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JACQUES LE SOPHISTE. LACAN : LOGOS ET PSYCHANALYSE
CASSIN BARBARA
EPEL
23,00 €
Épuisé
EAN :9782354270254
Extrait Extrait du prologue «Comme c'est gentil de me reconnaître» - Allô, Lacan ? - Certainement pas. Vous souvenez-vous de ce que disait Lacan, à propos d'agalma, dans la «Proposition du 9 octobre 1967» ? «Comme tous ces cas particuliers qui font le miracle grec, celui-ci ne nous présente que fermée la boîte de Pandore. Ouverte, c'est la psychanalyse, dont Alcibiade n'avait pas besoin.» En guise de prologue, je voudrais présenter une boîte de Pandore fermée, la Grèce de loin, comme elle arrive aux philologues-philosophes, ces centaures boiteux à la Nietzsche. Elle, ou plutôt ses textes, et surtout ses textes présocratiques parmi lesquels les textes des sophistes, nous arrive par fragments à travers ce qu'on appelle la «doxographie», et ce sera à vous de l'ouvrir, même si les serrures manquent plus encore que les clés. Cette question du rapport entre transmission de l'Antiquité, via écoles et textes, et transmission de la psychanalyse, m'a été posée jadis par un ami argentin aujourd'hui disparu, Ezechiel de Olaso, très proche de Borges. Je lui ai d'abord répondu par une anecdote - toute la doxographie, on va le voir, roule sur de l'anecdote. Je lui racontai dans quelle circonstance Lacan, ce devait être dans les années 1975, m'avait demandé de lui parler de doxographie. Gloria m'appelle un dimanche matin à la campagne. Je descendais de cheval tout essoufflée, courant vers le téléphone (nous avions alors plus de vingt chevaux dans notre maison de garde forestier, pour les travailler en professionnels). Gloria, la secrétaire en général du grand médecin en général - un type d'universel analogue à celui des pommes que mangeait Chirac, exergue des Universaux d'Alain de Libéra : «J'aime les pommes en général». Il se trouve que mon oncle aussi était grand médecin, interne d'ailleurs en même temps que et avec Lacan (la salle de garde exaspérée avait, aurait, dit-on - phésin -, fait manger à Lacan un placenta en sauce, bien accommodé). «Ne quittez pas, le docteur va vous parler.» «Allô», dit le docteur, et moi : «Salut ! Comment vas-tu ?» «Comme c'est gentil de me reconnaître. Jacques Lacan.» Jacques Lacan, que je n'avais jamais rencontré, et non Jacques Caroli. Histoire de signaler sous quel signe misfit s'initia mon rapport à Lacan, et s'effleurèrent d'abord doxographie et psychanalyse. J'ai bien supposé que quelque analysant avait parlé de moi sur un divan pire qu'un oreiller, et de l'effet produit quand je «tapirisais» moyennant finances ces analystes supposés savoir et qui voulaient apprendre, vraiment fous du désir de savoir, philo-sophes autant que sopho-philes, amoureux du savoir et connaisseurs en amour. Nous lisions alors dans le texte non seulement le Phèdre de Platon, mais tout l'amont que même Lacan, comme Freud, n'avait pas en magasin, et d'abord la Théogonie d'Hésiode, un texte à partir duquel, d'inceste en émasculation du fils par le père, avec Gaïa la Terre gardant ses petits dans ses entrailles pour qu'Ouranos le Ciel ne les dévore pas, et Cronos leur fils châtrant son père dont le sperme touchant l'eau fit Aphrodite, avant que son fils Zeus ne le châtre à son tour, n'importe quel dipe prenait une force autrement plus crue.
Résumé : Les maisons de la sagesse (dont le nom complet est Maisons de la sagesse-Traduire) n'ont ni portes ni fenêtres. Il s'agit d'un réseau de lieux et d'actions où circulent les langues, les cultures, les idées, les savoirs, les pratiques, les générations. Dans cet ouvrage, Barbara Cassin et Danièle Wozny racontent ces "Maisons" qui sont aujourd'hui un lieu d'accueil où sont créés des glossaires bilingues pour l'administration française, où sont promues des Banques culturelles solidaires, où s'élabore le Dictionnaire des intraduisibles des trois monothéismes. Ces expériences sont déjà une manière de faire bouger la société, en s'appuyant, comme dans la traduction, sur les différences et les difficultés pour ouvrir un passage. Savoir-faire avec les différences, voilà justement ce dont nous avons besoin, y compris politiquement, et à présent plus que jamais ?
Our mission is to organize all the information in the world ("Notre mission est d'organiser toute l'information dans le monde"); Don't be evil ("Ne sois pas mauvais, méchant"). Tels sont les deux axes principaux de Google Inc. que Barbara Cassin, dans cet essai polémique, examine en philosophe. Elle montre qu'ils se traduisent par deux mots d'ordre: organiser et faire le bien. Comment, dès lors, ne pas entendre le président Bush concluant chacun de ses discours, après le 11 septembre 2001, par un appel à Dieu pour mener la "guerre juste", "le combat monumental du Bien contre le Mal"? L'extraordinaire histoire de l'invention de Google, le "meilleur" moteur de recherche, par deux étudiants de Stanford, de son développement jusqu'à son entrée fracassante en bourse, permet à Barbara Cassin d'aborder sous un angle nouveau la question décisive de la dimension culturelle de la démocratie. "Google est un champion de la démocratie culturelle, mais sans culture et sans démocratie. Car il n'est un maître ni en culture (l'information n'est pas la paideia) ni en politique (la démocratie des clics n'est pas une démocratie)."
Résumé : Quand dire, c'est vraiment faire : comment fait-on des choses avec des mots, comment fait-on vraiment des choses rien qu'avec des mots ? Cet ouvrage produit un court-circuit entre l'une des inventions contemporaines les plus "révolutionnaires" en matière de langage à en croire Austin : le performatif, et la toute-puissance du logos grec. Le premier épisode isole une généalogie païenne du performatif. Quand Ulysse dit à Nausicaa : "Je te prends les genoux" parce qu'il a trop peur de lui prendre les genoux, à quelles conditions est-ce là "un discours qui gagne" ? Le second temps part de la sophistique. Dans l'Eloge d'Hélène, Gorgias théorise le pouvoir du logos qui "avec le plus petit et le plus inapparent des corps performe les actes les plus divins" . Quel est alors le statut de ce que la philosophie appelle rhétorique ? Le troisième moment est contemporain. Desmond Tutu, qui préside la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, inventée pour éviter un bain de sang prévisible post-apartheid, dit : "On croit d'ordinaire que le langage dit les choses. La Commission n'est pas de cet avis. Le langage, discours et rhétorique, fait les choses. Il construit la réalité". Qu'apprenons-nous ainsi sur la performance-performativité de la parole en politique ? Que reste-t-il donc aujourd'hui, à l'ère des fake news, des deux fétiches dont Austin se joue : le fétiche vrai/faux et le fétiche valeur/fait ? A travers ces trois mises en scène - poétique, rhétorique et politique - de la performance langagière, Barbara Cassin, dans la suite de ses travaux sur l'évaluation, la psychanalyse ou la traduction, poursuit son exploration de ce que peuvent les mots. Barbara Cassin, directrice de recherche au CNRS, est philologue et philosophe, spécialiste de philosophie grecque. Elle a été élue en mai 2018 à l'Académie française.
Résumé : Dans le sillage du Vocabulaire européen des philosophies, Dictionnaire des intraduisibles, paradoxalement traduit ou en cours de traduction dans une dizaine de langues, Barbara Cassin propose sur la traduction un point de vue peu banal. Se méfiant de l'Un et de l'universel du Logos, elle se sert de l'outil sophistique pour faire l'éloge de ce que le logos appelle " barbarie ", des intraduisibles, de l'homonymie. Pour combattre l'exclusion, cette pathologie de l'universel qui est toujours l'universel de quelqu'un, elle propose un relativisme conséquent - non pas le binaire du vrai/faux, mais le comparatif du " meilleur pour ". Elle montre que la traduction est un savoir-faire avec les différences, politique par excellence, à même de constituer le nouveau paradigme des sciences humaines. Parce qu'elles compliquent l'universel, dont le globish, langue mondiale de communication et d'évaluation, est un triste avatar, les humanités sont aujourd'hui passées de la réaction à la résistance.
Les psychotropes ont installé une machine au milieu de la scène psy. Comment travaille-t-elle ? Depuis 1852 (mise sur le marché du Largactil), les psychotropes ont d'abord réorganisé la psychiatrie lourde, héritière de la psychiatrie asilaire et de ses patients psychotiques. Puis ils ont fini par envahir et redéfinir tout le champ des troubles mentaux. Mais la machine est restée très modeste. Elle veut seulement aider. Elle a comme rouages un certain nombre de techniques et de tests comportementaux ou cellulaires, qui se pratiquent sur des rats, des souris et des chiens. Cependant, il pourrait bien y avoir une grandeur des psychotropes que les psychanalystes n'ont pas été capables de saisir et qui les met progressivement hors jeu.
À l'origine de toute oeuvre, artistique ou autre: une mort. Et l'oeuvre est censée effectuer le deuil, telle est aujourd'hui la vulgate. On sait moins que la mort en est aussi le terme, non pas tant la mort physique de l'auteur, car son oeuvre lui survit, mais cette seconde mort à laquelle tout un chacun est promis lorsque le temps vient où plus aucune trace ne subsiste de ce qui a été réalisé. Une question s'ensuit, d'autant plus vive que l'oeuvre produite sera davantage reconnue "immortelle": comment se prêter à cette seconde mort, geste générateur de l'oeuvre, alors même que l'oeuvre en barre l'accès? Chacun à sa manière, une romancière, Yoko Ogawa, un poète, Stéphane Mallarmé, un psychanalyste, Jacques Lacan, a tenté de résoudre cette difficulté. Selon quels biais? Et comment se présenterait l'amour s'il devait, lui aussi, être délesté de son parfum d'éternité? Biographie de l'auteur Jean Allouch exerce la psychanalyse à Paris. Il a notamment publié: Erotique du deuil au temps de la mort sèche (Paris, Epel, 1997), La psychanalyse est-elle un exercice spirituel? (Paris, Epel, 2007), Les impromptus de Lacan (Paris, Epel-Mille et une nuits, 2009).
Elisabeth Geblesco fut l'une des dernières analystes à rencontrer régulièrement Lacan. Elle ne faisait nullement mystère de cette analyse de contrôle, mais personne ne savait qu'elle en tenait le journal. Ses proches, comme ses élèves, ignoraient tout de l'existence des cinq cahiers ici publiés. Rédigés à chaud, après chaque rencontre avec Lacan, ils constituent d'abords un témoignage de première main sur l'élaboration incessante de la pensée lacanienne, sur les jeux du transfert et l'expérience du contrôle des cures analytiques. C'est aussi un mine d'informations sur la vie et la dissolution houleuse de l'Ecole freudienne de Paris.