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Vers le Nord
Chabrier Jean-Paul
ESCAMPETTE
29,50 €
Épuisé
EAN :9782914387934
Quand on écrit comme vous le faites, il est toujours temps de regarder les jeunes filles passer, et de s'interroger inlassablement sur leur évanescente réalité. Qu'est-ce qu'une jeune fille ? C'est ce que vous vous demandez en tremblant, et votre main demeure suspendue au-dessus de votre manuscrit. C'est encore ma propre main que je vois et c'est mon propre coeur affolé d'adolescence qui se remet à battre la campagne de ses premiers émois. Voilà où je suis resté depuis lors, dans la fête de ces délicieux élans retenus ; je parle de fête, mais je me souviens que je n'en menais vraiment pas large. Car il faut de longs mois, d'avrils gais en de ténébreux novembres, pour s'approcher d'une ravissante demoiselle à la taille si joliment tournée, et tout autant de mois, de clairs janviers en de juillets tout palpitants, pour comprendre que c'est à vous, par exemple, qu'elle a donné une mèche de ses cheveux avant de s'enfuir dans la plus belle nuit de votre jeune vie. Est-ce toujours de cette façon que les choses se passent aujourd'hui ? Le savez-vous ? Comment vous y prenez-vous, vous, avec toutes ces étonnantes jeunes filles ? N'ont-elles pas fini par vous tourner la tête ? Il me semble que vous n'écrivez rien de bon si vous passez tout votre temps à rêver que vous puissiez les désirer sans souffrir ; songez-y, cela ne fera guère qu'un compte équitable entre elles et vous, et vous souffririez de toutes les façons si vous cessiez de les désirer, n'est-ce pas ? Peut-être vaudrait-il mieux n'avoir plus de coeur, ni d'yeux, et n'aimer en quelque sorte que la pure promesse de l'amour. Moi qui vous dis tout cela, je n'ai pas trouvé que la littérature puisse nous dispenser avantageusement d'aimer toutes ces vives et charmantes demoiselles.
Août 1941, fuyant l'infernale folie de l'histoire, Max Ophuls débarque à New York et gagne Hollywood, où il restera presque dix ans. Après plus de bas que de hauts, il tourne enfin, d'après la nouvelle de Stefan Zweig, cette Lettre d'une inconnue, somptueux concentré de l'art ophülsien, avec toutes les nuances et l'élégance d'un inimitable magicien de l'image.
De Nerval, la longue patience des sourciers ; de George du Maurier (celui de Peter Ibbetson), la confiance absolue en l'improbable ; d'AlainFournier, la fidélité aux éblouissements ; de Léon-Paul Fargue, l'acharnement du paresseux ; Jean-Paul Chabrier a hérité de chacun le plus inutile à la vie quotidienne et le plus essentiel à l'autre vie, la vraie, la vie d'au-delà des miroirs. Lire Chabrier est l'un des actes de rébellion les plus radicaux et l'un des chemins possibles vers le bonheur. Même si, à la fin, l'on meurt, puisque c'est inévitable, avec ou sans rébellion, avec ou sans bonheur. Lire Chabrier, retrouver Perdita, aimer les livres, jusqu'à la fin des temps, comme c'est simple !
Juste avant que nous repartions, du seuil / de cette maison qui désormais va rester vide je regarde au loin un arbre dans le vent, / comme si des déplacements successifs / aussi brusques que brefs / faisaient soudain scintiller / toutes les écailles d'un banc de poissons sous les grands frissons de l'air. / Mais je ne sais quelle métaphore je cherche. Ce n'est peut-être que la mort en mouvement qui ne sort jamais de la vie. / Dans l'absence de vent elle est tapie. / Dans leur balancement brusque les feuilles ne font que de dérisoires morsures / à la face immatérielle de ce qui nous souffle.
La première fois que j'ai vu Batia, c'était à Jérusalem en automne. Jérusalem qui est en pays d'Israël, Israël qui est une terre et un peuple, une terre qui vit de pluies célestes et de paroles, qui a soif de bénédictions, une terre qui entend nos paroles, qui boit nos paroles, qui absorbe nos paroles dans son grain, une terre qui compte les pas de tous et les noms de chacun, qui nous regarde du dedans de son Livre et nous offre le sens, c'est là que j'ai vu Batia pour la première fois, Batia qui est un visage particulier du peuple et une lettre du Livre, un visage qui respire l'âme du peuple, et pour conquérir cette femme il faut mériter cette âme, et aussi la Loi de cette âme qui est le Livre. Batia est une partie de la terre et du peuple, et vouloir cette femme, c'est vouloir l'une et l'autre, et si l'on a dit oui à la terre et au peuple qui sont véritablement Israël, alors on voit Batia qui vient vers soi, toute seule, et s'offre comme une rose tendue. Mais si l'on dit non à l'une et à l'autre et à la Loi de l'âme qui les unit, on ne peut rien connaître du secret de Batia qui se ferme comme la nuit.
En première lecture, ce livre est un essai sur le film de James Whale (1935), ses origines (le célèbre roman de Mary Shelley), l'écriture de son scénario, le choix de ses acteurs, la relation avec la censure, etc. Mais, plus profondément, c'est un essai sur la création, sur les relations du créateur avec sa création, sur la prédominance de l'acte de création sur tout autres considérations philosophiques, religieuses ou morales. C'est aussi un essai sur le mal, sur la tentation de puissance, sur le vertige des interdits. A sa première apparition, le visage du monstre est présenté par Manguel comme l'une des icônes de notre temps, au même titre que le visage de Greta Garbo... Cela fait partie des nombreuses réussites de ce livre provoquées par ces rapprochements inattendus où nous entraînent l'intelligence et la culture de Manguel. La comparaison, du point de vue de la création pure, entre la Fiancée créée par Frankenstein et la Mariée mise à nu par ses célibataires créée par Duchamp est un grand moment d'analyse et de jubilation! Enfin, et d'une façon assez classique dans la littérature et le cinéma fantastiques, la monstruosité n'est peut-être pas là où on le penserait. Le monstre n'aspire qu'à une harmonie que la société des hommes "normaux" lui refuse. L'instant de bonheur que connaît le monstre en compagnie d'un vieillard aveugle est une scène magnifiquement décrite...