Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Revue d'Architectures N° 265, septembre
Caille Emmanuel
D ARCHITECTURE
15,00 €
Épuisé
EAN :3663322101229
Cest un ingénieur-constructeur que nous connaissons et admirons depuis des années sans jamais lui avoir consacré de pages, si ce nest à travers loeuvre darchitectes avec lesquels il entretient une créative complicité, une relation féconde dont ils témoignent tous unanimement. Il ne sagit pas de Jean Prouvé mais de Hélio Olga, un ingénieur-constructeur brésilien de São Paulo. A rebours de lexubérance dun Calatrava, ce petit-fils de charpentier né en 1955 cultive un sens aigu de la frugalité, une apparente simplicité, fruit dun long travail dépure quexprime lélégance de ses structures. Formé comme il se doit au Brésil au béton, il a pourtant choisi une autre voie et décidé de développer la construction en bois. Un choix qui aurait pu paraître une évidence au pays du bois rouge (brasil)1 mais qui est étrangement loin de lêtre : car dans la patrie de Niemeyer, Artigas et Mendes da Rocha, le béton règne en maître depuis près dun siècle. Au-delà du matériau, ce qui fait la singularité de Hélio Olga, cest autant la chaîne de conception quil a développée depuis les plantations darbres jusquau chantier en passant par lingénierie et la fabrication que la conscience quil a très tôt manifestée pour les problématiques de développement durable. Car si le bois est souvent perçu comme un matériau écologique, dans un pays où la déforestation fait des ravages, il peut aussi ne pas lêtre du tout ! Enfin, et cest sans doute la raison qui nous a séduits chez Hélio Olga, cet ingénieur-constructeur a toujours tenu à partager son savoir-faire avec les meilleurs architectes brésiliens dans un pays où ces derniers nont jamais autant été exclus du marché de la construction. Cette édition qui lui est consacrée est donc aussi pour nous un prétexte pour vous montrer leurs réalisations.
N'en déplaise aux amateurs de spectaculaire et aux démagogues des politiques urbaines, l'architecture innovante n'a pas besoin de se parer de formes extravagantes ou de se planter mille arbres sur le crâne. Nous savons par ailleurs que le verdissement à tout prix, l'obsession de l'isolation thermique ou l'accoutrement technologique à outrance des bâtiments - chevaux de Troie d'une normalisation galopante - sont souvent les pires ennemis du développement durable : combien d'énergie grise gaspillée pour planter des navets sur les toits ? Davantage de technologie ; sûrement, mais seulement si elle est utilisée pour en minimiser la dépendance. Pour le dire autrement : se jouer de la complexité pour tendre vers une plus grande simplicité. C'est sans doute à ce prix que le progrès peut redevenir une valeur positive. Nous voyons ainsi aujourd'hui des savoir-faire ancestraux - terre, bois ou pierre - optimisés grâce à une ingénierie de pointe. L'architecture vertueuse de demain n'en sera pas forcément austère pour autant et encore moins nostalgique. Il peut y avoir, nous le rappelaient récemment quelques amis, une frugalité heureuse1. Wang Shu en Chine, Hélio Olga au Brésil, Martin Rauch en Autriche, Jacques Anglade, Gilles Perraudin ou Grégoire Mouly en France, partout, des architectes et des ingénieurs sont revenus aux sources de techniques traditionnelles pour les réinventer à la lumière de ce que nous offrent aujourd'hui de mieux la recherche et le numérique. Nous vous invitons à partir à leur rencontre en ce mois d'avril.
Genre architecture Parce que les étudiantes sont en France aujourd'hui majoritaires dans les écoles d'architecture, parce que la présence des femmes dans la profession augmente chaque année et que leurs réalisations - lorsqu'elles accèdent, trop rarement, à la commande - sont célébrées par la critique à égalité avec celles des hommes, on pourrait croire que la question du féminisme ne se pose plus dans le monde des architectes. Il subsiste pourtant encore beaucoup d'inégalités ; il n'est qu'à voir le peu de femmes présentes dans la tête du classement des agences d'architecture par chiffre d'affaires que nous publions ce mois-ci. Ne pas s'interroger sur le genre dans un monde aujourd'hui fortement traversé par cette question serait surtout se priver d'une dimension essentielle qui lie l'architecture à la société. On sait que l'espace de la ville est souvent déterminé par les comportements masculins, mais qu'en est-il de l'architecture ? D'aucuns associent les femmes à un art de bâtir qui serait plus sensuel, doux, voire coloré ! Ce marketing bassement opportuniste renvoie aux pires clichés du machisme : Monsieur maîtrise les choses sérieuses pendant que Madame choisit les rideaux. Car même si l'oeuvre dessinée de Lequeu (1757-1828) - auquel nous consacrons quelques sulfureuses pages - pourrait le faire croire, le genre relève sans doute moins des formes que des stratégies de conception ou, plus simplement, d'une manière d'exercer la profession. C'est peut-être en cela que la question est importante : au-delà des problèmes de parité ou de justice, elle nous oblige à penser autrement la pratique du projet. Une question à laquelle nous n'avons évidemment pas la prétention de répondre ici. Mais à l'heure où les acquis des combats féministes sont violemment remis en cause, même en Occident, il était plus que temps de l'aborder dans nos pages.