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Agone N° 65, 2020 : Sous le talent : la classe, le genre, la race
Buscatto Marie ; Cordier Marine ; Laillier Joël
AGONE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782748904345
Le paradoxe des formations aux métiers artistiques est de se présenter comme des lieux d'apprentissage de ce qui ne s'apprend pas, puisque le talent est ce que l'on possède à titre avant tout personnel. Pourtant, l'accès à la formation artistique est bien devenu aujourd'hui un élément clé dans la construction des trajectoires artistiques professionnelles. "L'art a été saisi par l'école" , selon la belle expression, pourtant déjà ancienne, de la sociologue Annie Verger. La vision courante de ces écoles est qu'elles se contentent de faire éclore les talents qu'elles repèrent. Prenant le contre-pied de cette conception avant tout individuelle de la réussite, ce volume montre comment les critères de classe, de genre ou de race sont décisifs à l'entrée des formations artistiques comme au fil de la scolarité. Plus encore, on y voit comme l'école d'art participe à la construction de ces inégalités, qui se répercutent ensuite en profondeur dans les univers artistiques eux-mêmes. Arts visuels, musique classique, photographie, cirque, danse classique, théâtre, mode : les études rassemblées dans ce volume dressent un panorama particulièrement complet de toutes ces formations.
Surmonter les séquelles d'une grave maladie, changer le cap de sa vie... A sa sortie de l'hôpital, Matthieu n'a qu'une idée en tête : quitter Paris, se réfugier dans le Quercy auprès de ses grands-parents qui l'ont élevé jusqu'à l'âge de douze ans. Rien n'a changé dans la petite maison à deux pas de la rivière où Paul et Louise luttent, chacun à sa façon, contre la marche d'un siècle qui les rejette. Le vieux maréchal-ferrant continue de forger des fers que personne n'achètera. L'ancienne sage-femme, qui a dû renoncer à exercer, s'est plongée dans la médecine des plantes. Porté par leur humanité généreuse, leur énergie farouche, leur obstination à être heureux malgré tout, Matthieu retrouve petit à petit la force, le courage et l'apaisement qu'il était venu chercher au pays de son enfance. L'amour et la sagesse de ces êtres chers vont lui permettre d'entrevoir la promesse d'une existence différente, plus féconde, d'un bonheur qu'il croyait à jamais perdu. Avec ce beau livre, véritable hymne à la vie, Christian Signol s'affirme une fois encore comme un des grands romanciers de la consolation. Chez lui, l'espoir, le combat, et la victoire sur le destin qu'ils autorisent, sont toujours magnifiés par la splendeur du monde.
Résumé : Censées permettre aux individus de s'exprimer de manière toute personnelle, les pratiques artistiques peuvent apparaître à première vue détachées de l'emprise du genre : des garçons qui dansent, des filles qui font du rap, des femmes artistes de rue, des hommes qui chantent, etc. Pourtant, le genre se révèle premier pour rendre compte de ces mêmes pratiques artistiques. A travers les articles de ce numéro, qui s'appuient tous sur un terrain ethnographique, sont justement données à voir et à comprendre les manières dont les frontières du genre se dessinent et se redessinent in situ, comment elles se font et se défont au fil du temps. Reproduction, transgression ou brouillage du genre appartiennent à ces jeux qui façonnent le faire, le dire et l'être en arts, permettant en retour de réinterroger la question de la domination et des inégalités de genre. Les normes genrées influencent ainsi largement les manières dont se mettent en place et se maintiennent les pratiques artistiques, amateurs ou professionnelles, selon une distinction hiérarchisée entre pratiques féminines et masculines respectant le primat hétéronormatif. Mais ces mêmes normes font l'objet de jeux contraires et quelques artistes, certes minoritaires, démontrent leur désir de s'en affranchir, ouvrant la voie à de possibles changements dans les temps futurs.
« En août 1988, à la suite d'un concours de circonstances, je me suis inscrit dans un club de boxe d'un quartier du ghetto noir de Chicago. Je n'avais jamais pratiqué ce sport, ni même envisagé de le faire. Hormis les images stéréotypées que chacun peut s'en former à travers les médias, le cinéma ou la littérature, je n'avais eu aucun contact avec le monde pugilistique. Je me trouvais donc dans la situation du parfait novice. Trois ans durant, j'ai participé aux entraînements aux côtés des boxeurs du cru, amateurs et professionnels, à raison de trois à six séances par semaine. À ma propre surprise, je me suis pris au jeu, au point de passer mes après-midi au gym avant de passer entre les cordes disputer un combat officiel. Les notes consignées au jour le jour dans mon carnet de terrain (initialement pour m'aider à surmonter un profond sentiment de maladresse et de gêne physique, sans nul doute redoublé par le fait d'être le seul Blanc de la salle), ainsi que les observations, photos et enregistrements réalisés lors des tournois et "réunions" où se produisaient des membres de mon club ont fourni la matière des textes qu'on va lire. »
Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique des articles d'analyse sociale et politique de la situation américaine. Déjà paru en français: Le Marché de droit divin (Agone, 2003).
Kraus Karl ; Deshusses Pierre ; Bouveresse Jacques
ET SI SURTOUT la perte de la culture n'était pasachetée au prix de vies humaines ! La moindre d'entre elles, ne serait-ce même qu'une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. L'industrie intellectuelle bourgeoise se berce d'ivresse jusque dans l'effondrement lorsqu'elle accorde plus de place dans les journaux à ses pertes spécifiques qu'au martyre des anonymes, aux souffrances du monde ouvrier, dont la valeur d'existence se prouve de façon indestructible dans la lutte et l'entraide, à côté d'une industrie qui remplace la solidarité par la sensation et qui, aussi vrai que la propagande sur les horreurs est une propagande de la vérité, est encore capable de mentir avec elle. Le journalisme ne se doute pas que l'existence privée, comme victime de la violence, est plus près de l'esprit que tous les déboires du négoce intellectuel. Et surtout cet univers calamiteux qui occupe désormais tout l'horizon de notre journalisme culturel.
Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.