Avons - nous le droit de croire ce que nous voulons croire ? En 1877, William Clifford forge l'expression " éthique des croyances " et formule la thèse selon laquelle il est toujours moralement mauvais, en tout lieu et pour chacun, de croire quoi que ce soit sur des bases insuffisantes . Dans un contexte social de crise de légitimité des autorités, de défiance grandissante vis - à - vis du discours scientifique (notamment médical) et plus généralement de la figure des experts, au moment où l'innovation numérique et technologique rend possible la manipulation massive et dynamique des croyances, la question de la croyance, de son statut, de la confiance que l'on peut lui accorder, de sa justification, se repose à nouveaux frais. Que peut dire l'éthique de nos croyances, de leurs sources, des autorités qui les font naître, les modifient ou les entretiennent ? Comment peut - elle aborder la croyance, fréquemment considérée comme relevant de l'intime ou dépendant d'un processus déontologique de justification, mais dans les deux cas n'engageant pas de responsabilité autre qu'à soi - même ?
« Quelques semaines après la parution du Discours sur l?origine et les fondements de l?inégalité parmi les hommes, Charles Bonnet, savant genevois, publie dans le Mercure de France sous le pseudonyme de Philopolis, un article qui remet en cause l?usage que Rousseau fait du mot perfectibilité. Il comprend ce mot de telle sorte qu?il est conduit à dénoncer une inconséquence, voire une contradiction, dans la démarche de son concitoyen. Rousseau ne voit pas, selon Bonnet, que si l?homme est perfectible, alors il est fait naturellement pour vivre en société et se perfectionner parmi et à l?aide de ses semblables. Toute la thèse du second Discours s?écroule! Piqué au vif, Rousseau profite de cette circonstance pour préciser le sens de ce mot et pour mettre en relief le rôle du temps dans la vie des hommes, de toutes choses en réalité. Mais une nouvelle difficulté surgit, le rapport d?opposition entre l?histoire et la nature devient problématique. C?est de ce noeud dans la pensée rousseauiste que nous avons voulu traiter, ou du moins approcher: le lien entre l?être et le temps. Nous avons pris la Lettre à M. Philopolis comme un jalon dans l?évolution d?une pensée dont la richesse continue à nous instruire. »
En 1928, quelques mois après l'attribution du prix Nobel à Henri Bergson, paraît dans Les Revues un pamphlet signé d'un jeune professeur de philosophie qui a publié, un an plus tôt, un ouvrage original et dérangeant, Critique des fondements de la psychologie, dans lequel il oppose la psychanalyse de Freud à la psychologie traditionnelle: Georges Politzer, arrivé en France en 1921, agrégé de philosophie en 1926. Ce pamphlet s'attaque à plusieurs aspects de la pensée de Bergson, accusé de présenter sous de nouvelles couleurs le spiritualisme à la française qui est l'une des facettes de la tradition universitaire depuis Victor Cousin. Au-delà du bergsonisme, Politzer stigmatise une Université française figée dans une pensée qui ignore tout de Hegel, de Marx ou de Nietzsche, et préconise de revenir à l'enseignement de Socrate, à cette philosophie "corruptrice de la jeunesse", ennemie des Dieux et des Etats. Cette anthologie, préfacée et annotée par Roger Bruyeron, regroupe ses principaux écrits philosophiques.
La crise sanitaire a mis sur le devant de la scène les injonctions contradictoires auxquelles sont confrontés les individus dans la sphère professionnelle : manque d'écoute et de suivi, érosion de la confiance, perte de sens dans le métier, souffrance éthique, etc. Les injonctions contradictoires sont nombreuses et bien visibles dans le domaine du soin et de l'accompagnement : les hôpitaux sont jugés sur leur capacité à maîtriser leur budget, mais les discours portent sur les valeurs et sur un soin centré sur la personne. Les soignants doivent personnaliser la prise en charge des malades et répondre aux critères de standardisation des soins. Il leur est demandé de prodiguer des soins de qualité, mais dans des conditions de travail défavorables à la qualité des soins. Dans le contexte actuel de souffrance des soignants et de crise durable du système de santé qui comporte le risque d'une prise en charge dégradée, voire de maltraitantes des patients, l'enjeu du présent dossier est de contribuer à la description des situations d'injonctions contradictoires dans le soin, pour comprendre quels problèmes pratiques et cliniques elles mettent en lumière ; comment ces contradictions et paradoxes questionnent nos modes de raisonnements et théories ; et enfin quelles actions ou théories permettent d'en sortir.
Cues Nicolas de ; Coursaget Françoise ; Bruyeron R
Les trois dialogues composés par le cardinal Nicolas de Cues pendant l'été 1450 ne résument pas toute la pensée de cet auteur, mais ils éclairent d'un jour relativement nouveau sa réflexion sur le lien entre sagesse et savoir. Proche en cela des Anciens, Nicolas de Cues pense leur unité dans la lumière de l'Un - de la Déité, écrit-il parfois - réfléchie par la puissance de l'esprit humain. Cet esprit est compris comme imago dei, non pas image de Dieu, car tout ce qui est image de Dieu, mais plutôt copie de Dieu, reprise de la toute-puissance divine dans les limites que lui impose, toutefois, le fait d'être finie. La vérité étant en elle-même inaccessible ici-bas - inattingible, écrit Nicolas de Cues - reste le développement de cette vérité ou de l'Un, c'est à dire ce monde que l'esprit a pour tâche de mesurer, de reprendre, de recréer. Savoir pour inventer un monde à venir, avec humilité et ouverture à l'Etranger: cela s'accorde précisément avec ce que certains historiens nomment l'Humanisme.
L'ouvrage est une réponse à la question "à quoi ça sert d'être éducateur?" A contre-courant d'une pensée unique qui réduit le sens d'une pratique à son utilité, l'auteur affirme que la relation éducative ne sert ni à guérir, ni à ramener des individus dans la norme, ni à réparer un préjudice comme y invite l'arrêt Perruche, mais à les aider à surmonter l'injustice liée à leur différence et à trouver du sens à leur vie. C'est ce que l'auteur appelle passer du "vivre" à "l'exister". Prenant appui sur l'expérience de terrain et sur cinq histoires de vie, l'ouvrage présente une relation éducative fondée sur l'engagement de l'éducateur autant que sur son savoir-faire professionnel. Il renoue avec les valeurs fondamentales du métier et tisse le lien entre l'éthique et la pratique. Biographie de l'auteur Educateur spécialisé et docteur en sciences de l'éducation, Philippe Gaberan est aujourd'hui formateur en travail social à l'ADEA de Bourg-en-Bresse (01); ses enseignements et ses recherches le conduisent à se spécialiser en histoire et philosophie de l'éducation. Il est rédacteur au journal Lien social (Toulouse) et l'auteur de plusieurs ouvrages.
Mauvais Patrick ; Blazy Micheline ; Deligne Isabel
Des professionnels de PMI, de lieux d'accueil, de services de soins en périnatalité, de CAMSP et de pouponnières témoignent de leurs pratiques dans l'accompagnement des relations entre parents et enfants. On reconnaîtra aisément, au travers de ces expériences diverses, une référence appuyée aux travaux d'Emmi Pikler - pédiatre hongroise qui a fondé en 1946 la pouponnière de Lòczy à Budapest - sur le très jeune enfant et sa famille. On y retrouvera l'importance qu'elle accordait, jusqu'au moindre détail, aux conditions concrètes du bien-être et de la sécurité de l'enfant. Les professionnels réunis ici, attentifs et assurés de leur confiance en l'enfant, nous enseignent combien l'accompagnement du processus de parentalisation peut bénéficier de cette approche, dans le respect des familles en devenir. Biographie: Patrick Mauvais est psychologue clinicien, responsable de la formation des formateurs à l'association Pikler Lòczy de France.
Bosse-Platière Suzon ; Ben Soussan Patrick ; Desca
Si de tout temps les femmes ont travaillé tout en ayant des enfants, aujourd'hui elles sont de plus en plus nombreuses à exercer leur activité à l'extérieur de chez elles. Et les transformations de la famille conduisent la plupart d'entre elles à confier leurs enfants à des professionnels de l'accueil éducatif. Le mouvement féministe, ces dernières décennies, s'est attaché à l'émancipation de la femme et à la construction de la parité avec les hommes. Aujourd'hui, il apparaît important de repenser la maternité et la prise en charge du jeune enfant à partir de la question de la place des femmes dans la société. C'est cette interrogation qui est ici soumise à des historienne, sociologue, médecin, psychiatre, psychologues et psychanalyste.
La résilience, terme emprunté à la physique pour désigner la capacité des individus à surmonter les traumatismes, n'est pas une notion globale ou uniforme : elle présente de multiples facettes et provoque des controverses dans le monde thérapeutique. Dans cet ouvrage où dialoguent Boris Cyrulnik, à 'origine de la diffusion de cette notion en France, et Serge Tisseron qui en combat les ambiguïtés, les auteurs s'attachent à explorer les phénomènes de résiliences: la résilience serait-elle une recette miracle ou une réelle capacité de chacun à s'épanouir malgré le poids d'un traumatisme ? S'agit-il d'un état ou d'un processus ? D'un mécanisme de défense inné ou acquis ? D'une méthode comportementale ou d'une thérapie ? A mener seul ou avec l'aide d'un tuteur de résilience ? Apanage seulement de la jeunesse ou bien possible à tout âge ? Serait-ce un mot magique survalorisant ceux qui ont survécu à un traumatisme en même temps qu'il donnerait du rêve à ceux qui, dans des difficultés graves, peuvent espérer guérir par leurs seules ressources ? D'autre part, la résilience relève-t-elle du scientifique ou bien du moral dans la mesure où l'amour et la compassion semblent y jouer un râle primordial au détriment du travail scientifique sur l'Inconscient ? Et n'emprunte-t-elle pas à la psychanalyse certains concepts dans leur seul aspect positif et structurant ? Enfin, peut-on en tirer des outils thérapeutiques, voire pédagogiques, où à la traditionnelle prise en charge se substituerait une approche valorisant les ressources de vie, les potentialités de l'individu et de son environnement en développant l'espoir sous forme de réparation ou de création ? . . Joyce Aïn, psychanalyste (Toulouse), membre de la Société Psychanalytique de Paris, présidente de l'association Carrefours & Médiations.