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Europe N° 1032, Avril 2015 : Federico Garcia Lorca
Para Jean-Baptiste
REVUE EUROPE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782351500712
Prononcer le nom de Lorca en France, aujourd'hui, quel que soit le public alentour, suscite une adhésion immédiate, une sorte de complicité admirative et, si l'entretien se prolonge, bien des gens ne se servent plus du nom mais, plus familièrement, du seul prénom, Federico. Lorca est sans doute l'écrivain espagnol le plus célèbre du XXe siècle, mais il s'agit aussi d'un personnage mythique et l'on se demande parfois si son assassinat en août 1936, lors de la répression fasciste à Grenade, n'occupe pas autant les imaginaires que la connaissance approfondie d'une oeuvre doublement et indissolublement liée à la poésie et au théâtre. C'est à Lorca poète et dramaturge que ce numéro d'Europe est consacré. Des perspectives panoramiques se conjuguent à des plans rapprochés pour revisiter l'ensemble de son oeuvre. On redécouvrira aussi, dans une traduction nouvelle, l'un de ses plus beaux recueils de poèmes, le Divan du Tamarit Et ce n'est pas sans émotion qu'on lira les magnifiques réflexions et témoignages de poètes qui l'ont connu ou qui, appartenant à des générations postérieures, sont des guides lumineux pour cheminer sur les pas du poète andalou. Parmi eux, Vicente Aleixandre, Luis Cernuda, José Lezama Lima, José Angel Valente, ou encore Pablo Neruda qui écrivait en 1937 : "Federico Garda Lorca ! Il était populaire comme une guitare, gai, mélancolique, profond et clair comme un enfant, comme le peuple. On aurait eu beau chercher et chercher encore, pas à pas, dans tous les coins, qui sacrifier comme on sacrifie un symbole, en rien ni en personne on n'aurait trouvé mieux qu'en cet être choisi l'incarnation profonde du peuple espagnol... Sans doute il est mort, sacrifié comme un lis, comme une guitare sauvage, il gît sous la terre que ses assassins ont poussée du pied sur ses blessures, mais sa race se défend comme ses chants, debout et chantant, cependant que sortent de son âme des tourbillons de sang, et il en sera ainsi pour jamais dans la mémoire des hommes."
Né en 1955 près de Liège, Eugène Savitzkaya est un auteur d'une forte singularité. Comme le rappelle dans ce numéro Yves Di Manno, le lecteur d'aujourd'hui peut difficilement se représenter l'étonnement, pour ne pas dire la stupeur qu'a pu susciter au milieu des années 1970 le surgissement — au sens quasi tellurique du terme— des premiers livres de cet écrivain : "C'était un univers entier qui émergeait au grand jour, un monde qui avait la cruauté, la fulgurance et l'innocence de l'imaginaire enfantin, transposé dans un langage à proprement dire envoûté d'où les images jaillissaient avec une netteté stupéfiante, un pouvoir de fascination sans précédent, et dont le flot paraissait intarissable." Dans ses narrations comme dans ses poèmes, Eugène Savitzkaya emprunte des voies buissonnières où la parole semble s'incarner et prendre chair avec une allégresse qui va des plus subtils scintillements de joie aux explosions carnavalesques. Ses "romans" fourmillant d'invention et de vie renouent volontiers avec les enchantements du conte. Prêtant la même attention et pour ainsi dire la même dignité ontologique à l'être humain et à la touffe d'orties, au jardinage et à l'écriture, au parfum de la rose et à l'odeur du torchon de cuisine, à la panthère et au cloporte, Savitzkaya accueille toutes les créatures et l'entière réalité dans ses livres qui sont autant de lanternes magiques où se renouvelle sou fin la jouissance sensuelle du monde et des mots. Pierre Peuchmaurd Tout en se situant dans le post-surréaliste cette sorte de diaspora qui, après la mort d'André Breton en 1966, aura essaimé en une multitude d'activités servi-collectives, Pierre Peuchmaurd (1948-2009) est l'un des rares qui aura su s'emparer de cet héritage pour s'alléger davantage. L'image est indubitablement son signe d'identité, mais dans sa genèse, elle révèle la relecture de l'automatisme surréaliste que fait Peuchmaurd : l'écriture automatique n'est sans doute pas, chez lui celle du long fil qui, dans sa course et son déploiement, parvient à s'autonomiser de la conscience à échapper à son contrôle. Ce sont des traits presque diamétralement opposés qui la caractérisent : l'immédiateté, la précision et la concision extrêmes. Pierre Peuchmaurd est un poète bouleversant dans sa manière de se mettre à découvert, de se livrer aux effervescences, bénéfiques et maléfiques, qui opèrent en lui sur ce "rien de terre" que désignait Breton, là où l'être entre en contact avec le donné sensible. Où une surprise, une coïncidence, quelque enchantement se laisse attendre — mais n'est pas pour autant accordé.
On écrit parce qu'on est mal placé dans son époque. Parce qu'on s'y sent dépaysé", dit Olivier Rolin. Vagabondant parmi les paysages, les époques et les livres, cet écrivain nous embarque dans une traversée au long cours. L'Histoire est sa grande affaire, les larges espaces géographiques aussi. La littérature selon Olivier Rolin arpente la déchirure entre le réel et l'idéal, mais elle le fait comme on répond à l'appel du large. De Veracruz à la Terre de feu, des îles Solovki aux rives du fleuve Amour, ses pérégrinations dans l'espace sont aussi des immersions dans le temps. Il est peu d'auteurs contemporains qui savent composer un monde d'une telle profondeur de champ. Bien peu qui possèdent un registre de thèmes et de langue aussi étendu. Très peu, enfin, qui s'aventurent aussi loin des schémas du roman traditionnel. Ce qui hante Olivier Rolin, outre la puissance de certains paysages, la mémoire des livres et la nostalgie de quelque amour perdu, ce sont des moments d'acmé historique où une grande espérance avorte, où une utopie généreuse accouche d'une tragédie ou, plus banalement de la désillusion. Ce vertige de la défaite, cette "énigmatique puissance de l'échec" nourrit une mélancolie profonde, comme si Olivier Rolin portait encore, au-delà de ses années militantes, "le deuil de la révolution". Et tout cela affleure dans ses livres avec un beau souci des musiques de la phrase, du tempo, des chromatismes, des accords en mineur ; avec parfois une mélodie schubertienne dans des romans qui sont toujours aux marges de la poésie, de la méditation intérieure, du murmure de l'âme.
Résumé : A propos d'icônes, de masques africains, de poteries japonaises, de peintres classiques ou contemporains, de sculpteurs, de photographes, on trouvera ici un essaim de notes qui sont autant de séquences d'un journal du regard. De Poussin et Mignard à Kandinsky et Filonov, d'Alfred Kubin à Joseph Beuys, de Paul Rebeyrolle à Louise Bourgeois, de Mark Rothko à Cindy Sherman, des présences tutélaires nous escortent, qui toutes ont le pouvoir de dissiper la cendre morte des jours. Il est des ?uvres où le silence tremble, d'autres où la respiration des dieux est visible, d'autres encore qui démaillent l'époque avec véhémence et mettent à nu l'horreur ou la merveille. On chemine dans ces pages en compagnie d'alliés substantiels, aussi diverses soient les argiles dont ils sont tirés. Un principe sous-tend la démarche de l'auteur : si les ?uvres d'art sont l'objet de notre regard, celles qui nous importent sont aussi l'organe de notre vision. Et c'est sans doute ici que prend source l'écriture : " La langue est un ?il ", disait Wallace Stevens.
Elève de Louis Althusser à l'Ecole normale supérieure au début des années soixante, Jacques Rancière fut l'un des jeunes philosophes qui participèrent au séminaire qui donna lieu à Lire le Capital (1965). Sa trajectoire intellectuelle le conduisit bientôt à se démarquer de son ancien professeur. Il fut l'un des animateurs du collectif " Révoltes logiques " et commença à explorer divers aspects et figures de l'émancipation ouvrière et des courants utopistes au XIXe siècle, comme en témoignent des ouvrages tels que La Nuit des prolétaires (1981) ou Le Maître ignorant (1987). Ces parcours dans les archives du monde ouvrier font notamment ressortir une postulation de l'égalité des intelligences et une perception de l'émancipation comme processus ouvrant la perspective d'un monde commun, celui de citoyens à part entière de l'humanité. Penseur de l'égalité et de la démocratie, Jacques Roncière n'a cessé d'ouvrir le champ de sa réflexion en se défiant des frontières disciplinaires. Dans l'un de ses livres les plus décisifs, Aisthesis (2011), il expose quelques " scènes " de la naissance et du déploiement du régime esthétique de l'art et met en lumière la corrélation entre l'Art comme sphère autonome de production et d'expérience et l'Histoire comme concept de la vie collective. La réflexion sur le " partage du sensible " et les rapports qui s'établissent entre politique et esthétique est certainement l'un des apports les plus neufs et les plus féconds de Jacques Roncière. A la croisée de l'histoire, de la philosophie, de la politique et des arts, son oeuvre incisive est de celles qui ouvrent des horizons et vivifient notre pensée.