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Quelques ombres portées
Bourg Lionel
ESCAMPETTE
18,30 €
Épuisé
EAN :9782914387422
Tout lecteur l'est d'abord de lui-même, c'est du moins ce que Marcel Proust expose longuement dans Le temps retrouvé. Ce qu'il cherche ainsi dans les livres, qui l'émeut, l'intrigue ou se cabre, sans doute est-ce cette part de soi chez d'autres plus familière, qu'ils récusent parfois, l'enchantement comme la protestation n'y peuvent rien, de sorte que tout livre écrit avec honnêteté (...) ne s'adresse à personne, ne vise ni, l'expression militaire parle crûment, ne cible aucun public en particulier, l'écrivain ne se penchant sur ses feuillets que pour sa seule gouverne (...). L'écriture, sous peine de se restreindre à d'habiles ou maladroits exercices qui s'efforceront d'apparaître convaincants, agréables, beaux même, frappés de cette beauté admise en tout cas, dont les canons s'adaptent aux goûts comme aux normes d'une époque - un soupçon d'originalité, une dose de scandale n'en sont accueillis qu'avec plus de zèle - ne peut être qu'expérience singulière, la tâche du lecteur, Jean-Christophe Bailly l'analyse fort bien, consistant à aller au devant d'une singularité devenue contagieuse. (...). Ce que j'avais en tête (...) c'était d'indiquer, de mieux cerner peut-être, dans l'espace parfois marginal de mes lectures, le rapport que j'entretiens avec l'acte d'écrire et de montrer combien toute approche importante, décisive quelquefois, d'un livre, d'un auteur, implique une réflexion pour moi mal séparable de l'autobiographie, (...). M'arrêtant à tel ouvrage, confrontant mes jours à ceux que certains livres traduisent, en étroite sympathie avec eux ou, au verso d'une page, notant ce qui m'en éloigne, je n'ai souhaité que cette intimité, cet échange qui me fondent. Le reste est vanité. Je lis et n'écris qu'afin d'éclaircir un peu mon obscure existence
Pressenti par une station locale à vocation impertinente, je devais confier à des auditeurs l'humeur où me plonge la lecture des journaux. Patatras ! L'émission ne dépassa pas le stade des louables intentions. Chroniqueur sans emploi, j'avais toutefois pris goût à la rédaction de quelques paragraphes élaborés dans la fièvre. Me taire, me priver d'un exercice bénéfique à ma santé mentale, renoncer à cette façon de mémoires du temps, tout cela s'avérait au-dessus de mes forces et c'est malicieusement que j'ai continué... " Décapant ! Réjouissant !
Résumé : Léo Ferré est mort le 14 juillet 1993. Ce livre n'est pas à proprement parler un hommage, encore moins une hagiographie. Il est plutôt le constat rigoureux de l'influence qu'un artiste hors normes a pu avoir sur un jeune homme, et au-delà sur toute une génération, née entre 1940 et 1960. Influence qui n'a cessé de se propager pour toucher les générations suivantes... jusqu'à aujourd'hui. Ce livre marque aussi le vide immense laissé par Ferré. C'est surtout un texte sur la poésie, sur l'amour, sur l'engagement. Qui, mieux que Lionel Bourg, pouvait signer ce merveilleux aveu de fidélité ?
Jean-Jacques Salgon est né en Ardèche où il a fréquenté la petite école de son père, instituteur laïque, républicain et pédagogue adepte des méthodes Freinet. Ce rude pays et ce père au caractère trempé auront sur lui et sur ses livres une influence profonde. Papa firme la pipe est un hommage à ce père mort à 96 ans. Le premier tableau du livre nous le montre, couché dans son cercueil, revêtu d'habits qui le font ressembler à un Communard fusillé par des Versaillais. Puis, de tableau en tableau, on remonte le temps dans un récit empreint de nostalgie et d'humour. On aperçoit Gérard Philipe à Avignon, Geneviève Page au volant de sa BMW décapotable bleue et quelques autres, on part en vacances en Italie en caravane, on roule en 2 CV glorieuse, et à force de remonter le temps on se retrouve en culottes courtes, dans la classe de l'instituteur, où le futur auteur s'exerce à écrire au tableau: "Papa fume la pipe, maman fait du café"
Ecrit après une rupture sentimentale et une douloureuse expérience de la solitude, ce livre est un florilège de petites pièces très musicales, empreintes de mélancolie. C'est aussi un acte de confiance en la poésie pour réinventer la vie..."J'aime le mot sonate que même les musicologues éprouvent bien du mal à définir. Sonate est ce qui vibre, s'opposant à ce qui chante, la cantate. Voilà bien ce que je cherchais ici, vu le thème de la solitude, une vibration plutôt qu'un chant, encore moins un cri, un soupir."
Il y a aussi dans la palourde et étrangement pour moi plus que dans tout autre bivalve, du petit coffre naturel, extrait de l'ombre, un coffre abritant un secret sur lequel la main, dans une sorte de protection redoublée, se referme entièrement. C'est la raison pour laquelle elle demeure liée si fortement aux anciennes cérémonies du don enfantin quand l'autre, les yeux fermés, devait deviner. L'autre souvent, c'était la petite fille qu'on aimait. Une scène rêveuse et lente, un peu somnambulique, à la Delvaux... Comme si c'était cette part en soi, incommunicable, obscure, mais infiniment précieuse aussi qu'on voulait offrir: un gage secret, le signe d'une reconnaissance ou, à l'instar de la coquille du saint de Compostelle, d'une élection. Brillant exercice de style et savante leçon de choses, cette réhabilitation de la palourde est une introduction digressive et détournée à la meilleure des littératures.