La réflexion sur les genres littéraires a la Renaissance s'est peu renouvelée au cours des dernières années en dépit des apports récents de la théorie de la réception et de la linguistique pragmatique pour les études génériques en général. Ce volume reprend le fil d'une réflexion amorcée il y a une trentaine d'année dans l'ouvrage La notion de genre à la Renaissance (sous la direction de Guy Demerson), qui était consacré pour l'essentiel à la littérature française. Si la plupart des études s'attachent à décrire la vaste phénoménologie des pratiques génériques (retour de l'ancien comme stratégie de promotion, mais aussi compétition, mélanges, trahisons plus ou moins conscientes), se dégagent aussi de l'ensemble les lignes d'un cadre théorique. Emergent d'une part une analogie certaine des pratiques à l'intérieur de l'espace littéraire italo-espagnol, d'autre part, la richesse de strates de la conscience générique, qu'on ne saurait réduire à la reprise ou au refus des "genres consacrés", mais qui se manifeste à travers la complexité et la diversité des processus de modélisation.
Le XVIIe siècle espagnol sillustre par lémergence des favoris, les validos, qui prennent en charge les affaires de la monarchie catholique. Après un XVIe siècle marqué par la consolidation du pouvoir royal et par le gouvernement de souverains à forte personnalité, une série de rois jeunes (Philippe III, Philippe IV et Charles II) dirige lEspagne en sappuyant sur des validos dont la légitimité politique repose sur lamitié et la faveur du Prince. Les premières formulations de cette nouvelle pratique datent des années 1598-1645. Cest au cours de cette période, allant de la mort de Philippe II à celles du comte duc dOlivares et de Francisco de Quevedo, que naissent les premières grandes figures de validos. Travaillée par une profonde crise intérieure, lEspagne connaît alors non seulement une tentative de réforme des rouages institutionnels, mais également un retrait irréversible sur léchiquier politique international. Spécialement destiné aux étudiants qui préparent le Capes et lAgrégation despagnol, cet ouvrage entend présenter les enjeux majeurs de la période, de façon à mettre en lumière les principaux traits du valimiento, tout en replaçant le phénomène dans le contexte deffervescence intellectuelle et culturelle qui caractérise lEspagne de lépoque.
Cet ouvrage propose d'examiner la façon dont certains personnages politiques, qui ont marqué non seulement l'Espagne de leur temps mais encore la postérité, ont été exaltés, récupérés, réhabilités ou instrumentalisés à des fins qui les transcendent et occupent, de ce fait, une place privilégiée dans l'inconscient collectif. Adoptant un spectre temporel large, allant de la fin du Moyen-Age à l'époque actuelle, l'enquête porte sur des hommes et des femmes politiques d'exception (rois, hommes d'Etat, chefs militaires, figures religieuses...) qui ont été mis au service de discours de légitimation ou de contestation du pouvoir. La mise en regard des parcours politiques de ces personnages et des constructions discursives ou iconographiques auxquelles ils ont servi de support conduit ainsi à aborder la question des mythologies politiques espagnoles sous l'angle de l'exemplarité ; elle permet également de nourrir une réflexion à propos des grandes figures historiques, dont on note un retour en force depuis quelques années non seulement dans le cadre de romans et de films destinés au grand public, mais encore dans les ouvrages réservés aux spécialistes.
La société de communication contemporaine semble s'être donné pour mission de débusquer l'intime pour l'exhiber, et l'on peut considérer ce phénomène comme l'aboutissement d'une évolution commencée au XVIIIe siècle, époque où la notion d'intime a vu le jour. Dans ce contexte, les articles réunis ici proposent un angle d'approche original : au lieu de dessiner une fois de plus les contours de la notion d'intime, nous cherchons à en repérer l'émergence en environnement hostile...
La mort accidentelle d'Albert Camus, l'intellectuel solitaire et solidaire, le 4 janvier 1960 à Villeblevin (Yonne), a sidéré le monde entier. Quand on évoque Albert Camus, icône de la littérature française, ce sont les écrits du romancier, L'Etranger, La Peste, La Chute que l'on cite spontanément. Mais il était aussi dramaturge, éditorialiste de génie, essayiste, philosophe et citoyen du monde, ne se dérobant jamais face à un combat pour condamner toutes les formes de totalitarismes et l'horreur nazie. L'Algérie, son pays d'origine, fait partie intégrante de sa vie et de son oeuvre. L'originalité du présent essai est de retracer la trajectoire exceptionnelle d'un gamin pauvre du quartier Belcourt à Alger au Prix Nobel de littérature. Mais au-delà d'une simple biographie, ce texte cerne une production littéraire qui reste un témoignage essentiel sur les bouleversements du XXe siècle et sur des faits qui sont encore de notre temps. Dans un monde absurde, l'être humain doit faire au mieux pour accomplir sa destinée d'Homme.
La psychomécanique du langage, fondée par G Guillaume (1883-1960), a longtemps suscité des études consacrées à l'histoire des langues (en particulier du français), et a parfois été tenue pour une linguistique fondamentalement diachronique. Cependant, aucune synthèse n'avait encore été consacrée à l'exposition des conceptions guillaumiennes de la diachronie et du changement linguistique. La linguistique diachronique suscitant un regain d'intérêt sans cesse croissant, c'est cette lacune que le présent ouvrage vise à combler, en réunissant l'ensemble des propositions théoriques de Guillaume relatives à la diachronie. S'il présente la diachronie telle qu'elle est développée dans le cadre conceptuel de la psychomécanique du langage, l'ouvrage vise également à confronter cette théorie aux propositions du paradigme du changement linguistique, et à mesurer ainsi les points d'accord et les singularités de chacune de ces deux approches de l'histoire de la langue.
Quand il présente Fenêtre sur cour en 1954, Alfred Hitchcock jouit d'une popularité croissante, bien que la critique peine encore à le prendre au sérieux. Le film est tourné en un lieu unique, un défi séduisant pour le réalisateur qui confirme son inventivité en matière de mise en scène, de montage et d'utilisation de la musique. L'intrigue, quant à elle, offre une dimension subversive évidente : le spectateur se trouve dans la position du héros-voyeur, et tous deux sont déçus quand ils pensent qu'il n'y a pas eu meurtre ; en finissant par assouvir leurs désirs macabres, Hitchcock joue ainsi avec leurs sentiments. Il contourne également la censure, l'épilogue n'étant qu'une façade, au même titre que les murs en briques des immeubles du décor. Comme la caméra qui dépasse le cadre strict de la fenêtre de l'appartement de Jeff dès la scène d'ouverture, cet essai se propose d'étudier ce classique à la lumière des autres réalisations du cinéaste, afin de montrer combien Fenêtre sur cour peut être envisagé comme une synthèse de son oeuvre, périodes anglaise et américaine confondues.