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Peindre c'est voir. Une approche enthousiaste d'Andrew Wyeth
Cloux Patrick
ISOLATO
18,00 €
Épuisé
EAN :9782354480417
Andrew Wyeth (1917-2009) fut un peintre américain à la fois célèbre et décrié, indépendant de tout mouvement. Il avait une haute opinion des gens ordinaires qu'il fréquentait et qu'il a peints sur de longues années. Mais il était aussi très ancré, habité par la rudesse des paysages de la Nouvelle-Angleterre. Son oeuvre est chargée de ces doubles rencontres, fidèle et sombre, faite de retours magnétiques aux mêmes thèmes et d'un rendu très ferme. L'exigence est pour Wyeth une seconde nature, son talent surprend ainsi des secrets que l'on se doit d'aborder lentement, pariant sur la durée et une sourde imprégnation. " J'ai une conscience aiguë du temps qui passe, l'ardent désir de retenir quelque chose - et cela peut sembler triste aux gens. Je crois que le mot juste n'est pas mélancolie, mais plutôt recueillement. Je pense et je rêve énormément aux choses du passé et de l'avenir - à l'éternité des rochers, des collines - à tous les gens qui y ont vécu. "
Plus qu'un hommage, c'est bien d'une célébration qu'il s'agit. Car André Hardellet (1911-1974) est, pour l'auteur, un phare, un saint patron, un modèle et, plus que tout, un ami. Petit maître pour les uns, écrivain modeste pour d'autres, ce promeneur mélancolique a marqué pour toujours ses amateurs par sa "prose ouverte, savante, mais aussi sensuelle, subtile, rigolarde et populaire. Sa prose inquiète et visionnaire, dotée du petit matériel indispensable de l'humour en ruine". Patrick Cloux, en chef de file de la société (secrète et fraternelle) de ses lecteurs, entend faire découvrir son oeuvre providen- tielle et paradoxalement cachée, et lui rallier quelques inconditionnels supplémentaires. "Donnez-moi le temps" implorait un titre d'Hardellet ! C'est ce que fait ici, sans réserve, le bel essai d'un admirateur enthousiaste et reconnaissant.
La vie rognant le coin des cartes, j'utilise l'écrit comme un joker, une fois la littérature devenue une seconde mémoire. D'où la partialité d'une telle chronique. Le grand Ordinaire renoue quelques cordes disjointes, vingt ans passés en un souffle, le dos au mur du quotidien, à se chauffer au médiocre soleil d'un idéalisme privé. Déjà Henri Heine, en 1826, vendait un peu la mèche : " Les tourtes aux pommes étaient alors ma passion... Maintenant, c'est l'amour, la vérité et la soupe à la tortue. " Vivre est l'arme céleste d'un montreur de mots. Un spectateur distancié se parle. L'ordinaire est sa petite entrée. P. C.
J'allais par deux fois l'été et l'hiver, entre douze et treize ans, vivre et partager une partie de ce monde entier, plein de lui-même, fermé, menaçant et contradictoire. J'en sentais la détermination et la fin cependant, le lent déclin. L'élevage d'estive allait péricliter. Les gens s'en allaient chercher du travail en ville. Eau contre la pierre, ce leitmotiv abîmait chaque geste, rouillait frauduleusement chaque parole. Ce fut cependant en ces mêmes années, devenues secrètement lumineuses, ambivalentes et raides, dans ces lieux isolés et farouches comme le sont ces paysages blessés, que j'allais curieusement naître à moi-même. " P.C.
J'ai tenté ici de mettre en mouvement un certain regard porté sur le paysage. D'où mes promenades sans but, nourries d'analogies et d'objets de nature, mais aussi ce besoin participatif de dire les choses aimées par les livres lus. Voilà donc mon amour des pierres, des bouts de bois paradoxaux rencontrés sur les chemins. Une sorte de Land Art particulier, privé, et cependant résonnant chez d'autres, traversant le jeu sans fin des formes à découvrir, des collections, des n?uds entre le réel et l'abstraction. Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais c'est ainsi, donné, direct, décidé : une tentative d'appropriation du monde, l'éloge du pacte qui nous ramène aux arbres et à l'herbe, aux traces et aux mots. Patrick Cloux