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La dernière marche de l'Empire. Une éducation saharienne
Caratini Sophie
EMPECHEURS
23,40 €
Épuisé
EAN :9782707156815
Un an après être sorti de Saint-Cyr, en 1933, le lieutenant Jean du Boucher (1910-1998) est affecté en Mauritanie, aux confins du Sahara espagnol, comme méhariste des Groupes nomades de l'armée française en compagnie de 80 goumiers et 120 tirailleurs sénégalais. Leur. mission est d'en finir avec la "dissidence" de tribus de nomades guerriers du Sahara nord-occidental et d'occuper leur territoire. Nous suivons au jour le jour leurs déplacements à chameau dans un désert où il est toujours possible de s'égarer au risque de mourir de soif. Dans ce récit écrit à la première personne, Jean du Boucher raconte sa vie et celle de ses compagnons dont il a découvert et aimé les comportements, les modes de vie, le code de l'honneur, etc. Il apprend leur langue et se marie même deux fois selon leur coutume. Il témoigne aussi de la fragilité des équilibres entre les tribus chamelières et la nature, que la présence militaire étrangère menace de détruire. Mais c'est tout autant le surprenant fonctionnement de l'armée française, les relations entre Paris et les unités sur le terrain, les civils et les militaires, les rapports, enfin, avec la Légion étrangère qui sont racontés ici avec humour et ironie. Quand Sophie Caratini a recueilli Je témoignage celui qui était entre-temps devenu général, était en quête de données directes sur militaires français qui avaient vécu pendant la colonisation sur le territoire des chameliers Rgaybat du nord-mauritanien, cherchant à comprendre la nature de la relation coloniale dans cette région. Le récit de Jean du Boucher dont elle propose la retranscription littéraire va largement au-delà de cette ambition: c'est un vrai roman d'aventures. Biographie de l'auteur Sophie Caratini est anthropologue et écrivaine; directrice de recherche au CNRS, spécialiste des grands nomades du nord-mauritanien, elle est l'auteur de plusieurs articles et de nombreux articles qui allient avec talent la littérature à la science.
Je suis très vieux, j'ai beaucoup voyagé, j'ai épousé vingt-deux femmes, appris quatorze langues et interrogé toutes sortes de savants. Les villageois viennent donc souvent me consulter. Je ne peux pas leur offrir grand-chose, mais je les écoute, je leur donne des conseils. J'enseigne à quelques-uns les secrets des plantes et des mots qui guérissent. Et quand je n'ai rien à faire, j'aime réfléchir sur les transformations du temps ou raconter à mes proches les aventures que j'ai vécues". L'auteur prête isa plume à Moussa Djibi Wagne, qui partit un jour de bon matin, sous l'emprise d'une force obscure, abandonnant sa famille et son village des rives du fleuve Sénégal. Comment aurait-il pu savoir qu'il ne retrouverait sa première épouse, son pays natal et sa mémoire qu'après quarante ans d'errance ? Une nouvelle Odyssée qui remonte jusqu'à l'enfance de cet Ulysse noir, et nous fait partager les tribulations d'un paysan peul de Mauritanie, ses émotions, ses croyances, la situation toujours tragique de son peuple, et sa quête inlassable de la connaissance d'Allah. Sophie CARATINI est anthropologue et écrivain. Après La fille du chasseur (Thierry Marchaisse 2011), elle poursuit ici sa grande trilogie historique sur le choc des mondes - maure, noir et blanc - dont les régions sahariennes ont été le théâtre.
Depuis les années 1990, on assiste à une modification des rapports de domination entre les anciennes puissances coloniales et les pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest dont les gouvernements doivent composer avec l'émergence d'un pouvoir global mondialement structuré, essentiellement économique et financier. Une équipe de recherche pluridisciplinaire, financée par l'ANR a travaillé de 2005 à 2008 à mettre au jour les dynamiques endogènes qui recomposent aujourd'hui les structurations et les représentations construites par et pendant la colonisation. Dépassant le découpage classique Afrique de l'Ouest/Maghreb, les chercheurs se sont intéressés à la catégorie des intermédiaires occupant une place stratégique au sein des processus de modification ou de reproduction de ces rapports. Ils révèlent ainsi que les Africains bilingues qui sont aujourd'hui dans les "affaires" ont souvent intérêt à la reproduction du rapport colonial, ou mettent au contraire en lumière ceux qui luttent pour constituer une nouvelle "société civile", résistante et militante.
La conquête coloniale du Sahara est une épopée militaire dont on ne retient généralement que les faits d'armes. Ce livre retrace la réalité quotidienne de l'occupation du Nord-mauritanien, telle qu'elle a été vécue dans les années 30 puis racontée à l'auteur dans les années 80 par un ancien officier méhariste. Cet ouvrage décale le regard habituellement porté sur l'histoire de l'Afrique en ce qu'il interroge la genèse des rapports humains inscrits dans le processus de colonisation des territoires sahariens.
« Est-ce que c'était moi? Est-ce que vraiment j'ai vécu ça? Ou est-ce que c'est une autre, ou est-ce que c'est un rêve? Mon enfance dans le désert, les grandes traversées avec le Groupe Nomade, mon gavage, mes mariages avec... Est-ce que ça a existé? C est tellement loin de moi. Et puis si c était vraiment moi, qui suis-je maintenant? » La voix de Mariem s élève du pays au million de poètes, de ce désert mauritanien où le vent de sable efface toutes les traces, et voue la vie des hommes à l oubli. Portés par sa parole, magistralement mise en scène par Sophie Caratini, nous traversons le miroir du mythe pour atteindre fait rarissime à la vérité d un féminin saharien, bédouin, que le choc colonial va totalement bouleverser. Avec Mariem, reprennent sens des savoirs perdus, d autres manières d être au monde. Grâce à elle, nous accédons à la forme de vie et aux métamorphoses intérieures de tout un peuple.
Il y a maintenant presque huit ans, je me suis retrouvée de façon inattendue éperdument amoureuse d'une chienne rouge piment que j'ai appelée Cayenne. " C'est en partant des gestes les plus ordinaires du quotidien et non pas de grands principes que Donna Haraway nous invite à penser notre relation aux espèces compagnes. Ces espèces avec lesquelles nous " partageons le pain ", depuis les micro-organismes qui nous peuplent jusqu'aux animaux de compagnie. Cet enchevêtrement nous conduit auprès de bouledogues français à Paris, à des projets concernant les prisonniers du Midwest, à des analyses coûts-bénéfices dans la culture marchande autour des chiens, à des souris de laboratoire et des projets de recherche en génétique, sur des terrains de baseball et d'agility, auprès de baleines munies de caméras au large de l'Alaska, sur des sites industriels d'élevage de poulets, etc. Il s'agit ici non pas de domestication, de contrôle ou de rachat de la dette mais de contact. Quelle est la valeur ajoutée du contact ? Que nous apprennent à sentir et à faire les " zones de contact " ? Loin de tout retour romantique à une rencontre sauvage, dénuée d'intérêts et de contamination biopolitique, prendre soin du contact entre espèces " entraîne " à un perpétuel zigzag entre ce qui nous affecte, nous rattache, nous rend interdépendants, simultanément robustes et vulnérables.
Depuis la terrible expérience du confinement, les Etats comme les individus cherchent tous comment se déconfiner, en espérant revenir aussi vite que possible au " monde d'avant " grâce à une " reprise " aussi rapide que possible. Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de cette épreuve, en tout cas pour le bénéfice de ceux que l'on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là se doutent qu'ils ne se déconfineront pas, d'autant que la crise sanitaire s'encastre dans une autre crise bien plus grave, celle imposée par le Nouveau Régime Climatique. Si nous en étions capables, l'apprentissage du confinement serait une chance à saisir : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir enfin nous envelopper - ; à défaut de nous développer à l'ancienne ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent, Où atterrir ? A Comment s'orienter en politique. Après avoir atterri, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter et retrouvent le goût de la liberté et de l'émancipation mais autrement situées. Tel est l'objet de cet essai sous forme de courts chapitres dont chacun explore une figure possible de cette métaphysique du déconfinement à laquelle nous oblige l'étrange époque où nous vivons.
Comment garder la force que nous ont transmise les femmes dont on n'attendait rien d'autre que d'être une maîtresse de maison - épouse, mère? Ces femmes qui, bravant le ridicule, de manière parfaitement désintéressée (elles ne pouvaient nourrir aucun espoir de carrière), ont résisté à l'objection doucereuse de leur père: « Mais, ma chérie, tu ne manques de rien... » et ont cherché par tous les moyens à créer et à vivre. L'Université leur était alors interdite et Virginia Woolf mettait leurs filles en garde: n'allez jamais rejoindre la procession « des hommes chargés d'honneurs et de responsabilités ». Qu'avons-nous appris, nous, les filles infidèles de Virginia, qui avons, de fait, rejoint les rangs des « hommes cultivés »? Nous avons le sentiment d'assister à la fin d'une époque: celle où nous pouvions nous réjouir de voir des jeunes femmes (et des jeunes hommes aussi) prendre goût à la recherche, devenir capables de cette liberté dont nous avons profité. Désormais, à l'Université comme partoutailleurs, il s'agit de manifester sa flexibilité, d'apprendre à donner les bons signaux et à écouter ceux qui proviennent du marché, bref de donner les gages requis de motivation et de sérieux. Comment vivre cette fin d'époque sur un mode qui ne soit ni cynique ni nostalgique? Comment échapper au « chacun pour soi » qui devient la règle à l'Université comme ailleurs? Comment faire aujourd'hui relais au cri de Woolf, « Penser nous devons »? Il nous fallait rencontrer des femmes chez qui nos questions faisaient écho et qui pourraient leur donner des dimensions imprévues, appeler à prolonger ainsi le cri de Virginia Woolf. Françoise Balibar, Bernadette Bensaude-Vincent, Laurence Bouquiaux, Barbara Cassin, Mona Chollet, Emilie Hache, Françoise Sironi, Marcelle Stroobants, Benedikte Zitouni, ont accepté de témoigner des anecdotes, des événements discrets ou des perplexités qui ont marqué le chemin par lequel chacune a découvert ce que pouvait signifier « penser » et passer ainsi du refus à la création. Mêmes si les portes de l'Université se sont ouvertes aux femmes, cela ne signifie pas qu'elles s'y soient senties « à leur place ».
Lowenhaupt Tsing Anna ; Pignarre Philippe ; Stenge
Anna Tsing parcourt les forêts tropicales indonésiennes ravagées par le capitalisme. L'affrontement suppose des alliances étonnantes entre indigènes habitant les forêts, ONG internationales et étudiants défenseurs de l'environnement. Ne nous laissons pas intimider par l'idée d'une globalisation invincible. C'est la friction avec une surface qui fait qu'une roue tourne ; envoyée en l'air, elle ne va nulle part. La friction de deux morceaux de bois produit de la chaleur et de la lumière ; un morceau de bois seul n'est qu'un morceau de bois. Sans friction, pas de mouvement, pas d'action, pas d'effet. Mettant en cause l'idée qui veut que la globalisation signifie le choc des cultures, l'anthropologue Anna Tsing fait de la friction une métaphore des multiples imbroglios socio-épistémiques qui font voyager partout dans le monde ce à quoi nous attribuons le pouvoir de globaliser ce monde. Tsing a parcouru les forêts tropicales indonésiennes où le capitalisme a redessiné les paysages en les transformant en zones-frontières où entrepreneurs légaux et illégaux s'emparent des terres des peuples indigènes, exploitant et détruisant sans vergogne toutes les ressources. En réaction, des mouvements environnementalistes ont pris la défense des forêts et des populations qui y vivent. L'affrontement mobilise des scientifiques, des opérateurs de la finance internationale, des idéaux d'émancipation ou de défense de la nature, comme aussi de prospérité par le développement. Mais cet affrontement ne traduit pas le heurt local d'enjeux valables partout. Ce qui anime les épargnants canadiens, les investisseurs des pays dits développés, les industries prédatrices, les experts des agences internationales, les anciens des villages de Bornéo, les étudiants de Djakarta amoureux de la nature, n'est ni local ni global mais toujours pris dans des reprises locales particulières de ce qui se présente comme cause globalement reconnue. Même ceux qui font alliance pour défendre la gestion communautaire des forêts le font pour des raisons différentes, souvent sur la base de malentendus. Mais ces malentendus sont justement parfois ce qui permet de gagner. Plutôt que de se laisser fasciner par le spectre d'une globalisation invincible, Anna Tsing appelle à une attention pragmatique à des collaborations engagées, situées, qui tirent leur force de références globales tout en les particularisant. Anna Tsing renouvelle les méthodes de l'ethnographie. Elle multiplie les modes d'approches qui permettent de saisir le rôle, fructueux ou désastreux, des différences culturelles dans le processus même de ce que l'on appelle trop facilement la globalisation. Elle nous offre un récit politique, ethnographique et poétique bouleversant.