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L'opuscule
Bourdon Daniel
FATA MORGANA
11,00 €
Épuisé
EAN :9782851946300
Depuis Jorge Luis Borges, on sait que l'Amérique latine est une métaphore. Chacun y a vécu un temps. Pour moi, ce passage fut bref. Il m'a pourtant suffi: dès lors, je me suis habitué à n'accorder qu'une importance relative aux paternités littéraires. L'auteur est aussi vide que le roi est nu. Des phrases s'élaborent, se rassemblent, s'ordonnent. Elles construisent une histoire. Au moment de se présenter, celle-ci, affolée, s'aperçoit qu'elle a négligé de faire acte d'allégeance. L'imaginaire, voire la tradition, ne sauraient pourvoir d'un nom. Qu'à cela ne tienne: le patronyme du premier venu fera l'affaire. Les cinq textes de ce recueil évoquent les oeuvres oubliées, inachevées ou inexistantes d'écrivains de seconde zone, méconnus ou fictifs.
Voici une suite de textes - entre récits et essais-, où l'auteur sort perdant d'un sommeil léthargique, médite sur les hantises de l'écriture ou scrute les reliefs de son esprit affairé. La plume subit la tentation des songes, le verbe se réveille dans un monde alternant entre rêve et réalité. Ces lignes introspectives, nourries par un dialogue intime, interpellent le lecteur et le plongent dans une méditation borgesienne sur la condition d'écrivain.
Résumé : " C'était il y a dix-sept ans. Cette nuit-là, j'y étais : dans le couloir où elle était encore vivante, puis seul avec elle dans la chambre mortuaire. C'est pourquoi, depuis, on me présente ainsi : "celui qui a accompagné la princesse pour son dernier voyage." Mais jusqu'ici, je n'en avais jamais parlé. Même si les images restaient gravées en moi, je voulais d'abord prendre du recul par rapport à cette tragédie. Loin du battement médiatique et de l'enquête officielle, je souhaitais recueillir le sentiment de mes collègues dans la brigade, retourner sur les lieux du drame, humer l'air, comprendre qui elle était et avec qui elle se trouvait. C'est ce que j'ai fait, pendant des années... Près de vingt ans de réflexion, d'archivage, et surtout de silence. Une enquête personnelle qui sommeille. Pourtant, parfois, la nuit je me réveille et je pense à elle. Je la revois telle qu'elle m'est apparue sur la civière. J'entends son faible souffle, ses veines sont gorgées de sang, son coeur bat encore. Elle vit. Elle ne veut pas mourir. Pas ce soir. Pas maintenant. Elle va se réveiller. Me parler. Se lever... Et je me refais alors le film de sa dernière nuit sur terre. "
J'attends de recevoir une lettre. Du moins, je crois l'attendre. Depuis quand, je ne saurais le dire : Des années sans doute., J'attends de trouver un matin l'enveloppe où mon nom aura été écrit de cette écriture que je reconnaîtrais entre mille. Une écriture penchée, dont les trois lignes ramassées, quoique parfaitement lisibles, forment comme une dédicace (peut-être une épitaphe). Je voudrais recevoir le signe que je suis seul et libre, et que je puis conclure.
J'avais trouvé refuge dans une sorte d'ermitage jouxtant une grande bâtisse construite au siècle dernier au milieu d'une garrigue inhabitée. Je ne sais pourquoi j'emploie le terme de refuge, car je n'ai pas le sentiment d'être venu dans ce lieu solitaire pour y trouver une quelconque protection. On m'avait confié une tâche compatible avec la tranquillité à laquelle j'aspirais. Elle exigeait seulement un goût pour la nomenclature. La personne qui m'avait engagé, sans doute le propriétaire des lieux, tenait beaucoup à ce que l'extraordinaire masse de documents, dont il n'envisageait pas de se séparer, soit archivée avec autant de soin et de considération que l'on prodiguerait à des plantes élevées en serre.
La coquetterie littéraire n'a point sa place ici. De cette attente "avant que l'horizontalité ne l'emporte sur tout le reste" , de cette agonie d'un homme sur le point de mourir, du quotidien d'un malade sans protection dans ce qu'il a de plus désarmant, décrits avec un prosaïsme délibéré, il ne reste que l'essentiel : une odeur evanescente ou une sensation diffuse.
Trois voyages : l'Andalousie, la Grèce et, tout récemment, l'Egypte, donnent naissance à trois proses qui sont, comme toujours avec Jaccottet, à la fois de poétiques notations d'instants privilégiés et de graves réflexions sur l'univers méditerranéen. Vignette de Pierre Tal Coat.
Jean-Luc Parant, inlassablement, d'une obsédante manière, tourne autour de ce qui le hante au plus profond ? : les yeux et la sphère-monde. Tout est contenu dans cet incessant va-et-vient entre les yeux et les boules sur lesquelles vient chanter sa voix. Chant singulier, inimitable transe où les mots s'imbriquent et roulent, dévalent la pente. Le Facteur Cheval, tout aussi fabuleux personnage, chuta au cours d'une des ses tournées et trouva une pierre à l'allure bizarre ? : il venait de sentir la clef de voûte de son Palais idéal. Les boules et les rêves font l'Histoire ? : une seule pierre, travaillée par la pluie et le vent, lie un artiste à un autre et nous invite vers les plus hauts sommets de l'imaginaire.
A la fin d?un dîner entre un banquier et l?un de ses amis, ce dernier s?interroge sur la manière dont ce «gros commerçant et accapareur notable» peut concilier l?exercice de sa profession avec de prétendues convictions anarchistes. Par le biais du dialogue socratique, ce pamphlet fustige les sophismes éhontés d?une bonne société «intellectuelle» qui se pique d?esprit révolutionnaire : la critique évoque irrésistiblement celle de la «gauche caviar».Publié pour la première fois en 1922, Le banquier anarchiste est le seul récit au sens strict dont Pessoa soit venu à bout. Il tenait à ce texte au point de le signer de son nom véritable et d?en prévoir la traduction anglaise en espérant pour lui une «carrière» européenne.