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La théorie kantienne de l'expérience
Cohen Hermann
CERF
64,00 €
Épuisé
EAN :9782204066846
La Théorie kantienne de l'expérience, publiée pour la première fois en 1871, est le premier livre de Hermann Cohen. L'auteur ne cessera d'approfondir ses analyses, puisqu'il fait paraître une troisième édition - celle traduite ici - l'année de sa mort, en 1918. Il s'agit de l'acte de naissance du néokantisme de l'école de Marbourg, fondé par Cohen et auquel appartiennent aussi Ernst Cassirer et Paul Natorp. Ce commentaire de la Critique de la raison pure a profondément bouleversé les études kantiennes à la fin du XIXe siècle. Cohen s'y oppose à la lecture traditionnelle de la Critique, qui réduit l'a priori kantien à l'inné en l'assimilant à des cadres subjectifs au travers desquels le sujet connaissant appréhenderait le monde extérieur. Cohen introduit une exigence philologique qui manquait jusque-là aux interprétations de la Critique, en suivant de près le texte de Kant et en s'attachant à donner un sens à toutes les ambiguïtés du discours kantien (d'où l'attention aux moindres différences dans les formulations entre la première édition de la Critique et la deuxième). L'hypothèse de lecture qu'il propose permet d'instaurer une interprétation radicalement novatrice qui non seulement est confirmée dans sa mise à l'épreuve à l'aune du texte kantien, mais possède une force conceptuelle incontestable, c'est-à-dire un intérêt et une fécondité pour nous permettre de poser, aujourd'hui, le problème de la connaissance. Ce n'est pas seulement la compréhension de Kant qui est en jeu dans ce livre que Cohen n'a cessé de revoir toute sa vie, mais le dépassement de Kant au moyen de la méthode rigoureuse qu'il a su mettre en place - dépassement que, pour sa part, Cohen a effectué en écrivant son propre " système de philosophie ", dans lequel la Logique de la connaissance pure achève ce que la Critique de la raison pure avait initié.
Cette étude est à la fois une révision profonde de la théorie kantienne de l'expérience et une histoire du bouleversement qu'a entraîné, pour la physique, la découverte du calcul différentiel. La méthode qu'en dégage Cohen est destinée à fonder une nouvelle critique de la connaissance. C'est en même temps l'un des piliers philosophiques essentiels de l'idéalisme critique propre à l'Ecole de Marbourg, qui débouchera sur la pierre angulaire du système de Cohen, sa Logique de la connaissance pure. Cet ouvrage est un remarquable travail de reconstruction philosophique où la part de l'histoire n'est nullement contingente puisque c'est précisément à l'intégration de l'évolution scientifique au sein de la critique de la connaissance que tend Hermann Cohen.
Fils d'un hazan (chantre synagogal), Hermann Cohen (1842 - 1918) souhaitait d'abord devenir rabbin. Mais après quelques années d'études au séminaire rabbinique de Breslau, où il fut l'élève de Heinrich Grätz, il se consacra entièrement à la philosophie. Devenu célèbre pour avoir fondé l'école de Marbourg, d'où partir le renouveau du kantisme, il milita avec ferveur et intransigeance pour l'intégration des juifs dans la culture moderne, notamment allemande, et devint l'un des défenseurs les plus inspirés du judaïsme. C'est ce qui ressort des études et articles des Jüdische Schriften (Ecrits juifs ; préfacés dans l'édition originale par Franz Rosenzweig), réunis dans le présent volume. L'éthique du judaïsme - tel est ici le sujet privilégié de la réflexion de Cohen -, porte en elle tous les éléments de la morale à la fois individualiste et universaliste que prône la Critique de la raison pratique. Des prophètes de l'Ancien Testament à leurs exégètes modernes, en passant par les grandes figures du rationalisme juif comme Maïmonide, Cohen trace une ligne de convergence où se rencontrent, sans jamais se confondre, la pensée philosophique et la croyance religieuse. Par ses analyses admirables de la spiritualité juive, plus proches, il est vrai, du protestantisme que du sionisme, il entend avant tout témoigner de la vocation universelle de la religion d'Israël.
Dans son Commentaire de la " Critique de la raison pure " de Kant, Hermann Cohen propose un abrégé de son interprétation de la théorie kantienne de la connaissance, achevant ainsi l'entreprise de reconstruction du système du criticisme inaugurée par son grand livre sur La Théorie kantienne de l'expérience (1871). Mais il s'agit cette fois de suivre pas à pas le texte de Kant, afin de restituer la démarche même de l'auteur et de faire apparaître progressivement l'unité de l'ensemble visé par le travail de la réflexion. En expliquant ainsi dans le détail l'argumentation développée par Kant, Cohen met utilement en évidence les variations qu'elle subit au cours de son élaboration. De plus, par certaines de ses remarques, il suggère comment la Critique de la raison pure devait trouver son aboutissement dans sa propre Logique de la connaissance pure (1902). Sans jamais trahir la lettre d'un ouvrage incommensurable, et qui a fait l'objet d'interprétations aussi nombreuses que contradictoires, Cohen entend en retrouver l'esprit, au risque d'oser comprendre Kant mieux qu'il ne s'est compris lui-même.
J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de moeurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J'ai posé les principes, et j'ai vu les cas particuliers s'y plier d'eux-mêmes, les histoires de toutes les nations n'en être que les suites, et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d'une autre plus générale. Quand j'ai été rappelé à l'antiquité, j'ai cherché à en prendre l'esprit, pour ne pas regarder comme semblables des cas réellement différents, et ne pas manquer les différences de ceux qui paraissent semblables. Je n'ai point tiré mes principes de mes préjugés, mais de la nature des choses. Ici, bien des vérités ne se feront sentir qu'après qu'on aura vu la chaîne qui les lie à d'autres.
Si je pouvais faire en sorte que tout le monde eût de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs, son prince, sa patrie, ses lois ; qu'on pût mieux sentir son bonheur dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque poste où l'on se trouve ; je me croirais le plus heureux des mortels. Si je pouvais faire en sorte que ceux qui commandent augmentassent leurs connaissances sur ce qu'ils doivent prescrire, et que ceux qui obéissent trouvassent un nouveau plaisir à obéir, je me croirais le plus heureux des mortels, si je pouvais faire que les hommes pussent se guérir de leurs préjugés. J'appelle ici préjugés, non pas ce qui fait qu'on ignore de certaines choses, mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-même. C'est en cherchant à instruire les hommes, que l'on peut pratiquer cette vertu générale qui comprend l'amour de tous. L'homme, cet être flexible, se pliant dans la société aux pensées et aux impressions des autres, est également capable de connaître sa propre nature lorsqu'on la lui montre, et d'en perdre jusqu'au sentiment lorsqu'on la lui dérobe.
TOME I. Des premiers Écrits à la « Critique de la raison pure » : Les Premiers écrits (1747-1762) - Les Écrits de 1763 - Des observations sur le beau et le sublime à l'étude des rêves d'un visionnaire (1764-1766) - La Position du problème critique (1767-1780) - La Critique de la raison pure (1781-1787). Édition publiée sous la direction de Ferdinand Alquié avec la collaboration de Claude Berry, Jean Ferrari, Bernard Lortholary, François Marty, Jacques Rivelaygue et Sylvain Zac, 1840 pages, rel. peau, 105 x 170 mm.
Résumé : " La raison humaine a cette destinée particulière, dans un genre de ses connaissances, d'être accablée de questions qu'elle ne peut écarter ; car elles lui sont proposées par la nature de la raison elle-même, mais elle ne peut non plus y répondre, car elles dépassent tout pouvoir de la raison humaine. Ce n'est pas de sa faute si elle tombe dans cet embarras. Elle part de principes dont l'usage est inévitable dans le cours de l'expérience, et en même temps suffisamment garanti par elle. Avec leur aide, elle s'élève toujours plus haut (comme le comporte aussi bien sa nature) vers des conditions plus éloignées. Mais, s'apercevant que, de cette manière, son ?uvre doit toujours rester inachevée, puisque les questions ne cessent jamais, elle se voit contrainte de se réfugier dans des principes qui dépassent tout usage possible d'expérience, et qui pourtant paraissent si peu suspects que la raison humaine commune elle-même se trouve en accord avec eux. Mais, par-là, elle se précipite dans l'obscurité et des contradictions, d'où elle peut certes conclure que cela doit tenir à des erreurs cachées quelque part, mais sans pouvoir les découvrir, parce que les principes dont elle se sert, comme ils vont au-delà de limites de toute expérience, ne connaissent plus désormais de pierre de touche prise à l'expérience. Le champ de bataille de ces combats sans fin, voilà ce qu'on nomme Métaphysique. "