Les textes rassemblés dans ce volume proposent une lecture simultanée de deux espaces jusque là dissociés, mer et montagne, mettant en lumière leur importance dans les constructions culturelles et sociales d'une Europe du temps long (XVIe-XIXe siècle). Ils font ainsi dialoguer des pratiques historiographiques en plein renouvellement (histoire de l'environnement ou histoire des représentations) et soulignent à quel point la géographie, l'histoire des sciences ou la littérature peuvent enrichir et renouveler les approches proposées par les historiens des temps modernes et contemporains. Réunis autour de trois problématiques - éclatement des pratiques sociales, les sciences entre mer et montagne, représentations et stéréotypes - ils révèlent des complémentarités, des similitudes et des oppositions entre ces "archipels cloisonnés" et montrent comment les hommes ont pu contribuer à dessiner leurs contenus culturels. Si certaines pratiques, médicales ou ludiques par exemple, certaines constructions mentales s'inscrivent bien dans des réalités synchroniques, d'autres éléments comme l'expérience et le discours scientifiques ont provoqué des dissociations marquées entre mer et montagne dès le mitan du XVIIIe siècle. A la lecture de ces approches multiples, on peut se demander si nos perceptions et nos usages contemporains de la montagne et de la mer ne nous institueraient pas, à notre tour, comme des acteurs de la continuité beaucoup plus que de la rupture?
Argumentaire auteur: Professeur d'histoire moderne à l'université de Paris-I, disciple de Jean Delumeau, Alain Cabantous est l'auteur de nombreux livres novateurs sur l'imaginaire religieux dans les sociétés anciennes. Argumentaire livre: Sous l'Ancien Régime, dans une société européenne imbibée de religion, encadrée par un clergé puissant mais aussi par des pouvoirs civils étroitement liés aux hiérarchies religieuses, la frontière n'était pas aussi nette qu'aujourd'hui - et encore... - entre le sacré (ce qui ne saurait se discuter et auquel on ne saurait toucher) et le profane (sur lequel l'humain a prise). Mais on ne peut pas dire que le profane ait avancé, au détriment du religieux. Alain Cabantous nous décrit plutôt une évolution, très variable dans le temps et dans l'espace, et analyse admirablement les frontières, mouvantes, des mentalités collectives comme de l'esprit des puissants et des lettrés. Cette étude nous permet de mieux comprendre le monde de nos aïeux.
Résumé : Elles ont refusé la constitution civile du clergé et le concordat. Elles ont formé " la Petite Eglise ". Elles ? Des communautés catholiques, prêtres et paroissiens, qui se sont mises en marge de l'Eglise pour assumer leur foi sans compromis. Voici leur histoire. Par opposition à la " Grande " (entendons celle de Rome), le mouvement dit de " la Petite Eglise ", dont il reste encore aujourd'hui quelques isolats, en Poitou, en Lyonnais et dans le Centre-Est, est un phénomène multiforme qui a surtout touché la France entre la Révolution et le Second Empire. Quelles que soient ses origines, la " Petite Eglise " se trouve d'emblée associée à une culture d'opposition aux pouvoirs civil (le refus du Concordat de 1801) et religieux (Rome) ; culture qui lui octroie une réelle unité mais dont, parallèlement, les manifestations concrètes sont très diversifiées. Chaque communauté possède une autonomie revendiquée qui se nourrit autant du contexte régional (notamment les événements de la Révolution) que de la culture religieuse antérieure. D'où la nécessité de rechercher les causes profondes de l'implantation géographique totalement discontinue sur le territoire de la République. Ce livre a donc pour objectif de rendre compte de l'originalité, de la multiplicité des facettes mais aussi de la dimension paradoxale qui composent le phénomène " Petite Eglise " jusqu'à nos jours ; d'observer autant le fonctionnement actuel des communautés qui demeurent (environ 3 000 personnes) que les relations que ses adeptes entretiennent avec les autres catholiques.
L'expansion européenne, qui ouvre puis caractérise la période moderne, a autorisé la lente autonomie sociale des gens de mer qui en furent l'un des instruments essentiels. A partir du XVe siècle, le développement des activités maritimes leur a permis de se différencier progressivement de l'ensemble des populations littorales. Vint ensuite le temps de la diversification au sein du monde de l'océan. L'ouvrage d'Alain Cabantous s'attache à cerner ce monde à part avec pour fil directeur une question : qu'est-ce que l'identité maritime ? En inventoriant et en analysant les données démographiques, religieuses, sociales, culturelles et matérielles relatives aux populations maritimes, Alain Cabantous montre que cette identité ne résulte pas d'un déterminisme géographique. Elle s'inscrit avant tout dans une histoire et des espaces originaux ; elle est également en grande partie conditionnée par le regard porté sur elle par le terrien. Cérémonies festives, habitudes vestimentaires, règles du métier, implantations géographiques et formes d'habitat sont scrupuleusement examinées et permettent de mettre à jour les contours d'une identité affirmée qui cache pourtant mal la diversité des comportements. Déjà, voyageurs, armateurs, médecins ou écrivains s'étaient bien gardés de confondre trop souvent les marins au long cours, les corsaires, les hommes de la pêche, les officiers ou les capitaines, tous pourtant vrais gens de mer.
Professeur émérite à l?université Paris I, Alain Cabantous a publié de nombreux ouvrages, dont une très remarquée Histoire de la nuit. XVIIe-XVIIIe siècle (Fayard, 2009).
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours. Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants ; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies ; ruine quelques évidences... La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf. Emergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen... Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien. Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h. Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la liberté de conscience a été conçue, en latin et dans une poignée de langues européennes, comme une possibilité de croire, de changer de croyance ou de ne pas en avoir. Elle a ainsi reçu une acception distincte de celle de la liberté religieuse ou de la liberté de religion. Lors de son inscription dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée sans vote négatif par l'assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948, ce droit individuel a néanmoins suscité des réserves ou oppositions qui ont empêché sa déclinaison constitutionnelle par des Etats membres. Une génération plus tard, la contestation de la liberté de conscience s'est trouvée renforcée au nom de la reconnaissance de sensibilités culturelles différenciées, au nom d'une lutte contre l'apostasie - parfois associée au blasphème ou à l'insulte contre des religions - ou au nom de la défense de l'unité d'un corps. Cette enquête historique s'inscrit dans le temps long des sociétés humaines. Etablie sur des sources linguistiques diverses, elle vise à saisir l'émergence d'une notion au sein de communautés spécifiques, du Bassin méditerranéen à la Chine et à l'Amérique, à comprendre les motifs d'adhésion et de rejet formulés par plusieurs centaines d'auteurs, à déterminer les modalités d'expansion de cette liberté, de sa traduction dans des langues qui n'en avaient pas dessiné les contours, ainsi qu'à appréhender les ressorts des remises en question contemporaines. Explorant, entre autres, les registres de la philosophie, de la théologie et du droit, cette recherche met en exergue la force et la fragilité d'une des libertés fondatrices de la modernité, historiquement située, louée ou décriée. Préface de Yadh Ben Achour