Le prisme de la trahison éclaire d'un jour nouveau les sensibilités politiques qui se sont heurtées dans le monde contemporain. Cet ouvrage interroge ainsi les différentes figures possibles de la trahison et de ses représentations en cherchant à montrer les généalogies et les usages de ce terme à forte connotation polémique. Les auteurs se proposent de définir les contours imaginaires ainsi que les concepts sur lesquels se fonde la notion de trahison, dans les contextes politique et belliqueux, sans oublier la dimension morale et subjective de la trahison, qui en fait un crime particulièrement difficile à définir et partant à punir. Le livre étudie plus particulièrement certaines périodes, comme la Seconde Guerre mondiale, la trahison prenant des formes extrêmes en temps de guerre. Par ailleurs, les procès après la guerre soulignent la perception différente de cette notion dans l'opinion publique. Est également analysé comment les différents groupes politiques ont utilisé le vocabulaire lié à la trahison, ce qui a eu des implications sociales: mise au ban de la société nationale, exclusion des partis politiques, dénonciation publique des anciens militants et gestion de ce terme chez les exclus. L'ouvrage s'appuie sur des recherches originales qui représentent autant de monographies permettant d'embrasser le concept de trahison, de penser les positionnements des acteurs de façon dynamique, et de rendre un peu plus intelligible notre passé récent.
Maurice Tréand est connu pour être l'homme qui a convaincu les Allemands qui occupaient Paris de laisser reparaître L'Humanité en juillet 1940. Issu d'un milieu social modeste, Tréand devient par son action musclée dans les Jeunesses communistes un cadre régional d'envergure. Ayant accédé au poste de permanent du comité central, il est envoyé à Moscou à l'Ecole léniniste internationale et obtient à son retour des fonctions au sein de la Commission centrale des cadres où il est l'homme des basses besognes du Parti. Très rapidement, entre 1934 et 1938, Tréand s'impose comme le patron de cette commission, véritable police secrète interne. La guerre entraîne finalement sa chute, sa mort politique puis physique et, pour le Parti communiste, la gestion de sa mémoire. "La biographie d'un tel personnage s'impose d'elle-même, et, pour oser une lapalissade : sans Tréand, le Parti communiste eût été certainement un peu différent. Son style, sa manière d'être, la réalité du personnage font de lui un militant à part, hors des normes convenues de la vie politique et des processus politiques traditionnels. Les raisons de sa sélection par l'appareil du mouvement communiste international viennent également prouver que l'Internationale communiste n'a jamais agi autrement que selon le principe de la fidélité absolue envers le système communiste, les systèmes de rétribution symbolique et de reconnaissance permettant à l'individu de trouver une justification à ses choix."
Le Parti communiste français a publié vingt-huit listes noires de 1933 à 1945. Deux mille trois cents noms, traîtres "ou supposés tels, militants stigmatisés pour leur conduite, leurs relations ou leurs choix politiques, sont inscrits sur ces brochures distribuées aux membres du Parti. Avant la guerre, ces militants sont discrédités. Souvent, le Parti communiste les désigne comme des agents potentiels de l'ennemi infiltré dans ses rangs. Pendant l'Occupation, certains sont assassinés, d'autres blessés. Les listes noires ne servent pas seulement à condamner d'anciens militants communistes. Elles servent d'abord à rappeler aux responsables locaux leurs obligations. Elles énoncent, via les motifs d'exclusion, ce que ces derniers ne doivent pas faire. Elles rappellent les conduites prescrites et les règles intangibles qui régissent le Parti. Car les listes noires sont une des marques du stalinisme à la française. Ce n'est pas un hasard si leurs auteurs ont été formés à Moscou. Pour décrypter ces listes noires, les auteurs ont consulté archives publiques et fonds privés, archives russes et françaises, nationales et départementales, policières et militantes. À travers cette étude, c'est l'identité même du communisme qu'ils interrogent et le rapport très particulier que les communistes ont entretenu avec la notion de trahison. La hantise du traître est constitutive de la représentation du monde telle que Lénine l'a lui-même défini. Le monde est en guerre, il n'y a que deux clans: qui n'est pas avec nous est contre nous Biographie de l'auteur Membre du comité de rédaction de la revue universitaire Communisme, Sylvain Boulouque est l'auteur de différents ouvrages d'histoire politique. Il a notamment codirigé Traîtres et Trahisons (Seli Arslan, 2007). Franck Liaigre, chercheur associé au CESDIP (CNRS), a publié de nombreux travaux sur la lutte armée communiste, parmi lesquels Liquider les traîtres (Robert Laffont, 2007), un livre coécrit avec Jean-Marc Berlière"
Ni Dieu ni maître ! La propriété, c'est le vol ! A bas toutes les armées ! Police partout, justice nulle part ! De Proudhon aux Bérurier noir en passant par Bakounine, Kropotkine, Louise Michel, Jean Grave, Emile Pouget, Sébastien Faure, Georges Brassens ou Léo Ferré, le drapeau noir de l'anarchie claque comme un refus de la société bourgeoise, de l'Etat, de l'Eglise, des juges et de la police, des banquiers et des militaires, des patrons et des technocrates. Tiraillée entre l'apologie de la violence et la recherche d'une société pacifique, la pensée libertaire eut pour hérauts des générations de rebelles qui payèrent cher leur insoumission quotidienne. Voici réunis les textes, inconnus ou emblématiques, de leurs combats menés au nom des libertés individuelles et collectives.
Résumé : Le couple Manouchian va entrer au Panthéon or Manouchian, quel que soit son héroïsme, n'était pas le chef du groupe des Francs-tireurs-partisans-main-d'oeuvre-étrangère (FTP-MOI). La fameuse affiche rouge de la propagande nazie mentionne 10 résistants or 23 membres du groupe furent assassinés par les nazis. Tous sont présentés comme étrangers, ce qui est faux. Tous sont censés être communistes, ce qui était loin d'être le cas. Tout dans cette histoire est manipulation, depuis l'affiche rouge elle-même, grand moment de propagande allemande en France dont l'esthétisme semble clairement soviétique... Pourquoi ce livre ? Pour comprendre comment les nazis puis les communistes puis le gouvernement actuel mobilisent une même histoire à des fins diamétralement opposées. L'ouvrage alterne des portraits de chacun des 23 membres du groupe fusillé ou décapité par les nazis avec des analyses sur des points d'histoire, sur la construction de la mémoire du groupe et sur ses enjeux divers selon périodes et points de vue, sur les écrits et les films que leur histoire hors du commun a suscités. Loin de toute recherche jargonnante, après avoir examiné chacun des points cruciaux de l'histoire de l'époque, il résume l'extraordinaire cheminement de la mémoire des Manouchian. D'Aragon à Eluard en passant par Guédiguian, les frères Lévy ou les manuels scolaires, chacun s'est réaproprié pour son époque cette saga qui mêle organisation clandestine, lutte idéologique, romance d'un couple.
Les connaissances sur le vieillissement ont grandement progressé ces dernières décennies, tandis que les avancées médicales ont accru la possibilité de soigner des personnes toujours plus âgées. Parallèlement à ces progrès, les soins à prodiguer aux personnes âgées ont été le cadre d'un cheminement réflexif éthique intensif. Un travail en collaboration étroite de tous les intervenants amenés à rencontrer la personne et ses proches en ville, à domicile, dans un établissement de soins ou d'hébergement est nécessaire pour respecter toutes les dimensions du prendre soin. C'est cette réalité du vécu des personnes âgées comme de celles qui se soucient d'elles que nous dévoilent les auteurs du présent ouvrage. Professionnels de la santé ou formateurs, ils donnent d'abord une vue d'ensemble de ce qu'est l'état de la vieillesse, marqué par la fragilité, la vulnérabilité. Ils rappellent les implications des notions de dépendance et d'autonomie, ou l'approche culturelle de la relation à la personne qui vit le vieillissement. Sont ensuite traitées de questions portant sur les soins à prodiguer à la personne âgée, questions qui requièrent d'aller au-delà des évidences étant donné les enjeux pour la pratique : la dépression, la démence, la fin de vie, avec sa temporalité différente et la façon de l'anticiper, le sens de la toilette, l'influence de l'architecture des établissements sur le bien-être, ou encore l'importance du travail en réseau, à la fois sanitaire et social. Les auteurs livrent également des situations cliniques, un tel partage d'expériences servant d'appui à l'enrichissement des pratiques quotidiennes. Cet ouvrage s'adresse à l'ensemble des soignants amenés à prendre soin de personnes affaiblies par l'âge, cette vulnérabilité appelant une réflexion individuelle et collective, une vigilance éthique constante.
La fin de vie est marquée par des douleurs que l'on sait aujourd'hui atténuer, mais c'est aussi un moment où émergent souvent des questionnements existentiels profonds, les personnes s'interrogeant sur le sens de la maladie, de la vie, de leur vie. Comment accompagner le patient sur ce chemin inéluctable, qui bouscule les certitudes des professionnels et interroge leur propre notion de sens ? L'avènement de la science médicale matérialiste, rationaliste et scientifique a pu faire négliger ces dernières décennies la recherche de sens, la dimension spirituelle de la vie, le mourant pouvant parfois s'estimer abandonné à une solitude existentielle. A la mort reléguée physiquement aux services de soins palliatifs s'ajoute ainsi souvent la mise à l'écart de la question du sens, délaissée elle aussi ou reléguée à une seule question religieuse. L'auteur montre l'importance de ne pas limiter les soins à la prise en compte de la douleur et des symptômes pénibles de l'agonie. Il s'agit de prendre soin d'une personne dont la souffrance est à la fois physique, psychologique et spirituelle. L'être humain mourant transforme la relation de soin en rencontre d'emblée éthique car il se révèle dans sa vulnérabilité, sa fragilité, mais aussi en raison de la force de sa quête de sens aux tout derniers moments de sa vie. En étudiant les rituels de mort, les notions de souffrance spirituelle et existentielle, de dignité en fin de vie, en mêlant des réflexions philosophiques et des exemples de situations observées dans le cadre de sa pratique, l'auteur vise à ériger une éthique du prendre soin en fin de vie. Une relation de soin de qualité exige dans ces derniers moments de la vie d'être authentiquement humain et présent à l'autre qui, confiant en l'écoute proposée, pourra alors d'autant mieux se livrer, être accompagné jusqu'au bout de son chemin.
Ce livre répond à la demande née de la refonte des référentiels de formation, accentuant la réflexivité sur l'action. Propose des études de textes sociologiques portant sur les concepts et situations à étudier en formation et des questions d'entraînement. Ce livre s'inscrit dans la réponse aux nouveaux besoins pédagogiques nés de la refonte des référentiels de formation de cinq métiers du travail social (assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur technique spécialisé, éducateur de jeunes enfants, conseiller en économie sociale et familiale). Les professionnels doivent être formés à la réflexivité sur l'action, au sens des politiques publiques, à la conduite de projets de développement social et sensibilisés aux évolutions de la société. Dans cet objectif, les auteurs proposent un recueil d'extraits de textes issus du champ de la sociologie. Cette discipline se donne pour objet de rompre avec les prénotions et de comprendre le social, qu'il s'agisse, entre autres, des pratiques sociales ou des modes de vie des individus. En lien avec les exigences des nouveaux référentiels, les textes ont été regroupés en grands thèmes : la connaissance de la société contemporaine, celle des publics, les politiques publiques et sociales, les pratiques professionnelles, le fonctionnement des organisations, la méthodologie et la démarche de recherche. Les études citées se penchent sur les concepts et situations devant être traités durant la formation (représentations sociales, parentalité, handicap, délinquance, immigration, conduites à risque, projet, évaluation, etc.). Un index permet au lecteur un accès aisé aux définitions données dans l'ouvrage. Pour faciliter les apprentissages théoriques et pratiques, les extraits sont suivis de questions de compréhension des textes et de questions en lien avec les situations de travail. Il s'agit ainsi d'aiguiser la réflexion individuelle et en groupe de formation, ainsi que les réflexes en stage. Cet ouvrage bénéficiera autant aux formateurs en travail social, disposant ainsi d'un support pédagogique, qu'aux étudiants qui y trouveront des repères. Il répond à l'objectif de l'universitarisation de la formation et de la professionnalisation. Pouvoir mobiliser des savoirs en contexte est essentiel, mais il importe aussi de renforcer les dispositions à agir en vertu de certaines valeurs, au service des personnes accueillies et accompagnées.
Prendre en compte l'impact émotionnel suscité par le corps malade est essentiel pour le travail infirmier. Cette 2e édition comporte des mises à jour, un index et une postface qui situe le caractère pionnier de ce classique de la littérature infirmière. Le travail émotionnel appartient à la face cachée du travail infirmier. Implicite, non reconnu, ce travail est pourtant indispensable au bon déroulement des soins. L'auteur étudie l'impact émotionnel du corps malade sur le soignant à partir de données d'observation, d'entretiens auprès de soignants (infirmières et aides-soignantes) et de malades, et à l'appui de témoignages comme d'analyses sociologiques. Dans le corps à corps soignant-soigné, les perceptions sensorielles s'articulent à des processus cognitifs déclenchant simultanément chez le soignant jugement clinique et émotions à tonalité variable pouvant atteindre l'insoutenable. Cet impact émotionnel prend tout son sens à la lumière des théories anthropologiques : le malade est dans une position d'entre-deux, jugé tabou. Le corps malade sous ses différentes facettes représente un danger de contamination symbolique. C'est pour se protéger de ce risque, qui peut se manifester sous la forme d'un mimétisme symptomatologique, et pour respecter les normes d'expression émotionnelle instituées au sein de l'hôpital comme au sein de la société que les soignants déploient des mesures de prévention qui consistent pour l'essentiel en une mise à distance du malade. C'est notamment en opérant par le biais du rite une séparation franche entre les deux mondes, celui des malades et celui des soignants, que ces derniers se protègent de l'impact du corps malade. La 2e édition révisée de ce classique de la littérature infirmière comporte un index qui facilitera les recherches des étudiants infirmiers et aides-soignants comme des formateurs. La prise en compte du travail émotionnel des soignants, auquel cet ouvrage contribue, est un facteur clé de l'humanisation des soins à l'hôpital.