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Quand toute la ville est sur le trottoir d'en face
Cagnard Jean
ESPACES 34
12,80 €
Épuisé
EAN :9782847051575
Comment s'en sortir lorsqu'on est toxicomane ? Comment voit-on le monde ? Comment nous voit-il ? N'est-on pas en permanence "sur le seuil", à cet endroit de mise en jeu de la vie ? Est-on jamais sûr de se réveiller, et dans quel état ? Est-on jamais sûr du prochain pas ? A travers la voix du résident en institution (tous les résidents) et celle de l'éducateur (tous les éducateurs), nous traversons une très longue journée, peut-être infinie, grâce à la langue percutante de Jean Cagnard qui déploie une succession de paysages insolites et troublants, où la vie a la nécessité de se réinventer, parfois de façon drôle et cocasse malgré la souffrance. Comme l'écrit l'auteur : "C'est de l'interprétation libre et inquiétante de la condition terrestre. Et puis comme souvent derrière les apparences, c'est la machine humaine qui est en action tout simplement."
Sur une aire d?autoroute, un serpent tombe du ciel. Puis un autre. Un homme est en route, il va rendre visite à ses six frères et soeurs qu?il n?a pas vu depuis des lustres. Après avoir embrassé la femme de sa troisième vie, il part. Huit cents kilomètres vers le sud-est, six cents vers le nord-est, cinq cents vers le sud-ouest? Son itinéraire est établi non pas en fonction de la proximité géographique mais par ordre chronologique de sa fratrie. Sur sa route, il croise parfois des lacs, des fleuves, des étendues d?eau. Alors son cellulaire sonne: c?est son fils. Il est sur un chantier de fouilles, et joue de la guitare électrique. Leurs dialogues sont elliptiques et tendres, le « jeune crétin » et le « vieil homme » savent aller à l?essentiel. Une mouche sur le pare-brise tient compagnie au voyageur. Qui rate ses frères et soeurs: l?une après l?autre, les maisons restent volets clos, pour vacances? départ précipité? Le voyageur reprend sa route. Parfois, quand il klaxonne, il pleut des écureuils.
Précair vient de perdre son travail. C'est banal aujourd'hui. Ce qui l'est moins, c'est qu'il en perd un bras, puis les deux. Sa femme le quitte alors, car "elle ne peut pas vivre avec quelqu'un qu'elle a envie de brûler". Sa lente décomposition se poursuit par la perte de ses jambes, puis de sa tête. Il subit les assauts railleurs de son entourage et du quidam de la rue. Heureusement, le marchand de membres et un chien qui lui donnera sa tête lui rendront sa dignité, son humanité. La parabole de la précarité du monde du travail est centrale, mais Jean Cagnard la dépasse par la poésie du propos. Cette fable loufoque et humaniste est servie par une écriture onirique, tendre et pleine d'humour.
Une voix de femme, c'est le moyen que j'ai trouvé pour exprimer ce que la mienne n'était pas capable de produire, le médium à la fois le plus proche et le plus éloigné de ce que je suis, l'autre sexe, le mystère. Il fallait une force qui me soit familière et qui puisse aller au-delà de mes propres ressources. J'ai supposé que je pouvais le faire avec une voix qui avait forcément beaucoup plus d'élan et d'explosivité, depuis le temps qu'on la réprime et à laquelle je prêterais la capacité d'exprimer ma peur. La violence vient de ce que j'entends dans la radio à l'heure des informations où les mots semblent épuisés et leur représentation, indistincte et hygiénique. Comme s'il n'était pas supportable, le sens se perd derrière la profusion et l'habitude. Pour parler de la réalité, le mot doit être à la hauteur de l'acte qu'il y a derrière. Il doit dire l'ordure, la dégueulasserie. Viol, massacre, famine, exode, bateau même. Le mot doit hurler, chaque mot doit hurler. Sinon, c'est de la trahison, de la conversation de salon. Mais quel langage employer pour dire l'horreur sans être dans l'horreur, sans dégoûter ? Quel mot peut en remplacer un autre qui semble tout dire ? Ce sont les nouvelles du monde, que nous écoutons d'une oreille totalement plate parce qu'il faut continuer à vivre. Nous prenons les informations et laissons les événements à ce qu'ils sont. Nous nous tenons informés, c'est notre courage. Notre courage loin du carnage." Jean Cagnard
Tu les veux mes yeux ? Ca raconte ça, ce voyage qui a conduit six millions de gens à perdre ce qui les composait pour devenir ce qu'on leur demandait, une fumée noire. Pour cela, il fallut s'alléger, de poids, d'esprit, prendre la prouesse de l'oubli au centre de soi, apprendre sans peau et sans frontière. Et pour quelques-uns revenir, les yeux derrière soi, traînant toute la saleté. Tu les veux, mes yeux ? J'en veux plus.
Les joyeuses commères de Windsor sont une des comédies les plus farcesques de Shakespeare. Les personnages à la fois typés et vivants s expriment dans un langage coloré. Il y a les meneurs les deux commères, bourgeoises sans état d âme à la vengeance peu charitable, leurs époux, l entremetteuse, les pédants, les simples, les jeunes premiers... Ils évoluent autour de la personne de Falstaff, gentilhomme désargenté, hâbleur et gourmand. Il croit, avec l aide d acolytes peu recommandables, mener son monde alors qu il est le jouet de sa naïveté jusqu à en devenir touchant. Des Joyeuses commères de Windsor on connaît deux états: le Folio, posthume, et le Quarto dont il s agit ici. Ce texte, plus court et publié du vivant de Shakespeare moins soucieux il est vrai de l édition que du travail de plateau, privilégie le jeu et le plaisir de dire. C est ce que cette version s efforce de mettre en avant.
Ces deux comédies sont « en tous points comparables aux meilleurs du contemporain Marivaux ». --[Dix-huitième siècle, Martine de Rougemont, n° 29, 1997]
« Horlogerie théâtrale au mécanisme parfaitement réglé, ambiguïtés des personnages, renouvellement de thématiques et de structures marivaudiennes, telles sont les singularités du Legs. (...) On signalera l intéressante reprise, par la troupe du Français, dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel, d un Legs transposé dans une atmosphère art déco. L univers à la Watteau disparaît complètement, et l on entend alors plus nettement la montée des revendications féminines et la cruauté des relations sociales dans un monde dominé par l argent. » --[Extrait de la présentation, C. Ailloud-Nicolas]