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Le lien et la grâce
Comar Philippe
ATELIER CONT
28,01 €
Épuisé
EAN :9782850351846
Rupture, cassure, décalage, échappée, dissidence sont les mots-clés de l'histoire de l'art moderne. Depuis Manet et Cézanne, l'art rompt avec son milieu, rompt avec la tradition, rompt avec les idées ou les valeurs dominantes. Que reflète alors cet art déchaîné hormis sa propre errance ? Existe-t-il, sinon des liens tenaces, à tout le moins quelques fils ténus qui rattachent encore l'oeuvre à une histoire qui ne serait pas seulement celle des artistes, de leur production ou de leur ghetto ? " Les textes repris et développés dans cet ouvrage trouvent leur origine dans des préfaces, notices, articles ou actes de colloque, écrits au cours des trente dernières années par l'auteur. Fort d'une riche expérience en tant que commissaire ou conseiller scientifique d'expositions, il s'est interrogé tout au long de sa carrière sur cette question du lien - lien entre l'art, la religion, la littérature, la psychanalyse, la science. L'ensemble des textes, qui se répondent entre eux, se fait l'écho de cette réflexion sur la question du lien. Ils ont tous été revus, certains profondément remaniés, et constituent désormais la version de référence. Quelques-uns ont été écrits pour des ouvrages étrangers et n'avaient jamais été publiés en français.
Résumé : Afin de garder la trace de son bien-aimé, une jeune fille aurait cerné d'un trait l'ombre de son visage projetée sur une paroi. C'est par ce compromis entre l'amour et la géométrie que la mythologie grecque fixe la naissance de l'image. Aujourd'hui, les images ont envahi notre univers; elles le réfléchissent, le représentent. Philippe Comar embrasse un panorama des représentations, en peinture, en architecture, comme dans les domaines les plus divers. A travers cette histoire, c'est toute notre conception du monde qui transparaît.
Né à Berlin en 1922, Lucian Freud est le petit-fils du fondateur de la psychanalyse. Pendant la montée du nazisme, sa famille migre en Grande-Bretagne. Indifférent aux modes et tendances artistiques de son époque, n'usant que de moyens traditionnels, Lucian Freud consacre sa vie à la peinture. Les différents ateliers qu'il a occupés à Londres servent de cadre aux portraits qu'il met en scène. Ce sont surtout des "portraits nus", non pas de modèles professionnels aux proportions idéales, mais de gens ordinaires, souvent liés à son entourage immédiat. Le regard impitoyable qu'il porte sur eux transcende leur disgrâce et nous les rend étrangement familiers. Dans une société qui fait du corps jeune, beau, aux formes lisses, le seul corps digne d'être exposé, l'oeuvre de Lucian Freud, dans son réalisme sans concession, apparaît comme l'une des plus lucides et des plus subversives de son époque.
Résumé : "Comme elle hoquetait et semblait respirer avec difficulté, je l'avais retournée du bout du pied. Blanche, molle, tuméfiée, sa face m'était apparue pour la première fois. De voir son visage me rassura. Je m'étais baissé pour détailler ses traits. Ses yeux d'eau claire, longcillés, enfoncés dans le gras lui donnaient un air de carlin boudeur. Sa lèvre supérieure, épaisse, retroussée, laissait à découvert deux rangées de dents aiguës irrégulières. Un filet de bave mousseuse s'écoula. Une belle prise, en effet. Je fis glisser mon doigt sur ses lèvres, puis sur ses gencives, avant de l'enfoncer doucement dans la bouche pour tâter sa langue. Ah ! la langue, la belle langue ! Elle allait apprendre à s'en servir autrement que pour lécher des racines de tubéreuse et sucer des tiges de sureau". Dans un monde en ruine, les humains, retournés à l'état sauvage, vivent en meutes et cherchent de quoi survivre parmi la boue et les débris. Surtout, devenus mutiques, ils ne communiquent plus que par des éructations. Quelques-uns, très rares, ayant découvert des livres dans les décombres d'une bibliothèque, s'efforcent d'apprendre la langue française et d'en perpétuer l'usage. Fifi, le héros du roman, est l'un d'eux. Un jour, il enlève une enfant et la séquestre dans une cave. Son projet ? Lui apprendre à parler, à lire, à écrire... Dans Langue d'or, le goût pour les mots le dispute à la vivacité des images. Avec un humour parfois très noir, cette formidable parabole explore la façon dont la maîtrise de la langue lutte contre l'effondrement du monde.
Tous les lundis de l'Académie des sciences n'offrent pas un ordre du jour d'une logique aussi élémentaire que la séance du 14 mai 1821, où la Vie se trouve comprise entre ce qui d'un côté la maintient encore à l'état de pure virtualité, et de l'autre signe le constat déjà abrogé de sa dissolution, avec au centre un intermède où se dessine une efflorescence colorée et passagère. Les trois sujets qui occupent ce jour l'Académie sont : la Membrane de l'hymen, la Flore médicale des Antilles, et la Tête de mort venue de Suède. Pendant deux heures, pendant six mois, pendant un siècle mon crâne va hanter les couloirs de l'Académie, déchaîner les polémiques, exciter les plus grands esprits, enorgueillir quelques-uns, humilier quelques autres.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
A l'appel d'une voix chère, une femme se réveille dans une chambre d'hôpital. Elle se met en chemin. Dehors, le monde sort d'un cataclysme ; la vie reprend ses droits, parcimonieuse, précaire. Guidée par son intuition et le désir de retrouver une présence qu'elle n'a peut-être que rêvée, cette femme amnésique gagne la campagne, fait de brèves rencontres, s'endort dans une forêt. Son voyage, de station en station, prend une allure initiatique. Le mystère qui traverse le premier roman de Livane Pinet n'est pas de ceux qui se résolvent au bout d'un récit à suspense ou qui s'éclairent d'une lecture par clefs. Ce mystère, poétique, est celui d'un face-à-face avec une présence qu'on ne sait déchiffrer et dans laquelle on devine cependant comme une traduction de l'essence même des choses. L'innocence de son héroïne ouverte à tous les signes, livrée à toutes les atteintes d'un monde au bord de la catastrophe, et s'avançant pourtant sans crainte à sa rencontre, ressemble à une page blanche sur laquelle s'inscrit la difficile leçon d'un univers dont se révèle surtout l'opacité.
Résumé : C'est ainsi que j'érige les idoles polymères, chimie sophistiquée de l'être au monde. Elles me parlent comme je leur parle, une harangue de sourds-muets dans le silence peuplé du rien à dire. Que font-elles ? Elles gesticulent. Elles gesticulent pourquoi dire, pourquoi faire, je ne le sais pas, pour rien. Et pourtant ce rien dit quelque chose. Il a pris corps pour tout dire du rien à dire après tout très loquace. OEuvre atypique que celle Jean Claus - non seulement du fait de l'ancrage régional de l'artiste, qui tient résolument son Journal d'un Vosges-trotter, mais aussi et surtout de l'inspiration baroque de sa peinture et de sa statuaire. Tableaux de couples nus s'égayant dans des cieux pastel, sculptures de corps androgynes en suspension acrobatique, monuments copulatifs, oratoires, reliquaires, autels domestiques, vaisseliers... : autant dire que la visite de son atelier - ou de son "garde-meubles", selon le mot de l'artiste - vaut pour une exploration de l'inclassable. Et que, face à l'irrésistible légèreté de cet art, qui balance entre l'anachronisme riant de ses sujets et l'ironique modernité de ses matériaux, c'est le spectateur, pour finir, qui ne sait plus sur quel pied danser.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.