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Balzac et la langue
Bordas Eric
KIME
28,01 €
Épuisé
EAN :9782841749225
Balzac ? Romancier "franchement détestable" , pour Brunetière, "l'un des pires écrivains qui aient jamais tourmenté la langue française" . Un auteur "respectueux en théorie des règles de la grammaire" , mais "en pratique l'un des plus méchants écrivains non seulement de l'époque, mais du siècle" , pour la Sorbonne de 1948. En face, les quelques défenseurs de l'auteur de La Comédie humaine n'ont jamais été bien à l'aise dans leurs répliques. Du fidèle Gautier, qui rappelait que son ami, si travailleur et si plein de bonne volonté, se plaignait sans cesse "de l'énorme difficulté de la langue française" . A Taine : "Cet homme, quoi qu'on ait dit et quoi qu'il ait fait, savait sa langue. Même, il la savait aussi bien que personne. Seulement, il l'employait à sa façon" . Entre véhémence malveillante et résignation désabusée, la condamnation de la langue, et donc du style, de Balzac fut ainsi le lieu commun de la critique du XIXe siècle comme des études universitaires du XXe siècle. Le présent volume souhaite faire le point sur les connaissances et expériences de Balzac lui-même en matière de grammaire et de langue, sur son sentiment linguistique et poétique, tels que l'on peut les saisir et les comprendre à travers ses déclarations mais surtout dans ses pratiques d'écriture. La langue balzacienne, cet ensemble composite qui intègre aussi bien la prose romanesque la plus polyphonique que des alexandrins de convention dramatique ou encore un idiome drolatique de fantaisie, ne peut s'appréhender au XXIe siècle autrement que dans une pensée génétique du texte qui est une stylistique de la création.
Résumé : Le sait-on ? Balzac est aussi un écrivain comique, dont les romans sont émaillés de calembours et de brillants traits d'esprit. Un romancier qui savoure les contrastes de la nature ou les cacophonies sociales : " les crapauds près des fleurs ", par exemple, ou, à l'Opéra, des vieillards à côté des jeunes filles... L'esprit balzacien se réduit rarement à la simple antiphrase. C'est pourquoi Balzac, ou plutôt les multiples pratiques balzaciennes de l'ironie, peuvent nous apprendre à repenser la question de l'ironise romanesque, qui dépasse les catégories poétiques habituelles pour inventer ses propres repères et ses propres valeurs. Car cette nouvelle sorte d'ironie est une structure morale et culturelle marquant le début de ce qu'on appellera " l'ère du soupçon ", caractéristique de notre modernité. Elle fait de la lecture un piège et un plaisir. Comme l'auteur, le lecteur est amené à se demander quelle est sa place par rapport aux fictions qui lui sont proposées : adhésion ? refus ? connivence ?
Indiana raconte l'histoire d'un sujet qui cherche à devenir un individu, dans la souffrance, et qui renonce à toute vélléité d'existence, brisé par le manque de liberté. Mais Indiana est surtout un roman qui joue du romanesque, noir ou blanc, pour dénoncer une certaine forme d'impossibilité du romanesque. Le romanesque d'Indiana n'est pas viable, et son histoire tourne court, commentée et achevée dans l'antiroman du mythe. Indiana est ressortie de l'Histoire, définie comme une perception individuelle du temps collectif, au moment même où elle y entrait : son destin avorte dans la non-résolution. La conclusion d'Indiana n'emprunte à l'utopie que sa poétique et le cadre de son énonciation : ce n'est pas une fin heureuse, mais une fin irrémédiablement inscrite dans la mélancolie des sujets et des choses, dans le renoncement à la passion, impossible avec un être comme Raymon, mais aussi avec Ralph, et au romanesque". Eric Bordas.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?