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Sociétés contemporaines N° 126, 2022 : Varia
Bretin Hélène ; Jobard Fabien ; Naudier Delphine
SCIENCES PO
19,00 €
Épuisé
EAN :9782724637557
Ce numéro Varia propose plusieurs articles se rapportant à l'emploi ou aux services liés à la fonction publique. Maud Gelly et Alexis Spire traitent du développement d'activités médicales privées dans l'enceinte des hôpitaux publics et des conséquences sur les collectifs de travail, les filières de soin et les principes qui fondent l'ethos de service public. Alice Lavabre aborde la délégation aux associations de certains profils d'usagers du service public de l'emploi et montre que le travail de qualification des individus produit de nouvelles formes de marginalité dans le monde professionnel. La thématique de l'emploi est aussi abordée par Arnaud Mias et Madlyne Samak à propos des expériences et du rapport à l'emploi de techniciens dans le secteur de l'audiovisuel et de leur attachement à l'intermittence, loin du modèle de l'emploi pérenne promu par les pouvoirs publics. Lucile Quéré analyse les mobilisations transnationales de self-help féministe, qui contestent l'emprise médicale sur le corps et la sexualité des femmes. Enfin Claire Cosquer s'intéresse à la position sociale "expatriée" dans le contexte migratoire d'Abu Dhabi et aux luttes de classement dans l'espace du travail et des pratiques culturelles vis-à-vis du groupe émirien.
Prenant appui sur des enquêtes menées dans des contextes variés, ce numéro se penche sur les mécanismes complexes de transformation, parfois synchronisée, parfois non synchronisée, du travail et de l'ordre de genre. Montrant comment les situations de travail et les masculinités s'alimentent, il ouvre une réflexion sur la façon dont les transformations globales de la structure économique et politique sont indissociables de transformations profondes de tous les rapports de pouvoir, des plus visibles, publics, aux plus intimes.
Un forum interdisciplinaire. Sciences Sociales et Santé est une revue trimestrielle de langue française qui a pour ambition d'établir un dialogue entre les disciplines des sciences humaines, sociales et médicales. Elle publie des travaux récents de recherche qui s'appuient sur des données empiriques originales, ainsi que des articles qui proposent des perspectives nouvelles à partir de synthèses de travaux existants. Sciences Sociales et Santé propose ainsi une réflexion globale sur les nouveaux enjeux majeurs de la santé : éthique médicale, analyse des politiques de santé, sida, relation avec le patient, approches des soins, biomédecine... L'interdisciplinarité et le dialogue sont au coeur de la politique éditoriale. Chaque article est étayé d'un commentaire rédigé par un spécialiste d'une autre discipline ; la revue devient une source de partage des connaissances et d'enrichissement culturel. Sciences Sociales et Santé est une revue indépendante qui ne vit que des abonnements. Elle est soutenue par l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS.
Bourdieu a souvent insisté sur l'importance de l'étape algérienne dans la formation de sa pensée sociologique. C'est en Algérie qu'il est passé de la philosophie aux sciences sociales, c'est là qu'il a réalisé ses premières recherches et écrit ses premiers livres, c'est de l'Algérie que date son engagement politique. La référence à l'Algérie accompagnera toute son œuvre et la Kabylie jouera un rôle fondamental dans l'élaboration de la théorie de la pratique et du concept d'habitus : Bourdieu y aurait trouvé, en effet, un modèle de société traditionnelle auquel le concept d'habitus - ensemble réduit de schèmes transférables aux différents contextes de la pratique - serait parfaitement adapté. Mais au regard des autres écrits de Bourdieu sur l'Algérie, les Etudes d'ethnologie kabyle occupent une position paradoxale. En effet, depuis Sociologie de l'Algérie l'objet fondamental de l'analyse est une société en transformation et dans Travail et travailleurs en Algérie et Le déracinement, la Kabylie est l'exemple même d'une société en mutation, pénétrée par les rapports capitalistes et la modernité. Or, ultérieurement, la référence à l'Algérie se limitera à la Kabylie, pour y jouer un rôle opposé : celui de la société traditionnelle. Bourdieu a dit qu'il avait construit sa théorie de la pratique à partir de l'exemple kabyle. Ne serait-ce pas plutôt l'inverse ? Pour analyser les origines de la théorie de l'habitus, l'auteur étudie la formation de la pensée de Bourdieu, depuis Sociologie de l'Algérie jusqu'aux Trois études d'ethnologie kabyle et restitue la genèse de quelques-uns de ses apports théoriques majeurs mais aussi de quelques-unes de ses contradictions. Si, comme l'affirmait Bourdieu, la meilleure arme épistémologique du sociologue est la sociologie de la sociologie, ce livre qui analyse l'œuvre de Bourdieu avec ses propres outils, loin de l'apologie ou de l'agression - qui semblent malheureusement inévitables dans le champ sociologique français -, rend compte des lignes de force et des conditions de production à l'origine de sa théorie de la pratique et, en particulier, de sa théorie de l'habitus.
Les "bonnes pratiques" visant à diminuer notre empreinte écologique sont devenues des mots d'ordre du quotidien. Les pouvoirs publics institutionnalisent et normalisent les "éco-gestes", sur lesquels capitalisent des entreprises. Mais leur succès relatif invite à s'interroger sur les contradictions que leur multiplication engendre. Ces injonctions, héritées d'une institutionnalisation de différentes régulations de l'écologie, reposant tantôt sur les collectifs ou les individus, l'Etat ou le marché, produisent un empilement normatif problématique. L'institutionnalisation de "l'écologie des petits gestes" cohabite avec, voire se heurte à des logiques qui lui préexistent, mine l'action politique et militante écologiste, et étend l'emprise du marché sur les mondes associatifs et professionnels. Ce dossier l'illustre, en complément des travaux sur l'écologisation de l'action publique, le gouvernement des conduites ou encore la réception par les publics : l'activisme militant au sein des marches pour le climat se divise sur lie "eco-gestes" (Giuseppe Cugnata, Maxime Gaborit et Yann Le Lann), les militants des circuits courts sont marginalisés face aux injonctions de la "consommation responsable " (Gabriel Montreux), l'aide alimentaire est soumise à l'immixtion des impératifs de l'ami-gaspillage (Tom Beurois), et le compostage se trouve en proie à sa marchandisation (Maud Hetzel). Aussi l'écologie au quotidien aboutit-elle a fragmenter ou à déstabiliser les secteurs de l'action environnementale qu'elle prétend soutenir.
La manière dont l'Allemagne traite ses habitants [... ] n'est pas plus notre affaire que ce n'est celle d'un autre gouvernement de s'interposer dans nos problèmes". Les mots de Robert Jackson, procureur en chef américain au procès de Nuremberg, sont sans ambages : la répression des crimes racistes commis par les nazis ne saurait ouvrir la voie à un examen international de l'ordre racial qui prévaut alors aux Etats-Unis. L'atteste la définition particulièrement corsetée du crime contre l'humanité adoptée en 1945. A partir d'une enquête sur les lawyers qui, outre-Atlantique, ont jeté les bases du procès, impulsé et conduit les débats, Guillaume Mouralis propose une relecture passionnante de Nuremberg. Il révèle le faisceau des contraintes professionnelles, sociales et culturelles qui ont lourdement pesé sur ce moment expérimental. Il s'interroge finalement sur son legs. Comment a-t-il été mobilisé dans les luttes afro-américaines pour les droits civiques, ou celles, ultérieures, contre la guerre du Vietnam ? Et comment ces appropriations militantes ont-elles marqué l'émergence d'un dispositif judiciaire international ?
La terre prodigue ses ressources et confère la puissance à ceux qui se l'approprient. Les sociétés n'ont eu de cesse de se battre et de mourir pour elle : conquêtes, guerres civiles, autoritarismes, etc. Des fascismes européens aux dictatures latino-américaines, de la révolution chinoise aux guérillas colombiennes, combien de séquences politiques ont eu pour arrière-plan une terre mal distribuée ? Des Etats-Unis de la guerre froide à la Chine et la Russie d'aujourd'hui en passant par les pays du Golfe, combien de pays ont exprimé leur volonté de domination et de sécurité par une emprise foncière ? Des Kurdes aux Tibétains, des Palestiniens aux Ouïgours, combien de peuples ont vu leurs terres se dérober et leur rêve de reconnaissance s'évanouir ? Pierre Blanc réexamine l'histoire contemporaine en plaçant la question foncière au coeur des logiques de pouvoir.
Deux degrés, cela semble peu, mais c'est énorme. La température terrestre a déjà augmenté d'un degré depuis l'époque préindustrielle. Les émissions de carbone liées aux activités humaines en sont les premières responsables. Des bouleversements climatiques sont en cours et leurs impacts ne vont que s'aggraver. Il est presque sûr que nous ne tiendrons pas l'objectif, solennellement acté par les gouvernements du monde, de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C. La raison de cette incapacité tient à la triple dépendance de nos sociétés (technique, économique, culturelle) aux énergies fossiles, qui en constituent un soubassement aussi diffus que puissant. La science nous annonce qu'à ce rythme le pire est à craindre. Mais cela n'induit pas une fuite individuelle. Nous devons, au contraire, faire face collectivement. Constatant l'impossibilité actuelle de changer radicalement nos modes de vie et d'organisation, ce livre nous engage néanmoins à suivre plusieurs voies réalistes d'adaptation et de réforme pour préparer un futur moins sombre.
La crise des réfugiés qui secoue l'espace européen depuis 2015 a mis en lumière l'incapacité des institutions politiques à fournir des réponses satisfaisantes à tous les profils de migrants. Fruits de globalisations contradictoires, les flux migratoires s'accélèrent à travers le monde. Alors même que des frontières se ferment et que des murs s'érigent, les catégories de migrants et de réfugiés se brouillent, les pays de départ deviennent pays de transit et d'accueil et inversement, le contenu de la citoyenneté se diversifie, l'expression d'un droit à la mobilité des personnes émerge partout dans le monde. Réel enjeu planétaire, longtemps oubliées des grandes questions mondiales, les migrations transforment et affectent les relations internationales, redéfinissent la souveraineté des Etats. Elles disent surtout l'urgence d'une diplomatie nouvelle intégrant leur gouvernance mondiale et régionale.