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Profane N° 14, printemps-été 2022
Soyer Carine
PROFANE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782490693122
Un homme se souvient de la déchetterie proche de la maison de son enfance, comme un secret de chineur qu'il partage avec son grand-père (p. 180). Un autre homme fait grandir dans son jardin des arbres de ciment dont les feuilles persistantes sont des objets de consommation flétris (p. 32). Une femme utilise des portants à vêtement et autres cintres à pinces qui ne lui serviront plus pour y suspendre ses toiles (p. 202). Un homme repêche sur les rivages grecs des bouts de plastique, matière première à des masques faits main (p. 48). Une femme ramasse les écorces d'un arbre tronçonné pour les enraciner à nouveau dans des tableaux (p. 230). Une femme archive des moutons de poussière pour leur qualité chromatique (p. 104). Récupérer. Recycler. Détourner. Des verbes communs à nombre d'autodidactes et de collectionneurs qui visitent nos pages, numéro après numéro. Une pratique du glanage étendu, souvent aperçu ici, et qui sédimente un peu plus dans cette quatorzième édition, profitant d'une réflexion plus vaste autour du déchet. Nous affectionnons ces "dandys des gadoues" , pour reprendre la belle formule de l'écrivain Michel Tournier dans Les Météores, surnom attribué à un des héros, Alexandre Surin, à la tête de six décharges, de Deauville à Casablanca, qu'il chérit comme des mines d'or. Toutes celles et ceux qui trouvent de la vigueur et de la vie dans le rebut. Après tout, quoi de plus intime, et par là précieux, que ce que l'on rejette? De plus révélateur d'un état du monde? Dans la réalité, cette matière grise, couleur dominante de la bouillie finale, soulève des questions moins romanesques, mais elle motive aussi des démarches d'invention et de réappropriation qu'il nous plaît de relayer. Pour saisir l'éclat dans l'ordure.
Une invitation A Hélène Starkman, et ses carnets où feurissent les chats et paressent les feurs Une rencontre Avec Lucas Djaou, commissaire d'exposition buissonnier Une citation De l'écrivain roumain Mircea Cartarescu Un lieu En Italie, l'édifce de pierres messagères de l'artiste Luigi Lineri Un album Théo Garnier livre pour son diplôme les souvenirs de ses aïeuls
Le 13, n'est pas seulement habité par l'esprit amateur, cette façon d'aborder le monde avec curiosité, ingénuité, instinct et ingéniosité, selon une feuille de route loin du calcul, du miroir, au gré du temps : celui qu'on s'octroie. D'autres esprits sont là. Frappeur, joueur, mystique ! Glissés dans des costumes, des peaux, des émotions, des lieux et des contours qui se sont allégés, libérés des instances de contrôle. Médiumnité, peinture automatique, actes psychomagiques, visions paréidoliques, éducation alternative, réactivation de l'enfance par le jeu, le découpage et le déguisement, rites d'antan, dialogue avec la nature, cabinet de curiosités, tout est propice ici à ouvrir les portes de l'inconscient et à s'amuser ensemble de ce que le monde retient, contraint, organise et fige.
Profane a un seul et unique dada : l'amateur, qu'il soit artiste ou collectionneur, novice ou pointu, fervent admirateur ou créateur à ses heures. Profane met en scène un héros récurrent plutôt qu'une discipline, et l'accueille en qualité d'invité permanent. Profane parle de celles et ceux qui aiment faire, qui aiment tout court, et qui trouvent un sens à la beauté du geste, loin des tribunes officielles.
Profane a un seul et unique dada : l'amateur, qu'il soit artiste ou collectionneur, novice ou pointu, fervent admirateur ou créateur à ses heures. Profane met en scène un héros récurrent plutôt qu'une discipline, et l'accueille en qualité d'invité permanent. Profane parle de celles et ceux qui aiment faire, qui aiment tout court, et qui trouvent un sens à la beauté du geste, loin des tribunes officielles.