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La folie du voir. Une esthétique du virtuel
Buci-Glucksmann Christine
GALILEE
38,00 €
Épuisé
EAN :9782718605999
Que le virtuel et l'?il technologique mondial constituent aujourd'hui une nouvelle folie du voir, que l'on peut déchiffrer à partir des modèles baroques et modernistes, tel est l'enjeu de ce parcours dans l'immanence du regard. Entre Icare et Protée, l'artifice devient abstract et artefact, art des surfaces et des enveloppes propres à tous les sexes virtuels et à toutes les topologies fluides de l'art comme de l'architecture. Le baroque rêvait d'un ?il qui se voyait lui-même à l'infini, le virtuel l'a accompli. Aussi cet ?il-monde est-il inséparable d'une théorie de l'image, l'image flux. Mettant en crise toute mimesis ontologique et tout modèle cristallin, elle ne " voit " pas le temps. Elle est le temps, dans ses dispositifs, ses effets et ses affects. Ce temps fluide, machinique et éphémère, suscite un travail intersensoriel de l'imagination propre à une esthétique post-duchampienne. Une esthétique des transparences et des fluidités qui est aussi une éthique, voire une politique. Car, dans cet icarisme temporel de tous les trajets, souffle désormais une tempête. Celle de Shakespeare, entre pré- et post-humain.
En ces temps de crise marqués par le retour de la mélancolie propre à l'Occident, la recherche d'un au-delà de la mélancolie sonne comme un défi. Défi à la peinture, pensée ici à partir de son histoire florale et cosmique, entre figuration et abstraction, spirales et flux. Loin de toute fascination des corps martyrisés, la peinture relève d'une cosmogenèse des forces, comme le voulait Paul Klee. Défi à la pensée, qui, de Baudelaire à Pessôa et Benjamin, n'a cessé de développer une esthétique de la mélancolie moderne, où le trauma revient comme une ombre et un fantôme qui vampirisent l'ego, et le vouent à la perte et au malheur. Défi enfin à l'Occident, à son corps chrétien qui l'éloigne de tout athéisme pictural et des cultures de l'immanence. Aussi l'esthétique post-mélancolique revendique-t-elle la naissance d'un art-monde diversifié, d'Est en Ouest. Face à l'homogénéisation sans freins ni lois de la terre, elle développe une écologie du regard, qui insère l'homme dans l'univers et fait de l'hétérogène et du " Concevoir autre " (Segalen) les principes anthropologiques et philosophiques d'une immanence propre à l'art comme à l'existence. Imaginons donc un "" Ange de l'histoire " non benjaminien, aussi souriant qu'ailé, comme le rêve cosmique de ce papillon chinois, où l'énergie de l'éphémère, la légèreté et l'humour, sont les seules formes de résistance face aux conformismes et aux tragédies qui nous entourent. Car ce papillon, dans son envol et ses métamorphoses, porte loin le temps post-mélancolique d'un devenir qui est notre seule éternité.
Ce livre est l'histoire intime de deux Orients croisés, nourris de toutes les Voix de l'enfance. L'un personnel, celui d'un affect longtemps enfoui où le désamour se métamorphose en destin. L'autre, celui du Père, interprète de langues orientales auprès de Louis Robert, lors de ses fouilles d'Anatolie à l'époque d'Atatürk. Deux récits de vies et, entre les deux, cet "Orient" de toutes les fictions, des départs et des retours, des magies et des désillusions d'une mélancolie sublimée. Un voyage sentimental à deux, une plongée dans l'inconscient familial et généalogique, sous le signe de l'art et de la littérature. De Grenade à Istanbul, de Klee à Matisse, à travers les mille facettes du "mode ornemental" de l'Islam, à la recherche d'un secret qui surgit toujours pour mieux s'évanouir. Un livre du temps, un temps éphémère, avec ses mythes, ses brisures et ses passages, où se dessine une éthique de la liberté pour le temps présent.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.