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Europe N° 1034-1035, juin-juillet 2015 : Pierre Klossowski
Para Jean-Baptiste
REVUE EUROPE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782351500736
Ecrivain, peintre et traducteur, Pierre Klossowski est né à Paris en 1905 dans une famille d'artistes. Frère aîné de Balthus, il a fréquenté dès ses jeunes années Rainer Maria Rilke et André Gide, puis Georges Bataille auprès duquel il participa au Collège de sociologie et à la revue Acéphale. Dans les années trente, sa rencontre avec les écrits de Sade marqua une étape déterminante dans son cheminement placé à la fois sous le signe de la discrétion et de l'excès. Pierre Klossowski apparaît comme l'une des figures capitales de la culture française du XXe siècle. Celui qui affirmait n'être "ni un écrivain, ni un penseur, ni un philosophe - ni quoi que ce soit dans aucun mode d'expression", aura tout de même laissé derrière lui une oeuvre considérable : des textes littéraires comme Les Lois de l'hospitalité, Le Bain de Diane et Le Baphomet, des études sur Sade et sur Nietzsche, mais aussi quelques scénarios, de nombreuses traductions du latin et de l'allemand (Virgile, Nietzsche, Kafka, Wittgenstein...), ainsi qu'une abondante production de dessins de grand format. Autour du concept de "simulacre", son oeuvre traite autant de la mythologie que de la théologie antique, de l'érotisme ou de l'économie générale. De Gilles Deleuze à Michel Foucault, de Giorgio Agamben à Jean-François Lyotard, plusieurs penseurs contemporains se sont intéressés de près à ses travaux. Les études réunies dans ce numéro d'Europe, ainsi que les nombreux inédits qui ont été recueillis, témoignent de l'extraordinaire diversité de l'oeuvre de cette figure atypique dont Georges Perros disait : "Cet homme semble venir de très loin. Pas seulement d'Europe centrale, pas seulement de la Rome impériale, pas seulement de Tübingen. Sous ce drôle de crâne, au front plus haut que nature, se battent, s'étreignent, se haïssent, font l'amour et la mort, comme nuages dans un ciel en difficulté, une multitude de cibles des héros de la mythologie aussi bien que ceux de Kafka, de Nietzsche, d'Hofmannsthal, de Rilke, tous véritables habitants de l'aujourd'hui des siècles et des siècles. Nous ne sommes pour cet homme hanté, cet homme d'extase, que contemporains de hasard."
Sans doute est-il indispensable de revenir périodiquement à l'oeuvre de Flaubert. Car celui qui, selon le mot de Barthes, "a constitué définitivement la littérature en objet" marque une étape décisive dans l'histoire de notre modernité. OEuvre-monument, oeuvre-continent, dont bien des aspects, malgré les lectures de Blanchot et de Genette, de Sartre et de Bourdieu, malgré les riches travaux qui l'ont envisagée d'un point de vue narratologique, sémiologique ou poéticien, restent encore à explorer. Le présent numéro d Europe propose des analyses sur les procédés et processus utilisés par Flaubert pour aboutir à ce style qu'il souhaitait "rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences". Mais des aspects plus inattendus, plus surprenants sont aussi abordés. Il est au moins un point, en effet, sur lequel l'oeuvre est à l'image de son auteur, c'est son caractère complexe et contradictoire. Car le chantre de l'impersonnalité constitue une écriture de la sensation qui puise consciemment dans l'héritage de la littérature romantique ; l'ermite de Croisset, le solitaire du "gueuloir" est un voyageur ; l'épistolier qui vitupère l'époque à longueur de pages, et à qui on pourrait appliquer la formule qu'il employait après le décès de Théophile Gautier : "Il est mort du dégoût de la vie moderne", est aussi un homme en dialogue constant avec les oeuvres des artistes et penseurs de son temps, de Manet à Courbet, de Hegel à Ravaisson, de Maine de Biran à Tocqueville et aux positivistes ; le prophète de la littérature comme seul absolu, du refus de tout engagement, développe pourtant une politique et une éthique de la littérature ; l'homme qui croit ferme à la science élabore aussi, comme l'affirme ici Jacques Rancière, "quelque chose comme un poème de la faillite du savoir". C'est ce Flaubert riche et complexe, homme de ruptures et d'admirations, l'écrivain sans doute le plus transparent et le plus secret à la fois du XIXe siècle, que ce numéro d Europe souhaite faire redécouvrir.
Tristan Tzara est-il, comme tant d'autres poètes, trop connu, donc méconnu ? Une partie de son activité créatrice, la plus juvénile, semble avoir étouffé la suite, comme si quatre ou cinq années d'agitation intense, au centre de Dada, avaient effacé une production poétique continue et soutenue durant quarante années encore. Mais sait-on ce qu'était réellement son activité poétique au service de Dada, en dehors de la gesticulation des uns et des autres ? A-t-on vraiment lu Dada ? Le public ne préfère-t-il pas trop souvent s'en remettre à l'anecdote, aux faits divers qui remplissent la chronique Dada ? Et de discuter, à perte de vue, sur le sens philosophique qu'il faudrait attribuer à la geste dadaïste. Pour certains, Dada étant purement nihilisme, il ne peut être question de donner un sens positif à ce qui se veut destruction totale. Or, de son côté, Tzara s'est très tôt efforcé de montrer que toute destruction débouchait sur la création, comme le proclamait naguère le Père Ubu : "Cornegidouille ! nous n'aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruines !". Il importe aujourd'hui de considérer ce poète dans la continuité de son aventure et de lire son oeuvre pour ce qu'elle est, et non pour ce qu'elle est supposée illustrer, A l'écoute de "cette voix qui eut le génie de faire des mots de tous les jours les mots de toutes les nuits", comme le disait Aragon, se révèle alors un vaste chant portant témoignage de l'humanité. L'oeuvre de Kurt Sclnritters est à la fois multiforme et fascinante. Elle comporte des sculptures, des peintures abstraites, des collages et assemblages, des constructions dans l'espace (Merzbauten), des peintures de portraits et de paysages, des poèmes lyriques, des poèmes concrets et visuels, des poèmes sonores, des contes, des récits, des pièces de théâtre, des textes critiques et des manifestes, sans oublier le design graphique et la revue Merz... Comme l'observait Tristan Tzara : "Il est difficile, en parlant de Schwitters, de séparer en tranches bien délimitées ce que fut son activité littéraire de son activité picturale, son activité de sculpteur de celle d'agitateur. Une personnalité aussi entière que celle de Schwitters se refuse à se laisser contenir dans le moule des formules définies". Et il ajoutait : " Schwitters est une de ces individualités qui par sa structure intime a toujours été naturellement dada. Il l'aurait été même si ce cri de ralliement n'avait pas retenti en 1916... Il est de ceux qui ont décapité de sa majuscule auréolée le mot "art" et qui l'ont remis au niveau des manifestations humaines". En 1937, Schwitters quitta l'Allemagne et s'exila d'abord en Norvège, puis lorsque ce pays fut envahi par les nazis en 1940, il se réfugia en Angleterre. Alors que ces années d'exil sont plutôt mal connues en France, ce cahier d'Europe offre l'intérêt d'apporter de précieux éclairages sur les pratiques plastiques et poétiques de Schwitters pendant cette période, tout en embrassant l'esprit d'une oeuvre qui demeure essentielle selon une approche européenne de l'histoire des arts.
Né en 1955, Antoine Emaz est aujourd'hui considéré comme l'un des poètes français les plus importants de sa génération. Il a suivi un chemin de grande exigence, conforté par les hauts exemples de Pierre Reverdy et André du Bouchet. La poésie pour Antoine Emaz est indissociable de la vie. "Elle est à chaque fois invention d'un écrire-vivre, une tension de langue contre ce qui nous rend muets." La force et la précision sensible de son oeuvre vont de pair avec son dépouillement, sa nudité, sa retenue. Si son apparente précarité nous bouleverse, dans son attention à l'ordinaire des jours, au travail humain, à la fatigue, c est qu'on y sent obstinément palpiter une parole soucieuse de dire le plus justement possible note relation au monde. Même quand il y a "peu à voir sauf le ciel et la lumière qui baisse", même quand tombe "une pluie fine de rien", même quand le corps et le coeur sont harassés, la possibilité d'une parole demeure. La voix qui parvient jusqu'à nous, un peu mate et presque assourdie, a prêté tant d'attention à l'inaperçu qu'au moment de la lecture, au moment de la rencontre et du partage, l'émotion que l'on sent poindre a le pouvoir de ranimer la vie. Le refus de toute emphase et le choix résolu de la sobriété finissent par révéler au coeur des jours me clairière inépuisable. Et c'est ainsi que sans meurtrir les sources du souffle et du silence, cette voix nous parle de ce qui nous maintient malgré tout à hauteur humaine dans un monde où nous avons de plus en plus de mal à respirer.
Ecrivain, dramaturge et comédien, Roland Dubillard (1923-2011) a tout fait pour refuser les étiquettes, déjouer les attentes, en créant un ensemble d'oeuvres qui se ressemblent le moins possible, en expérimentant une multiplicité de genres : théâtre, poésie, nouvelle, fable, récit, méditation, pièce en vers, pièce pour enfants, chanson, cinéma... Comme sur l'île de Robinson, il n'existe pas de colline d'où l'on pourrait embrasser du regard tout Dubillard On l'a classé d'office parmi les inclassables, les dingues du nonsense, mais si la créativité verbale et l'humour semblent jaillir spontanément de sa plume, cet écrivain n'en fut pas moins un travailleur opiniâtre, chacun de ses livres exigeant un processus de maturation prolongé. La poésie fut la matrice de son oeuvre protéiforme et lorsqu'il récitait l'un de ses poèmes, il suffisait d'écouter le phrasé si particulier et les intonations subtiles de sa voix pour s'en rendre compte : chez lui, le comique le plus irrésistible et l'émotion la plus profonde sont intimement liés. De même, sa façon de jouer était en adéquation parfaite avec sa façon d'écrire - rêveuse, imprévisible, mais d'une précision toute musicale. Au-delà même de ses illustres Diablogues et de ses quatre pièces majeures - Naïves hirondelles, Le Jardin aux betteraves, La Maison d'os et "...Où boivent les vaches" - ce cahier d'Europe nous invite à explorer l'archipel Dubillard et son univers si riche et singulier. Arthur Adamov. De novembre 1950, où furent créées à quelques jours d'intervalle La Grande et la Petite Manoeuvre et L'Invasion, à sa mort en 1970, puis de sa disparition jusqu'à aujourd'hui, Arthur Adamov n'a toujours pas pris au théâtre la place qui lui revient ni vaincu cette "sotte petite conspiration du silence" qu'Artaud dénonçait en 1946, à la sortie de L'Aveu, premier texte de son ami Adamov. De quel vice secret faut-il que cette oeuvre soit frappée ? Quel malentendu a pu se développer au fil des années entre Adamov et l'époque ? Avec Beckett, et dans le sillage de Strindberg et d'Artaud il est pourtant l'un des principaux inventeurs d'une dramaturgie éminemment moderne, une dramaturgie de la littéralité dont l'énigme s'inscrit dans le corps même des personnages, dans la matière même du théâtre. Il est grand temps de repenser aujourd'hui l'oeuvre d'Adamov et de la réévaluer. Le réexamen de sa dramaturgie puissamment subjective, mais qui sait prendre en change - et objectiver - les destinées collectives, pourrait inciter à proclamer l'actualité de cet auteur et l'impérieuse nécessité de sa présence "ici et maintenant".