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Les voix de l'Orient. Le livre du père
Buci-Glucksmann Christine
GALILEE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782718609072
Ce livre est l'histoire intime de deux Orients croisés, nourris de toutes les Voix de l'enfance. L'un personnel, celui d'un affect longtemps enfoui où le désamour se métamorphose en destin. L'autre, celui du Père, interprète de langues orientales auprès de Louis Robert, lors de ses fouilles d'Anatolie à l'époque d'Atatürk. Deux récits de vies et, entre les deux, cet "Orient" de toutes les fictions, des départs et des retours, des magies et des désillusions d'une mélancolie sublimée. Un voyage sentimental à deux, une plongée dans l'inconscient familial et généalogique, sous le signe de l'art et de la littérature. De Grenade à Istanbul, de Klee à Matisse, à travers les mille facettes du "mode ornemental" de l'Islam, à la recherche d'un secret qui surgit toujours pour mieux s'évanouir. Un livre du temps, un temps éphémère, avec ses mythes, ses brisures et ses passages, où se dessine une éthique de la liberté pour le temps présent.
De Kyoto à Fukuoka, à travers cette mégapole fascinante qu'est Tôkyô, ce livre est un voyage entre Asie et Europe, où se dessinent les Passages japonais pour l'an 2001. Voyage dans les lieux, des temples immémoriaux aux architectures les plus contemporaines d'Arata Isozaki, Toyo Ito ou Itsuko Hasegawa, mais aussi voyage dans le temps, du zen au virtuel. Ce temps devenir et éphémère, libéré de tout monothéisme, donne naissance, dans les manières et les matrices propres aux pratiques artistiques, architecturales et urbaines, à une esthétique des légèretés, des transparences et des indifférences. Un maniérisme fluide, comme les vagues et les flux, un Livre du temps qui préfigure, dans sa philosophie et son art de vivre, le nouvel icarisme du XXIe siècle.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.