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Wittgenstein, la rime et la raison. Science, éthique et esthétique
Bouveresse Jacques
MINUIT
29,00 €
Épuisé
EAN :9782707302991
Bien qu'il ait peu écrit et rien publié sur des sujets tels que l'éthique et l'esthétique, Wittgenstein leur accordait une importance essentielle. Une lecture approfondie de textes comme la Conférence sur l'éthique, les leçons et conversations sur l'éthique, la psychologie et la croyance religieuse ou les étonnantes Remarques sur " Le Rameau d'or ", de Frazer, éclaire d'un jour nouveau l'entreprise du philosophe dans son ensemble, en en faisant ressortir les tendances profondes, les présupposés fondamentaux, les partis pris, et finalement l'unité foncière. La philosophie est, pour Wittgenstein, une anti-mythologie. Mais cela n'implique pas qu'elle doive être " scientifique ". La tâche du philosophe est de lutter contre toute espèce de mythologie, qu'elle provienne de la science, de la pseudo-science, de l'anti-science ou de la philosophie. La technique philosophique originale que Wittgenstein a utilisée pour sa part met en ?uvre d'exceptionnelles ressources d'imagination, d'invention et de séduction, et s'apparente finalement beaucoup plus à celle de l'esthéticien ou du critique d'art qu'à celle du savant.
La prise de conscience des effets négatifs ou même franchement destructeurs du progrès scientifique et technique incite aujourd'hui de plus en plus à se demander si la connaissance, au sens moderne du terme, était bien la meilleure option possible pour nos sociétés. La réhabilitation de la sagesse contre le savoir et des traditions contre la raison a cessé d'être un thème que l'on pourrait considérer comme relevant exclusivement de la pensée conservatrice ou réactionnaire. La fin de la croyance au " progrès " est un des indices qui signifient que nous sommes entrés dans ce que certains appellent l'époque " postmoderne ". Mais le postmodernisme, qui tente de donner une réponse à la question de la légitimité sans recourir aux justifications contenues dans les " grands récits " de la modernité, ne propose guère, dans le meilleur des cas, comme solution qu'une sorte de surenchère ultramoderniste, qui laisse la question à peu près entière. Le passage à la postmodernité, s'il est réellement en train de s'effectuer, implique naturellement une redéfinition plus ou moins radicale de la nature, des tâches et des objectifs de la philosophie. La question qui se pose inévitablement est celle-ci : dans quelle mesure une époque postmoderne doit-elle également consentir (en dépit des tentatives de sauvetage plus ou moins convaincantes des postmodernistes) à se considérer et à se reconnaître comme postphilosophique, au sens strict du terme ?
Wittgenstein appartient incontestablement à la catégorie des philosophes pour lesquels la tâche de la philosophie est plutôt de comprendre le monde que de le transformer. Comme il le dit et le répète, la philosophie laisse en principe toutes choses (en particulier, nos pratiques établies) dans l'état où elle les trouve. Il n'y a probablement pas de domaine où cette théorie semble plus directement contredite par sa pratique que la philosophie des mathématiques. Comment peut-il critiquer aussi radicalement le platonisme mathématique et en même temps refuser d'accepter les restrictions que le constructivisme tente d'introduire dans les mathématiques, se rapprocher sur certains points autant de l'intuitionnisme et récuser néanmoins explicitement le programme réformiste que Brouwer voudrait imposer ? L'explication est probablement à chercher dans l'idée de l'autonomie de la grammaire et de la souveraineté de la pratique, dont les règles n'ont pas besoin du genre de justification que les partisans de l'orthodoxie croient détenir et dont les révisionnistes invoquent l'absence pour exiger des changements plus ou moins radicaux. C'est avant tout l'antijustificationnisme conséquent de Wittgenstein qui lui interdit d'envisager un changement de logique ou un bouleversement de nos pratiques mathématiques motivés par des considérations (principalement) philosophiques.
Résumé : Ces Entretiens apparaissent comme l'autobiographie intellectuelle d'un des philosophes les plus au fait de quelques-uns des grands débats contemporains. Jacques Bouveresse retrace avec Jean-Jacques Rosat les grandes lignes de son parcours philosophique, tout en dressant un plaidoyer pour un style de pensée modeste, rigoureux et ironique. Issu de la génération des jeunes assistants qui, dans les années soixante, montèrent à l'assaut d'une Sorbonne un peu trop poussiéreuse, il fut le défenseur de la logique " moderne " alors tenue pour marginale et exotique. Adversaire-né de tous les conformismes et introducteur en France des grands philosophes logiciens (Wittgenstein, Russel...), il ne s'est pas contenté de plaider pour la philosophie analytique ; il a tracé la voie d'une certaine résistance intellectuelle, par le biais d'une distance ironique face aux illusions que la philosophie entretient sur ses pouvoirs et sur elle-même.
S'interroger sur l'avenir de la philosophie revient aujourd'hui, à bien des égards, à s'interroger sur l'avenir d'une désillusion. La philosophie n'a probablement jamais multiplié à ce point les déclarations d'humilité et de renoncement et en même temps manifesté autant d'arrogance dans sa façon de transformer la mort qu'elle proclame en une résurrection, par la méthode classique du "changement de sujet". Au lieu de se rattacher à une tradition dont la spécificité résulte de l'existence d'une catégorie particulière de problèmes que l'on peut qualifier de "philosophiques", elle essaie le plus souvent de se redéfinir essentiellement en termes d'anti-tradition, d'anomalie, de marginalité, de crise et de rupture permanente. Malheureusement, comme les positivistes en ont fait à chaque fois l'expérience, la décision d'abandonner la discussion de certains problèmes ne les fait pas disparaître. L'impression qu'une mutation historique radicale a été effectuée et que nous sommes déjà entrés dans l'ère post-philosophique ne correspond pas forcément à une réalité quelconque. Enfin le rôle que l'on attribue à la philosophie dans la culture de demain est généralement conçu d'une manière telle que l'existence de philosophes professionnels ne devrait logiquement plus pouvoir être défendue et maintenue autrement que par tradition ou par inertie.
Dès la première phrase, vous entrez dans le livre, ce livre que vous écrivez en le lisant et que vous finirez par ramasser sur la banquette du train qui vous a conduit de Paris à Rome, non sans de multiples arrêts et détours. Le troisième roman de Michel Butor, paru en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute, reçut d'emblée un excellent accueil de la critique. Couronné par le prix Renaudot, traduit dans vingt langues, c'est encore aujourd'hui le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.