Les textes clandestins des XVIIe et XVIIIe siècles les plus étudiés jusqu'à maintenant sont des traités philosophiques d'inspiration antichrétienne. Mais la foi est aussi une source de production et de circulation clandestines. Depuis la Révocation de l'Edit de Nantes, les protestants français ont été contraints de s'exprimer par des voies détournées. Déjà les numéros précédents de La Lettre clandestine ont abordé les questions des limites du corpus clandestin, de la filiation entre les courants de pensée, des marques de la clandestinité et du rôle de la Réforme dans la tradition critique. Ce neuvième dossier thématique est pour la première fois entièrement consacré à la question de la clandestinité protestante et de ses méthodes. Dans cette nouvelle enquête, La Lettre clandestine reste fidèle à ses préoccupations épistémologiques, à son souci d'interdisciplinarité et à son attention à l'histoire du livre et de la lecture. Ce volume annuel fournit également une bibliographie exhaustive, des études, une documentation, des informations sur la littérature philosophique clandestine à l'Age classique et sur les recherches qui sont conduites dans le monde entier à son sujet.
Résumé : Détenir des stock-options, est-ce seulement le privilège des patrons et des cadres de haut niveau ? Ou, au contraire, une récompense au mérite individuel ! Sommes-nous entrés sans retour dans la logique spéculative du " profit pour l'actionnaire " ? La fiscalité doit-elle comporter des exceptions ? Comment taxer cette rémunération d'un autre type ? Le capitalisme à l'anglo-saxonne a-t-il définitivement gagné la partie ?
Résumé : A partir d'une enquête sur l'oeuvre de Shaftesbury (16711713), en qui Montesquieu et Diderot virent une figure fondatrice des Lumières, ce livre entend reprendre la question contemporaine de la communication. Deux problèmes, aujourd'hui, sont trop souvent séparés : celui de l'éthique de la discussion et de la formation d'un espace public - c'est l'objet de la réflexion de Jürgen Habermas et de Karl-Otto Apel ; celui de la communication de la philosophie et de la manière dont elle s'adresse à son public - ce problème anima l'oeuvre de Leo Strauss. Ce livre montre l'unité de ces questions et prend position dans le débat contemporain sur les limites de l'idéal communicationnel. La philosophie éthique et politique, qui cherche à promouvoir la liberté de penser et de discuter, doit préalablement réfléchir aux conditions de sa propre communication. C'est pourquoi Shaftesbury est le grand théoricien de l'écriture philosophique : qu'est-ce qu'écrire et être auteur, pour un philosophe ? Et, en même temps, il préfigure les théories de la discussion : qu'est-ce que s'entendre ? selon quelles modalités les normes de l'entente peuvent-elles s'imposer à nous ?
Colomban a une chevelure bien longue et drue, complète. Sa chevelure tombe tout autour de sa sainte tête et fait une tente pudique où viennent s'abriter oiseaux, lichens, plaintes et rumeurs, et les souris sauvées de l'eau. Les rats grimpent pour y nicher. Sous sa chevelure, son visage qu'embrassent les papillons ivres de bruine, son visage, yeux clos, fait une petite arche de Noé, tandis que le monde autour, montagnes et vallées, s'est pulvérisé en crachin. Colomban, là-dessous, nourrit ses protégés de petites idées exactes et presque vides.
Résumé : Depuis les années soixante-dix, la politique scolaire tend à privilégier le point de vue des experts en pédagogie. On néglige les savoirs élémentaires, on se méfie des professeurs, on entend faire de l'école un " lieu de vie ", on dénonce le conservatisme des Anciens qui voudraient barrer la route aux Modernes en défendant une école du passé. Et si l'opposition entre conservatisme et modernisme n'était qu'une habile façon de masquer les véritables enjeux de la politique scolaire ? L'école a pour vocation de transmettre les savoirs et les ?uvres. En renonçant à cette exigence, l'idéologie qui a cours aujourd'hui mesure-t-elle vraiment les risques qu'elle fait peser sur l'école de demain ? Plutôt que d'encourager cette fuite en avant, une politique d'éducation raisonnable doit retrouver les équilibres fondamentaux dont l'école a besoin.
Ahmad Zaki fut entre 1892 et 1934 l'une des figures les plus dynamiques de la vie culturelle égyptienne : polyglotte, traducteur, bibliophile, philologue, homme d'érudition, mais épris de modernité et de voyages. A l'aise tant dans la culture arabe que française, il stupéfiait déjà ses contemporains par l'ampleur de ses connaissances et sa liberté d'esprit. Le tour d'Europe qu'il effectua à partir de 1892 et dont on présente ici la traduction intégrale a tout pour nous étonner encore aujourd'hui par éclectisme dont il témoigne. Rédigeant ses feuillets à la diable, d'où un style singulièrement alerte, l'auteur nous fait partager le regard qu'il porte à la fois en humaniste, en ethnographe amateur et en touriste bon vivant, sur l'Italie, la France, l'Angleterre, le pays de Galles, la péninsule Ibérique, auréolée pour lui du souvenir d'Al-Andalus et de ses splendeurs. Chemin faisant, ce qui se construit, dans ce récit au ton personnel, mi-parti d'humour et de souci patriotique, c'est aussi un discours occidentaliste, véhiculant savoir et représentations moins de "l'Autre", que des autres, mais sans aucune lourdeur dogmatique.
Le premier 19e siècle, dans l'immédiat héritage, problématique, de la Révolution française, est un moment décisif où se reconfigurent les rapports de la littérature et de la morale. Préparée en cela par le rationalisme des Lumières, la Révolution a mis à bas un système social et moral hiérarchisé ; désormais l'individu, promu sujet raisonnable et responsable, se voit imposer de redéfinir son identité, sa place et sa fonction. L'ouvrage se propose de brosser un panorama de la reconfiguration de la question morale dans cette période charnière, particulièrement riche et complexe.
Tabeaud Martine ; Browaeys Xavier ; des Gachons An
Des centaines d'aquarelles. Un seul et même motif : le ciel de la Champagne. André des Gachons (1871-1951), artiste peintre, météorologue bénévole, a saisi presque chaque jour, pendant près de quarante ans, des instantanés du paysage céleste. Il les a associés à des relevés météorologiques. A l'état de l'air, il a ajouté un tableau du ciel, dont les couleurs et les formes changeantes devaient permettre de prévoir le temps du lendemain. Au temps de la Grande Guerre, ces oeuvres sont des documents de premier ordre, lorsqu'on les met en regard des témoignages des soldats et des officiers, qui étaient dans la boue des tranchées, les nacelles des ballons, à bord des avions ou derrière les canons. La "météo" était l'une de leurs préoccupations quotidiennes. Chaque jour, André des Gachons a donné des couleurs au temps. Il nous a laissé des ciels de Champagne qui entrent ainsi dans l'histoire de la guerre 1914-1918.