Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Le spectre identitaire. Entre langue et pouvoir au Mali
Canut Cécile
LAMBERT-LUCAS
24,00 €
Épuisé
EAN :9782915806472
Longtemps l'Afrique noire a été présentée comme le continent des "sans" : sans Etat, sans histoire, sans langues... La complexité de ses plurilinguismes en fait pourtant un lieu privilégié d'observation des phénomènes langagiers. L'entrelacs des façons de dire et la teneur des discours épilinguistiques recueillis supposent une refonte épistémologique des approches sociolinguistiques. S'affranchissant de la mise en frontières des langues et des ethnies induite par les discours européens sur les catégories idéologiques, la plasticité de la parole quotidienne s'oppose à l'hypostasie des langues en "identités" qui renverraient à autant "d'origines". L'étude des discours publics tenus sur les "langues d'Afrique" depuis les premiers administrateurs coloniaux jusqu'aux récents "entrepreneurs de la tradition" montre combien les langues sont instrumentalisées par la vulgate ethnique. Au Mali, le détour par un multiculturalisme à l'américaine ne suffit pas à empêcher la progression d'un "fondamentalisme linguistique" qui tend à restreindre l'exercice de ses libertés langagières par le peuple malien.
Seck Abdourahmane ; Canut Cécile ; Ly Mouhamed Abd
Résumé : Que nous apprennent les figures et discours de migrants sur les mutations contemporaines du continent africain ? Pour répondre à cette question, les contrihuteurs de cet ouvrage ont croisé les disciplines : linguistique, littérature, histoire, socioanthropologie et sciences politiques. C'est une approche du langage comme praxis sociale qui renvoie à la fonction symbolique des faits langagiers conçus comme actes sociaux et produits en interaction avec une mémoire collective, qui sans cesse se reconstruit. La question de la migration est abordée ici à partir des phénomènes de production et de circulation de la parole ; celle qui marque et recompose des dis-cours et des récits au quotidien, par les hommes et les femmes qui voyagent autant que par ceux et celles qui restent. Il s'agit tout d'abord de sortir des logiques du Nord, trop souvent globales et géopolitiques, afin d'interroger le fait migratoire depuis le Sud et vers le Sud. Ensuite, les auteurs ont tenté d'opérer un déplacement de focale concernant la provenance des données en passant de l'histoire globale à la micro-histoire, des débats publics aux espaces domestiques, du centre à la périphérie, sans que les seconds ne masquent les premiers. Ce commun souci a garanti ce qui fait le fil d'Ariane de ces contributions qui, tour à tour, nous projettent de littératures en récits, d'itinéraires en itinérantes, de la foi à la voie, de la frontière au passage, des corps aux ombres, de la vie à la mort, de l'écho des routes à la mémoire de l'art ou à l'art de la mémoire.
Résumé : Dans cet essai, il s'agit de comprendre pourquoi la prévalence de la langue est avant tout un outil du pouvoir afin de discréditer toute forme d'émancipation langagière et donc politique. En France, la " langue française " a été construite par une élite à partir du XVIIe siècle afin de devenir à la fois un objet de culte national et un instrument de domination sociale. Ainsi homogénéisée, fixée, sacralisée, la notion de langue a totalement évincé une autre manière d'envisager le langage et les pratiques langagières, définissables à travers le terme de parole. Au nom de sa domination, " la langue " a entraîné des hiérarchisations visant à dévaloriser des formes non institutionnalisées ou non écrites auxquelles on a collé des étiquettes telles que patois, dialectes, pidgins, mélanges, petit-nègre, etc. Bien entendu, ces hiérarchies ont été exportées pendant la colonisation afin d'imposer la langue supposée " civilisée " du colon face aux langues africaines uniquement appréhendées à l'aune de cette vision politique du langage : sans écriture, sans complexité, sans flexion, les langues africaines n'étaient pas considérées comme de vraies langues. Pourtant " kan " en bambara, ou " làkk ", en wolof, ne désigne pas plus la " langue " que " le parler " ou toute autre manière de communiquer dont dispose un ensemble de personnes afin de vivre, de philosopher ou de créer, à un moment donné dans un espace donné... C'est à une tout autre façon de penser le langage que nous portent les pratiques langagières. Observer la vie du langage en société à partir de la notion de " parole " change la manière même d'appréhender la société et l'histoire. A travers les particularités liées aux interactions, aux dialogues, aux échanges que suppose ce terme, nous souhaitons inverser la perspective : parler est avant tout un outil d'émancipation, et c'est ce qui dérange actuellement les tenants de ce que certains nomment la " novlangue ". En cheminant à travers l'éclosion d'une parole libre en 1968 ou plus récemment en 2019-2020 avec les Gilets Jaunes, jusqu'à l'invention d'une parole libre notamment avec l'exemple du nouchi de Côte-d'Ivoire, ce livre se veut un retour à la parole comme force vive des rapports humains face aux rapports de pouvoir qu'instaure " la " langue. Enfin, un dernier détour par l'examen de l'imposition d'un discours managérial à dominante autoritaire nous permettra de comprendre pourquoi la prévalence de la langue est avant tout un outil du pouvoir afin de discréditer toute forme d'émancipation langagière et donc politique.
La présence et la visibilité des "Roms" d'Europe de l'Est dans les villes françaises sont devenues des questions politiques de premier plan depuis une dizaine d'années. Sans bien savoir qui l'on désigne par ce terme, on leur attribue la résurrection des bidonvilles et la délinquance de rue. Dans les médias comme dans les discours politiques, ces pratiques sont moins renvoyées à leur exclusion sociale qu'à la nature même des Roms. A partir d'un travail ethnographique dans la région niçoise et d'une analyse du mouvement rom, l'auteure montre que la mise en exergue de l'appartenance ethnique tend à naturaliser et figer une frontière sociale. Empruntant à la sociologie des migrations et à celle des relations interethniques, c'est le débat entre antiracismes universaliste et différentialiste qui compose la toile de fond de cette enquête.
L'idée que la langue qu'elle parle constitue l'identité d'une personne ou le fondement d'une nation est ici remise en question. Scientifiquement désuète, cette conception essentialiste du langage se retrouve pourtant dans beaucoup de discours institutionnels actuels cela va du dépistage précoce des délinquants au thème de la mort des langues, alors que les recherches de terrain mettent au jour une tout autre réalité : loin de pratiquer des langues réifiées et figées, les sujets parlants nouent à chaque instant avec autrui toutes sortes de relations langagières plurielles, dynamiques et libres. L'ouvrage incite les linguistes à sortir d'une approche techniciste et culturaliste du langage. Loin de nous inscrire dans une origine, loin de définir notre culture, la parole est d'abord ce qui nous traverse. Elle-même sujet toujours en devenir, elle ne peut se réduire au statut d'objet homogène coupé de celui ou celle qui parle.
Dans une région montagneuse et tourmentée de l'Afrique Occidentale, où le problème de la subsistance se pose de façon aiguë, une population a frappé depuis longtemps les observateurs par la hardiesse de son architecture, la qualité de son artisanat, la vitalité de ses rites et la beauté de ses manifestations culturelles. Depuis les travaux classiques de Marcel Griaule, les Dogon sont un des hauts lieux de la littérature ethnographique. Geneviève Calame-Griaule, sa fille, en renouvelle l'étude. Civilisation du verbe : le mythe même de la création y atteste le rôle primordial de la parole. Les ancêtres des hommes, êtres proches du poisson, descendus sur la terre avec "l'Arche du monde", reçoivent le miracle de la parole de Nommo, leur compagnon, lui-même fils de l'oeuf fécondé par la "parole" d'Amma. Dans ce monde créé, tout "parle". L'homme cherche son reflet dans tous les miroirs d'un univers à son image, dont chaque brin d'herbe, chaque moucheron, est porteur d'une "parole", d'un symbole. Si la réalité est ainsi comme un livre dont il faut, pour un esprit dogon, interpréter les signes et décoder le message, il est clair que ces "archives de la parole du monde" se sont constituées, au cours des siècles, selon des habitudes et des lois qui dominent la mentalité dogon. D'où une théorie et une mythologie de la parole ; d'où l'inventaire de ses rôles dans la vie amoureuse et religieuse comme dans la solution des conflits sociaux ; d'où sa place enfin parmi les autres moyens d'expression que sont la plastique et la musique. C'est toute la conscience qu'une collectivité a d'elle-même et du monde qui nous est ainsi restituée. Vaste inventaire. Patient déchiffrement. Mais cette analyse exemplaire que fait Geneviève Calame-Griaule des rapports entre le langage et une société particulière revêt alors un sens universel." (Présentation de la première édition, Paris, Gallimard, 1965) Geneviève Calame-Griaule.