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LA PHILOSOPHIE DES FORMES SYMBOLIQUES. Tome 2, La pensée mythique
Cassirer Ernst
MINUIT
28,01 €
Épuisé
EAN :9782707302731
La philosophie des formes symboliques est une tentative pour fonder une philosophie de la culture - la culture non seulement entendue comme la pensée théorique et l'activité artistique, mais aussi comme la pratique humaine en général, ce qui inclut aussi bien l'usage de l'outil et les troubles du langage (T1) que les cérémonies religieuses et l'organisation d'une cité (T2) ou la pensée scientifique et ses catégories (T3). A l'interprétation "allégorique" des produits culturels, qui s'efforce de les rapporter à une instance extérieure, ce qui a pour effet d'annihiler leur spécificité et leur diversité. Cassirer veut substituer une interprétation symbolique. La fonction symbolique, la "forme symbolique", n'est donc rien d'autre que la loi de production de ces produits, l'orientation générale qui, par exemple, transforme une pratique magique en geste religieux, et qui confère à un objet resté identique un sens inédit. On abandonne ici les lois universelles de la nature humaine puisque, à l'inverse, ce sont les lois de production elles-mêmes, les "formes symboliques", qui distinguent et définissent (génétiquement, à la manière de Spinoza) les domaines culturels.
III. La phénoménologie de la connaissance La Philosophie des formes symboliques est une tentative pour fonder une philosophie de la culture - la culture non seulement entendue comme la pensée théorique et l'activité artistique, mais aussi comme la pratique humaine en général, ce qui inclut aussi bien l'usage de l'outil et les troubles du langage (tome I) que les cérémonies religieuses et l'organisation d'une cité (tome II) ou la pensée scientifique et ses catégories (tome III). Répondant dans une certaine mesure à des objections d'Heidegger, Cassirer entreprend de définir le statut de son discours philosophique -discours "critique" au sens kantien, qui s'efforce de dégager les catégories fondamentales de la pensée humaine - par rapport à ce qui en est l'origine même, la pensée scientifique et ses catégories. Quelle est la place de la science et la légalité scientifique dans le système en construction des formes symboliques, des fonctions culturelles (notamment par rapport à la pensée mythique) et quel est le statut du discours "philosophique" qui tente de construire et d'unifier ce système? Faut-il considérer le discours scientifique comme le modèle ultime (historiquement et structurellement) des formes symboliques?
Le Problème de la connaissance dans la philosophie et la science des temps modernes propose, plutôt qu'une histoire au sens strict, une reconstruction de la pensée moderne à partir de ce qui a été à la fois son but et son moteur : la connaissance entendue au sens le plus large, recouvrant donc tant les sciences que les arts et l'histoire. En effet, s'il peut apparaître à première vue comme une histoire de la connaissance - et de la philosophie qui la conçoit - de la Renaissance au XXème siècle, l'ouvrage, qui comprend quatre volumes, obéit avant tout à une partition dont Kant et sa critique de la connaissance constituent la pierre d'angle. Ainsi y aurait-il un chemin de la connaissance moderne dont Kant serait l'aboutissement - ce dont traitent les deux premiers volumes, de loin les plus massifs, qui furent publiés coup sur coup en 1906 et 1907 ; Kant constitue alors le point de départ en fait et en droit d'une philosophie de la connaissance. C'est à ce second aspect que s'intéresse le présent volume du Problème de la connaissance, paru en 1920. De fait, de Reinhold à Fries, en passant par Fichte, Schelling et Hegel, peu nombreux furent les philosophes allemands qui ne cédèrent pas, d'une façon ou d'un autre, à la tentation de parachever la philosophie critique kantienne en un système de l'idéalisme. Cassirer renverse ici la perspective et examine chacun de ces systèmes à l'aune d'un criticisme néo-kantien, procédant par là même à une mise au point, sans équivalent dans la production de ce dernier siècle, sur les conditions de possibilité de toute théorie de la connaissance.
Venus d'horizons différents, de la philosophie, de la linguistique, de la neurologie, de la psychologie, les auteurs de ces Essais s'accordent sur quelques certitudes et se séparent selon des clivages qui dessinent le champ conceptuel à l'intérieur duquel se sont constituées les sciences modernes du langage. Les questions qu'ils posent sont de celles que chaque génération est contrainte de se poser, bien qu'on les rencontre tantôt à l'intérieur et tantôt à l'extérieur de la linguistique : Qui parle ? Qu'est-ce que parler ? Et, sur un autre plan, quelle distance y a-t-il entre le fait du langage et la science que s'en donnent les hommes ?
L'oeuvre de Cassirer nous offre une vision pluraliste du XVIIIe siècle. Sous cet éclairage, Rousseau redevient citoyen de Genève et Bayle le banni de Rotterdam, le cartésianisme se fait principalement hollandais et Voltaire l'interprète de Newton. Pour Cassirer, le XVIIIe siècle est ce foisonnement convergent qui rompt les frontières nationales comme les frontières de langues, de classes ou de disciplines. Dans cette brillante synthèse, Cassirer s'emploie à balayer les poncifs. Certes, le XVIIIe siècle est le siècle politique, mais il est aussi un grand siècle religieux: celui de la lutte contre l'intolérance et la superstition, celui, surtout, de l'élaboration des fondements de la foi. Siècle qui marque la naissance de l'esprit historique, le XVIIIe a le sens de la relativité des valeurs. Enfin, il est le siècle de l'esthétique: toute théorie de l'art en viendra.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie. On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture. L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.
Juin 1940. Chartres, submergée par la foule des réfugiés du Nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. Quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la Werhmacht. Resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française. Le dramatique récit de Jean Moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la Résistance.