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Solitude des plantes
Commère Pascal
TEMPS IL FAIT
14,00 €
Épuisé
EAN :9782868532510
Autonomes mais prises dans un tout, les dix-huit histoires qui forment ce livre ne cessent de communiquer entre elles. Les six personnages qui les animent passent de l'une à l'autre, sortent puis reviennent. Apparaissent alors, outre la figure du père sur une photographie - emblème de l'absence -, le grand frère, la mère, le cadet, sans oublier le grand-père et sa chatte Ciboulette... Mais il y a aussi le petit vélo, Nounche, le voisin, le balai de la mère et ces foutues mouches. Toutes choses et créatures qui obsèdent, deviennent insupportables... "Ils sont tous fous ici" affirme le narrateur. Tous, mais chacun pour soi, dans son coin. Comme si la petite folie, avec son ennui, ses manies, protégeait un temps de la grande - la vraie. Celle qui conduit le grand-père, devenu seul à son tour, dans un hôpital psychiatrique, puis à l'hospice; muré, comme ses congénères, dans l'amnésie et le silence. Dans la solitude. La solitude des plantes...
Résumé : " L'homme qui trouva la mort dans le tournant du bas, c'était mon père. Ou plutôt, mon père est mort à l'entraînement. Il n'y eut pas pour lui de tournant ce jour-là, ni durant les jours qui suivirent. Sinon le dernier - le grand tournant. Au château où il montait, le propriétaire décida que ce serait moi qui le remplacerais. D'un coup, comme si je devais être le plus petit parmi ceux de mon âge, je cessai de grandir. Prêt, dès l'âge de dix ans, à chausser les étriers et à chevaucher les pur-sang. " Jockeys, apprentis, lads et parieurs - tous acteurs du petit monde des hippodromes - défilent dans ces récits au triple galop. Sans oublier les chevaux, bien sûr. Omniprésents, et qui emplissent la tête. Chevaux terriens, chevaux de vent... Cependant que les souvenirs mènent un train d'enfer à l'avant, dans une interminable course de deux minutes trente.
Résumé : Le narrateur de ces récits, qui exerce la profession de comptable en milieu rural, nous mène à la rencontre de personnalités que la campagne a façonnées - cultivateurs, éleveurs, bûcheron -, méfiantes, taiseuses, voire ombrageuses, "le noir petit monde obstiné de l'agriculture ", attaché à une terre "qui blesse plus qu'elle n'apporte, quand même elle gratifierait chaque jardin d'un pied de lilas en fleur en avril, d'une touffe d'oseille acide. (...) Avec cette peur de l'inconnu, du nouveau, qui rejoint celle d'être grugés. Après quoi ils s'en remettaient à l'homme de l'art : comptable, vétérinaire, représentant en aliments, inséminateur, quand ce n'était pas au démarcheur de la Caisse locale, avec circonspection toutefois, un minimum de méfiance grâce à quoi ils accueillaient la possibilité de ne pas s'être fait avoir." Et c'est à l'écrivain - homme de l'art formidable de raconter en même temps que témoin empathique - que nous nous en remettons pour voir exister encore un peu, dans l'infime de leurs vies oubliées, ces êtres devenus dérisoires à force d'inactualité, condamnés à la disparition prochaine, et qui pourtant nous disent, muettement, ce que nous avons été.
Nous ne sommes pas seuls. Des êtres nous accompagnent sur la page, marchant à nos côtés depuis les premiers balbutiements, alors que le geste d'écriture n'est pas encore sorti du brasier qu'il nourrit. Les raisons qui le motivent demeurent lointaines. Et obscures. Pour le lecteur, aussi bien que pour le narrateur - tout jeune garçon d'abord, avant qu'il ne dé-couvre qu'écrire questionne précisément ce mystère. Sans prétendre déceler l'origine d'un tel geste, il arrive que s'imposent à nous certains instants étroitement liés à ce besoin vital qui ne nous quittera plus, comme à la manifestation de son désir. Essentiels instants, quoique prélevés dans la vie de tous les jours, qui désignent le chemin, s'ils ne l'ont pas tracé. Et d'où surgissent, en un monde avivé du seul pouvoir des mots, bien que peu ouvert aux livres, quelques-unes des silhouettes qui, pour n'avoir pas toujours mesuré la portée de l'engagement ni partagé sa réelle nécessité, ne l'ont pas découragé. Au point d'en accompagner les premiers pas, secrètement, et, chacune à sa façon, d'en favoriser les prémices.
De la même manière qu?autrefois il nous avait rapporté les noces d?écume des escargots ou l?étreinte tentaculaire de la seiche, Jean-Pierre Otte s?attache cette fois aux singularités des amours humaines. D?une écriture allègre, il démêle le manège de la sylphide solaire et la stratégie de l?allumeuse, s?émeut d?un fétichiste en arrêt devant le tabernacle d?un porte-jarretelles et d?une culotte de dentelles, salue le retour en grâce de l?obsédé tripoteur et de l?onaniste radieux, et se montre partisan de l?adultère domestique, tout en nous invitant au passage à partager des galanteries étranges et des dégustations intimes. Et il y a aussi des yeux dans l?ombre et quelques claquements de fouet sur une croupe bellement rebondie... Un jeu dangereux, compensé par des traits d?humour, la liberté sans morale d?un regard amusé, et un réel bonheur dans l?expression.
Le journal inédit que Jacques Chauviré nous livre ici estun document de grande valeur sur un monde presquetotalement disparu, et sur la vie intérieure d'un hommeremarquable. Tenu pendant dix ans - juste avant la publication de son premier roman -, il alterne les observations médicales et les réflexions littéraires. Il vaut également par l'un et l'autre aspect, qui se répondent en écho. Compassion devant la douleur, refus obstiné de la mort dialoguent avec les traces pudiques d'une recherche spirituelle soutenue, nourrie par l'amour de la campagne et la fréquentation des livres. Ses riches échanges avec Jean Reverzy et Albert Camus ne détourneront pas le médecin dévoué de la mission quotidienne qu'il s'est donnée, ni ne briseront son isolement. Il écrira, sans fréquenter le monde des Lettres, comme pour approfondir son unique objet de préoccupation: la condition humaine. De celle-ci, Chauviré a une vision plutôt sombre dont il donne la mesure dans la suite de proses intitulée Funéraires: dix morts minuscules, exemplaires, et forcément inacceptables.