les parias dont on ne parle jamais y sont convoqués. De somptueux conte des mille et une nuits en faits divers urbains, de joies fantasmées en désir de meurtre... A chaque page, l'amour envahit le moindre interstice créé par l'accident, la rencontre inattendue ou l'abandon brutal et, par-delà l'énigme du destin, réunit la mort à la vie.
Philippe, brillant conseiller politique, est de permanence, cette nuit-là, à l'Elysée. Le standardiste du Palais, un ancien du GIGN, se charge de filtrer les appels importuns. Détournement d'avion, panique boursière en Asie du Sud-Est, prise d'otages à la mairie de Nanterre, frasques nocturnes de personnalités en perdition, etc. aucune situation de crise ne semble résister au savoir-faire de Philippe, modèle de sang-froid et d'habileté. Gérer une liste improbable d'événements sans avoir à réveiller le Président fait partie de sa routine. Mais quand le téléphone sonne à cette minute précise, il est loin de se douter que c'est son propre passé, hanté par la mort et les occasions manquées, qu'il va devoir affronter. Une femme en pleurs est à l'autre bout du fil. Elle est une amie proche du Président. Pas une maîtresse mais une amie. Elle lui doit la vie et s'apprête à la lui rendre. Philippe, bouleversé, poussé dans ses derniers retranchements, écoute cette inconnue, Marie, évoquer son suicide. La carapace de cet homme, rendu cynique et froid à force de servir le pouvoir, cède d'un coup au souvenir d'autres vies brisées, celles des fidèles amis qu'il n'a pas su dissuader de passer à l'acte. Décidé à sauver Marie, il cherche à la faire parler, à l'amener à raconter son histoire. A gagner du temps... Une longue et douloureuse "négociation" à haut risque commence.