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Europe N° 945-946, Janvier- : Historiens de l'Antiquité
Mezzadri Bernard ; Momigliano Arnaldo ; Brulé Pier
REVUE EUROPE
18,50 €
Épuisé
EAN :9782351500125
En gratifiant Hérodote du titre de " Père de l'Histoire ", la tradition humaniste accomplissait d'un même geste un double partage : en direction du futur, elle saluait l'émergence d'une discipline nouvelle, encore embryonnaire certes, mais qui bientôt trouverait en Thucydide un énergique tuteur en direction du passé, elle rejetait dans les limbes incertains du mythique ou du légendaire les pratiques mémorielles antérieures, celle de l'épopée et des premiers auteurs de "généalogies". Ce faisant, elle accomplissait un acte historiographique, puisque la discipline se trouvait ainsi pourvue d'un monument fondateur et d'un prestigieux point d'origine. Proclamer un acte de naissance permettait de disposer d'un terme à partir duquel dérouler jusqu'à nos jours un progrès ininterrompu. On sait que ce modèle évolutionniste n'est plus guère de mise depuis l'implosion des recherches historiques qui s'entêtent à demeurer plurielles - malgré les efforts répétés, surtout chez les tenants de la pensée néo-libérale, pour les réunifier sous les bannières paradoxalement conjointes du néo-positivisme et de la philosophie idéaliste du sujet. Le fructueux éclatement de l'Histoire en une multitude d'histoires a sérieusement écorné l'idéologie essentialiste d'une discipline " une et indivisible ". Avec l'abandon d'une vision téléologique et unifiée des phénomènes historiques, la question ne saurait plus être de savoir si l'Histoire naît avec Thucydide ou si elle existait déjà chez Hérodote. Il s'agit de suivre à la trace l'émergence et la permanence de procédures intellectuelles diverses, à travers des types de discours variés, de sorte que l'enquête sur l'histoire implique de droit une réflexion globale sur toutes les procédures mémorielles d'une culture, de manière à repérer quelles sont les configurations spécifiques qui émergent dans les mondes grec ou romain et qui en font l'originalité. Que la réflexion des contributeurs de ce numéro d'Europe porte sur Hérodote, Xénophon ou Plutarque, sur les " règles du jeu pour étudier l'histoire antique ", sur la singularité des représentations grecques du temps ou encore sur les relations complexes de l'histoire avec le mythe, la religion ou la poésie, on trouvera dans ces pages d'excellentes raisons, en ces temps de doute épistémologique et de scepticisme, pour continuer à faire de l'histoire...
Résumé : Avec sa figure de bonté, son sens actif de la charité, saint Vincent est sans doute l'un des saints les plus populaires, avec François d'Assise ou Thérèse de Lisieux. Ce berger landais cherchait au départ à faire carrière. La vie de Vincent de Paul comporte ombres et lumières. La grâce de Dieu aidant, il est devenu l'âme de tout un peuple, l'ami des indigents et affamés, des galériens et des prisonniers. Par ailleurs, il est le confident des grands de ce monde et des personnalités religieuses de son temps. Il est le fondateur des lazaristes et, avec lui, Louise de Marillac fonde les Filles de la Charité. On l'appellera d'ailleurs le "saint du Grand Siècle". La figure lumineuse de Vincent éclaire l'Eglise et l'Europe un siècle avant la Révolution française, avec une spiritualité très incarnée dont l'abbé Pierre ou Soeur Emmanuelle sont aujourd'hui les héritiers.
Cet ouvrage offre un examen critique des nombreuses impasses dans lesquelles se sont engouffrées les sociétés européennes. En analysant le rapport entre division du travail, transformations du capitalisme et mutations de l'Etat, le groupe de recherche "Staatsprojeckt Europa", dont les travaux sont ici pour la première fois traduits en français, montre la spécificité de la crise qui secoue jusque dans ses bases mêmes la construction européenne. Il se concentre sur les politiques migratoires et contribue ainsi à déplacer les lignes du débat français, trop souvent réduit à l'alternative entre souverainisme et européisme. L'analyse des flux migratoires développée dans cet ouvrage éclaire sous une lumière différente la crise actuelle de l'Union Européenne, en articulant ces migrations à l'accumulation du capital à l'échelle mondiale et aux relations géopolitiques.
Depuis l'Antiquité tardive, le tracé et l'établissement des frontières a été enveloppé de brouillard et de poussière, de violence et de magie. Aux quatre coins du monde, des sources rapportent tes récits merveilleux et terrifiants du tracé des lignes de démarcation entre sacré et profane, bien et mal, privé et public, intérieur et extérieur. Depuis les expériences liminaires des sociétés rituelles, jusqu'à la délimitation de la terre en propriété privée, du fratricide de Remus par Romulus lors de la mythique fondation de Rome, à l'expansion du limes de son Empire, ces récits évoquent la puissance productive de la frontière - le rôle stratégique qu'elle joue dans la fabrication du monde. Ils offrent aussi, d'un simple coup d'oeil, un aperçu de la profonde hétérogénéité du champ sémantique de la frontière, de ses implications symboliques et matérielles complexes. La représentation cartographique moderne et la disposition institutionnelle qui font de la frontière une ligne tout, d'abord en Europe, mondialisée, ensuite par le tourbillon du colonialisme, de l'impérialisme et des luttes anticoloniales - a quelque peu masqué cette complexité et nous a amené à penser la frontière comme littéralement marginale. On assiste aujourd'hui à un profond changement à cet égard. Comme l'ont remarqué de nombreux chercheurs, la frontière est venue s'inscrire au centre de l'expérience contemporaine. Nous assistons non seulement à une multiplication des différents types de frontières, mais aussi à la ré-émergence de la profonde hétérogénéité du champ sémantique de la frontière. Les démarcations symboliques, linguistiques, culturelles et urbaines ne s'articulent plus de façon rigide autour de la frontière géographique. Au contraire, elles se chevauchent, se connectent et se déconnectent de façon souvent imprévisible, contribuant à délimiter de nouvelles normes de domination et d'exploitation. On a coutume de dire, pour s'en féliciter ou le déplorer, que les frontières seraient en train de s'estomper et de disparaitre. A rebours de ces lieux communs, ce livre démontre qu'au contraire les frontières prolifèrent dans le monde actuel et ce, sous des formes et selon des configurations mouvantes, et en constante réinvention, au fil des flux de capitaux, de marchandises et de personnes qu'elles articulent, mais aussi au rythme des luttes qui les environnent et les bousculent. Sandro Mezzadra et Brett Neilson proposent ici un nouveau paradigme qui décloisonne disciplines et théories pour comprendre comment les frontières sont devenues le laboratoire des mutations du capitalisme et de l'Etat.