Les femmes éducatrices qu'évoque ce livre ont compris les enjeux qui dépassent largement l'individu singulier, garçon et/ou fille. Elles agissent dans l'enceint familiale en interpellant mère et père (la mère dont ses actes révèlent l'importance réelle ou fictive tant elle apparaît de plus en plus comme un interlocuteur privilégié), enceinte familiale considérée comme un lieu expérimental pour préparer un projet de société. Les partenaires de l'éducation, femmes, hommes, auteurs ou non, entrent dans des géométries variables, mais qui, toutes, soulignent la présence grandissante de la femme dans le domaine éducatif, quelle que soit sa place dans la société, femmes de pouvoir ou au pouvoir, femmes exceptionnelles ou non, personnel mercenaire d'une éducation domestique, conventuelle, institutionnelle, privée ou non, célibataires, épouses, mères ou grand-mères, mais toutes conscientes de leur rôle. Cette préoccupation est l'occasion de se forger un destin, d'abord par la réflexion sur le statut lié à leur éducation, mais aussi et surtout parce que leur prise de position s'accompagne d'une entrée en écriture, en littérature, parfois en politique, tolérée dans un premier temps tant le terrain discursif paraît le prolongement naturel de la vocation maternelle, mais aussi discutée, contestée, ridiculisée, interdite quand les revendications inquiètent trop le pouvoir en place. La question des savoirs, leur nature, leur mode d'apprentissage qui peut aller de l'autodidaxie à une éducation spécifique conçue pour elle par un mentor (père ou mère) en passant par un enseignement reçu par contrebande (quand elles profitent de l'éducation de leurs frères) posent le problème d'un enseignement féminin lui-même, enté sur une conception de la femme naturellement portée vers mes arts d'agréments, la civilité, l'épistolaire, à qui les sciences, mais aussi tout simplement la lecture doivent être autorisées avec parcimonie et surveillance. Explicitée ou non par les textes, la question d'une éventuelle spécificité féminine est au coeur des débats, elle en constitue le point d'ancrage, qu'il s'agisse des programmes, des méthodes ou des expérimentations proposées.
La lecture et le lectorat ont fait, depuis une vingtaine d'années, l'objet de nombreuses études, qui ont mis en évidence des disparités importantes entre un lectorat masculin et féminin. La lecture est un lieu socialement construit de la différence des sexes. Se manifeste, dès le XIVe siècle, un processus de sécularisation dans les pratiques de lecture à mettre en relation avec un phénomène de désacralisation du livre. La lecture au féminin est l'enjeu de débats moraux où s'y affirme sa dangerosité. Dans le même temps apparaissent des prises de position en faveur du contrôle des lectures féminines qui s'inscrivent dans une conception du partage des pouvoirs de l'écrit en corrélation avec un partage hiérarchique des savoirs. Parce qu'elle est transgression, séduction, perversion, la lecture et la lectrice se déploient en un imaginaire dont la littérature s'est emparée pour en proposer des représentations multiples et protéiformes. Territoires de l'historien et espaces littéraires ont été dans cet ouvrage confrontés en une approche transséculaire, transdisciplinaire, à partir de l'étude de documents multiples, bibliothèques, correspondances, manuels, iconographie de textes littéraires. Il constitue une contribution importante à la construction d'une histoire sociale et culturelle de la lecture féminine. Il propose un bilan des savoirs de ces dernières décennies et de nouveaux jalons pour les études à venir
Brouard Sylvain ; Tiberj Vincent ; Perrineau Pasca
Les Français originaires du Maghreb, de Turquie ou d'Afrique sont depuis 20 ans au coeur des débats, phénomène accentué par le terrorisme islamiste. Leur mise en cause multiforme induit un doute sur leur qualité même de Français et repose la question du modèle républicain d'intégration. Religion, comportements politiques, systèmes de valeurs, intégration et égalité des chances, identités et sentiment communautaire sont analysés, mais aussi, relations hommes-femmes, antisémitisme et réislamisation. Cette enquête réalisée en 2005 porte sur un large échantillon de Français d'origine immigrée, systématiquement comparé à un échantillon miroir de la population française. Elle révèle les tensions et les dynamiques qui animent la France et ménage un espace de réflexion dans les débats que font resurgir les échéances électorales et l'actualité sociale.
Au coeur de la Révolution française, deux écrivains, Isabelle de Charnière et Mme de Genlis, proposent à leurs lecteurs émigrés une voie médiane, entre les valeurs d'une noblesse sur le déclin et celles d'une société en mutation rapide. Cette voie médiane se construit en référence à la figure de Jean-Jacques Rousseau, dont l'aura est sans pareille. Comme lui, elles adoptent une démarche rarement suivie de leurs contemporains, qui consiste dans le refus des opinions extrêmes et de l'esprit de parti. Proposant un idéal à atteindre pour les émigrés, elles ouvrent la porte à une valorisation du rôle des femmes, capables d'éduquer les enfants comme les adultes. Aussi leur représentation de mentors et d'écrivains féminins interroge-t-elle le bouleversement de l'époque, et le rôle qu'elles-mêmes espèrent tenir dans la nouvelle configuration sociale. Or, elles sont parfaitement conscientes que ces nouvelles fonctions qu'elles entendent exercer se heurtent aux conceptions rousseauistes de la femme qui régissent la société postrévolutionnaire. Les femmes de fiction sont façonnées aux idéaux de leurs créatrices : éducatrices, mères, elles sont aussi femmes d'esprit et défendent leur identité d'écrivain. A l'orée du XIXe siècle, qui verra triompher la figure dérisoire de la "femme auteur", Mmes de Genlis et Charrière font preuve d'une singulière modernité en encourageant les femmes à suivre leur exemple.
Inscrite dans le prolongement du grand projet régional Heures italiennes qui marqua l'année 2017 dans les Hauts-de-France, l'exposition Inventions italiennes est construite sur le thème des arts graphiques italiens, de la fin du Moyen Âge au néoclassicisme. Elle met en lumière la richesse d'un fonds peu connu d'une part, celui du Musée de Picardie, avec des feuilles et des estampes des plus grands noms de la péninsule (Tiepolo, Pannini, Piranèse, entre autres), et la qualité d'une des plus belles collections patrimoniales de France de l'autre, celle de la Bibliothèque Louis-Aragon, forte de livres enluminés et d'ouvrages imprimés rehaussés de gravures. Associés pour la toute première fois, le musée et la bibliothèque patrimoniale d'Amiens révèlent pour l'occasion nombre de trésors inédits.
Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours. Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants ; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies ; ruine quelques évidences... La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf. Emergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen... Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien. Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h. Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.
A Rome, religion et pouvoir sont étroitement imbriqués, comme le montre le relief en couverture du volume : autour de l'autel, le dieu (Mars en l'occurrence) et le magistrat veillent de concert à la clôture des opérations du census qui, tous les cinq ans, définissaient la place de chacun dans la communauté civique. Cet ouvrage permet de mieux appréhender les rapports entre religion et pouvoir dans le cadre des collectivités romaines, de la deuxième guerre punique à la fin des Sévères. Avec les pratiques rituelles pour fil conducteur, il privilégie trois problématiques : les institutions, les acteurs dans leurs espaces et pratiques, et les changements face à l'évolution des situations historiques. L'enquête est nourrie des renouvellements historiographiques opérés depuis deux générations dans l'histoire des religions comme dans l'histoire politique et sociale du monde romain.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.