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L'impardonnable. "Etes-vous juif ?"
Cohen-Levinas Danielle
CERF
22,00 €
Épuisé
EAN :9782204140904
Plus de poésie après Auschwitz disait Adorno. Mais est-ce vrai de la pensée ? L'impardonnable ne crée-t-il pas l'impensable au risque de la répétition ? Pour qu'il n'en soit véritablement plus jamais ainsi, il faut rendre ses droits à la philosophie. Bouleversant et courageux. Le nouvel essai fulgurant de Danielle Cohen-Levinas, posé mais rageur, tente au travers de quelques figures majeures de la philosophie (Jankélévitch, Levinas, Derrida...) d'interroger les limites du pardon face à l'impardonnable, et de réfléchir à l'imprescriptible de la notion même de crime contre l'humanité. En effet, comment la pensée philosophique, passée le seuil du XXIe siècle, aborde-t-elle l'antisémitisme, là où la pensée rencontre précisément un impensé irréductible à notre civilisation ? Expliquer, est-ce justifier ? Pardonner, est-ce absoudre ? Que faire de l'antisémite, quand il ne veut rien avoir à faire avec vous ? (135 x 210, 296 p.)
Ce volume regroupe un ensemble de textes issus d'un colloque international organisé par l'Ensemble Itinéraire, en collaboration avec le Collège International de Philosophie et l'Istituto italiano di cultura. Il s'agissait de réfléchir à la question des " convergences et divergences esthétiques " en abordant l'art par ses dimensions les plus inactuelles, à savoir diachroniques, transhistoriques, non réductibles à l'objet lui-même. Nous avons souhaité revenir à la question posée par Goodman - question qui met l'accent sur la nécessité de faire glisser l'interrogation " qu'est-ce que l'art ? " dans " quand y a-t-il art ? ". La plupart des textes attirent l'attention sur l'importance de renouer avec des modèles théoriques qui tentent de dépasser l'opposition traditionnelle entre le registre cognitif et le registre émotif. Ce volume ne prétend pas répondre de ces différents degrés d'intermittences entre le symbole et le symptôme. En revanche, il contribue à déceler ce qui dans l'art fait événement, au-delà de la polysémie des jeux de langages et de la critique : une manière de supplément d'esthétique.
La poésie de Celan engage un mode de lecture et d'interprétation que Jacques Derrida nomme Schibboleth. Plutôt que dévoiler le sens du poème, Derrida excave le texte jusqu'à toucher les vestiges d'un passé qui ne passe pas, faisant resurgir ce que le poète appelle un Singbarer Rest. Le poème enclenche alors un double envoi : une folie de la langue renonçant à ce qui lui appartient en propre pour donner la parole à un Autre, l'Etranger, le Juif en Celan comme le Juif en tout homme. Comment s'orienter dans cette folie qui tente de surseoir à une bénédiction sans locuteur ? A l'encontre du mal herméneutique qui consiste à élucider le poème, à rechercher le point de rassemblement de l'éclaircie sémantique, la "contre-parole" de Celan porte la trace indélébile d'Auschwitz, de l'Holocauste, de la Shoah, trois mots déclinant l'obscurité du monde et la survie de l'humain. Le devenir juif du poème doit désormais parcourir tant et tant de chemins sans destin pour témoigner, même endeuillé, de la mémoire des noms et des dates.
Schoenberg est à l'évidence un des compositeurs majeurs du XXe siècle. L'héritage classique et romantique dont il s'est toujours revendiqué, le contexte intellectuel dans lequel il évolue et sa singularité toute moderne constituent sans doute une part non négligeable de sa légende, que les questions sociales et politiques ont accrue. Dans la musique de Schoenberg, transparaît l'esprit d'une époque et l'espérance qui lui donne sens. Un souffle messianique plane sur elle; et, parallèlement, une empirie à l'épreuve de l'histoire du langage musical l'empêche de revenir à un état antérieur. Or - et c'est bien là le paradoxe - la musique de Schoenberg est là où on ne l'attend pas. Certes, elle répond point par point au mythe fondateur de la modernité, mais elle bâtit aussi sa déroute. Sa tentative de rébellion contre le système est aussi importante que le système moderne. Ce à quoi elle résiste est aussi fédérateur que ce qu'elle préserve. D'où le fait que le modèle structural pour l'analyser ne fait que la fixer là où tout est déjà défait. Comment donc parler d'une musique qui accueille l'instant? Comment comprendre une musique qui fait de chaque son un événement insaisissable? C'est en cherchant à résoudre ce paradoxe que ce volume entend présenter la genèse de la pensée et de la poïétique compositionnelle de Schoenberg.
Résumé : "Cher Alain, Nous avons donc décidé d'échanger des lettres plutôt que de nous entretenir de vive voix. Malgré mon goût de l'affrontement, je craignais de me heurter en temps réel sur du non-négociable et de voir bientôt se lézarder une chère et ancienne amitié". "Chère Elisabeth, En refusant la violence du tac au tac, tu ne t'es pas dérobée, tu as opté pour la franchise de l'écriture. Les impondérables de la conversation ne t'auraient peut-être pas permis de me dire aussi crûment ce qui te brouille continuellement et solitairement avec moi". Correspondance épistolaire qui donne lieu à un débat passionnant, En terrain miné est la rencontre de deux esprits politiquement opposés, unis par une amitié philosophique.
Derrida Jacques ; Cotton Nicholas ; Michaud Ginett
Résumé : Jacques Derrida déploie ici les éléments d'une réflexion profondément originale sur l'inconditionnalité du pardon, une notion qui ne saurait être confondue avec l'excuse, l'amnistie, la prescription ou la grâce. Si le pardon est hérité de diverses traditions (judéo-chrétienne, coranique et grecque), il ne leur est pas réductible : il excède les modalités du "comprendre", de la mémoire et de l'oubli, d'un certain travail de deuil aussi. Hétérogène à la phénoménalité, à la théâtralisation, voire au langage verbal lui-même, il suspend, comme une "violente tempête" (Benjamin), l'histoire, le droit et le politique. Inconditionnel, le pardon fait l'épreuve de l'impossible : c'est pourquoi il doit rester exceptionnel, sans calcul ni finalité, à l'écart de tout échange et de toute transaction. La trajectoire ainsi dessinée par Derrida tout au long de ce passionnant séminaire passe parla lecture des ouvrages de Jankélévitch sur le pardon et l'imprescriptibilité, de Kant sur le droit de grâce, des textes bibliques et grecs, d'oeuvres littéraires (Shakespeare, Kierkegaard, Baudelaire, Kafka, Rousseau et Augustin), ainsi que par l'analyse de scènes d'aveu et de repentir telles qu'elles se sont multipliées dans l'espace public, en France et ailleurs, à la fin des années quatre-vingt-dix.
Résumé : La notion de l'autorité a été écrit en 1942, peu avant l'Esquisse d'une phénoménologie du droit, avec lequel il entretient d'étroits rapports. "Chose curieuse, le problème et la notion de l'autorité ont été très peu étudiés" , note Kojève en ouverture de ce qu'il appelle lui-même un "exposé sommaire" . "L'essence même de ce phénomène a rarement attiré l'attention". Soixante ans après le constat garde sa validité, en dépit de quelques contributions notables. C'est ce qui fait le prix de cet essai d'élucidation philosophique. Kojève procède à la décomposition du phénomène, en dégageant quatre types purs d'autorité humaine qu'il met chacun en correspondance avec une théorie : le Père (la scolastique), le Maître (Hegel), le Chef (Aristote), le Juge (Platon). Les formes concrètes de l'autorité représentent des combinaisons de ces types purs. Loin des circonstances qui ont présidé à son élaboration, et que François Terré rappelle dans sa présentation, ce petit livre arrive à point nommé dans le débat d'aujourd'hui autour de la disparition de l'autorité dont la nature reste toujours aussi énigmatique.
La science manipule les choses et renonce à les habiter. Elle s'en donne des modèles internes et, opérant sur ces indices ou variables les transformations permises par leur définition, ne se confronte que de loin en loin avec le monde actuel. Elle est, elle a toujours été, cette pensée admirablement active, ingénieuse, désinvolte, ce parti pris de traiter tout être comme «objet en général», c'est-à-dire à la fois comme s'il ne nous était rien et se trouvait cependant prédestiné à nos artifices.Mais la science classique gardait le sentiment de l'opacité du monde, c'est lui qu'elle entendait rejoindre par ses constructions, voilà pourquoi elle se croyait obligée de chercher pour ses opérations un fondement transcendant ou transcendantal. Il y a aujourd'hui - non dans la science, mais dans une philosophie des sciences assez répandue - ceci de tout nouveau que la pratique constructive se prend et se donne pour autonome, et que la pensée se réduit délibérément à l'ensemble des techniques de prise ou de captation qu'elle invente. Penser, c'est essayer, opérer, transformer, sous la seule réserve d'un contrôle expérimental où n'interviennent que des phénomènes hautement «travaillés», et que nos appareils produisent plutôt qu'ils ne les enregistrent. De là toutes sortes de tentatives vagabondes. Jamais comme aujourd'hui la science n'a été sensible aux modes intellectuelles. Quand un modèle a réussi dans un ordre de problèmes, elle l'essaie partout. Notre embryologie, notre biologie sont à présent toutes pleines de gradients dont on ne voit pas au juste comment ils se distinguent de ce que les classiques appelaient ordre ou totalité, mais la question n'est pas posée, ne doit pas l'être. Le gradient est un filet qu'on jette à la mer sans savoir ce qu'il ramènera. Ou encore, c'est le maigre rameau sur lequel se feront des cristallisations imprévisibles. Cette liberté d'opération est certainement en passe de surmonter beaucoup de dilemmes vains, pourvu que de temps à autre on fasse le point, qu'on se demande pourquoi l'outil fonctionne ici, échoue ailleurs, bref que cette science fluente se comprenne elle-même, qu'elle se voie comme construction sur la base d'un monde brut ou existant et ne revendique pas pour des opérations aveugles la valeur constituante que les «concepts de la nature» pouvaient avoir dans une philosophie idéaliste.