Ce troisième numéro des Cahiers Pierre Michon se propose d'interroger la puissance de l'humour et tous les degrés du comique dans l'oeuvre de Michon. Il analyse, par exemple, la manière dont, sous le patronage de " Pierrot" , se met en place, dans les textes de l'auteur, y compris dans ses entretiens et ses lectures critiques, un "petit théâtre" où s'agitent toutes sortes de "rigolos" , marioles, pantins, marionnettes ou guignols. Il prend en compte, pour en analyser les procédés, les cibles et les effets, toutes les formes de comique, toutes les couleurs du rire - grotesque et burlesque, humour noir et autodérision, farce et ironie, satire et parodie, sens comique de la mise en scène et ressorts comiques de l'écriture... Il convoque aussi quelques figures tutélaires dont évidemment celle, cardinale, de Flaubert sous sa "grosse moustache de clown" , sans jamais oublier cependant que, selon Michon, le comble de l'humour, "l'humour sans fond" , "n'est pas de l'humour" . "Rire avec Michon" ne pouvait ignorer la part d'enfance, joueuse et enjouée, qui nous semble tellement active dans toute l'oeuvre de Michon. Le thème ici abordé nous invite donc à convoquer aussi son premier héros. C'est dans les textes de Pierre Michon, à l'orée de ce Cahier, que nous lirons deux beaux entretiens sur Tintin - le "récit enfant" - célébrant justement "le retour de cet enfant triomphant dans l'adulte" . Nous découvrirons aussi, dans les autres textes, toute une petite ménagerie de blattes pleureuses et de souris couineuses et rirons, avec Michon - dans une forme d'allégresse à la fois tendre et sinistre - des découvertes et déconvenues comiques de l'auteur, à la publication de son premier livre, Vies minuscules.
Dès les Vies minuscules, en 1984, Pierre Michon crée un concept, impose une présence singulière. Une voix nouvelle, son émotion, son allant, son rythme, emplit de sa résonance tous les ouvrages, interrogeant au c?ur même du langage la difficulté du rapport au Verbe et l'énigme de la création. C'est dire l'attrait envoûtant de cette écriture tendue et tenue dans son énergique volonté énonciative, écriture du désir où se dit le désir d'écriture comme celle, inscrite dans la chair même du monde, de cette " lourde phrase sans réplique toujours redondante, toujours jubilante, suffocante, noire, l'écriture absolue ". C'est à cette écriture que s'est attaché ce premier colloque international consacré à Pierre Michon au Musée d'Art Moderne de Saint-Étienne. Les textes rassemblés sous cette citation-titre témoignent de la richesse et de la fécondité d'une ?uvre dense et rare qu'explorent des écrivains, traducteurs, critiques et professeurs pour en partager la beauté, la faire mieux connaître et aimer.
Le Livre du Courtisan (1528) de Baldassar Castiglione est un des chefs-d'oeuvre de la littérature italienne, mais aussi un de ces textes, rares, qui ont eu un destin vraiment européen et qui ont exercé une influence dépassant le cadre littéraire. Son succès immense pendant près de trois siècles prouve que la société européenne d'Ancien Régime s'est reconnue dans le personnage du "parfait Courtisan" dessiné, au début du XVIème siècle, par un gentilhomme originaire de Mantoue, homme de guerre, diplomate, humaniste, poète, qui devait finir sa carrière comme nonce pontifical à la cour de l'empereur Charles-Quint. Loin d'être un "vil flatteur", le courtisan de Castiglione résume en lui toutes les qualités que la Renaissance exige de l'homme individuel et social. L'idéal chevaleresque du Moyen Age et l'idéal culturel de l'Humanisme, les "armes" et les "lettres", s'unissent pour former un modèle qui inspirera par la suite d'innombrables variations. Mais le Courtisan n'est pas un livre théorique. C'est une "conversation", pleine d'esprit, de grâce et de désinvolture, de poésie aussi, qu'échangent des amis dans le cadre du palais ducal d'Urbino, siège d'une des cours les plus raffinées d'Italie. Rabelais, Montaigne, Cervantès, Shakespeare, pour ne citer que les plus grands, retiendront les leçons du "comte Baldassar", doublement immortalisé par son livre et par le portrait que Raphaël, son ami, a fait de lui.
Biasi Pierre-Marc de ; Castiglione Agnès ; Viart D
L'?uvre de Pierre Michon n'est-elle pas déjà celle d'un classique ? La question émerge à un tournant historique : à un moment où les textes de Michon atteignent de nouveaux cercles de lecteurs et où son écriture elle-même pourrait, à cette occasion, chercher à se construire de nouveaux défis. Certains textes comme La Grande Beune, ou Les Onze, ne vont-ils pasconnaître une seconde floraison ? Le charme et le démon de l'inachevé traversent l'écriture de Pierre Michon comme un label de l'inimitable et la promesse d'une perpétuelle continuation. La chance nous est donnée par l'écrivain lui-même de chercher à comprendre cette aventure à l'état naissant : dans l'épaisseur sauvage de ses carnets de travail, à même la genèse du texte tel qu'il est en train de s'inventer, avec la chance exceptionnelle de pouvoir interroger son créateur. Ce sera, pour la lecture de l'?uvre, l'une des grandes nouveautés de ce colloque et des recherches à venir. Que va-t-on trouver à travers ces traces de la création ? Un formidable chantier intellectuel, une profusion de matériaux imaginaires et quelques aperçus inédits sur l'art de l'écrivain... mais surtout une énergie, une logique, une «percolation» qui constituent la signature inimitable d'une écriture. Comment la qualifier ? Comment résumer la singularité paradoxale de cette ?uvre, à la fois baroque et boutonnée, naturelle et fardée, noble et roturière,sauvage et réglée, cruelle et généreuse, si ce n'est par cette hypothèse : cette écriture ne serait-elle pas tout simplement en train de construire la langue classique de notre temps ?
Un CD audio d'archives sonores, des documents visuels, un essai critique: une triple approche pour une plongée vivante et argumentée dans la littérature française contemporaine. Tel est le parti pris de la collection "Auteurs". Elle a pour ambition de donner accès aux ressorts intimes de la création littéraire, à ses questionnements, à ses hésitations. Pierre Michon a donné de nombreux entretiens qui font entendre une voix, vraie, simple et forte, celle d'un écrivain nourri des grands textes dont il renouvelle l'approche de façon toujours ample, précise et lucide. Le présent entretien avec Colette Fellous est rare par ses inflexions plus nettement autobiographiques qui trouvent de nombreux échos dans l'essai d'Agnès Castiglione C'est l'inoubliable présence de cette voix - dubitative, fraternelle ou plus pathétiquement personnelle - qu'elle a souhaité faire entendre dans le rythme et la scansion d'une écriture de l'apparition étonnamment riche, au fil d'une analyse en quatre temps qui conduit de l'invention du minuscule à la figure du Roi.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours. Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants ; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies ; ruine quelques évidences... La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf. Emergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen... Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien. Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h. Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.