De Madagascar à la Mélanésie, Joël Bonnemaison fut l'homme des îles, ces mondes à la fois clos et ouverts où s'exprime l'essentiel de notre condition terrestre. Ce qu'il a su en dire a refondé la géographie culturelle. Joël Bonnemaison voyait dans les structures concrètes et l'organisation matérielle de l'espace la mise en forme d'un imaginaire peuplé de symboles, de visions et de rêves. Pour lui, les paysages observables n'étaient pas dissociables des modes de pensée dont ils dépendent et qu'ils donnent à voir. Le géographe doit donc pénétrer cet univers mental, dans une approche qui requiert un engagement intime et une transformation personnelle. Relier et fondre deux démarches, la saisie de l'espace et l'expérience des représentations, telle a été la tâche accomplie par Joël Bonnemaison dans l'?uvre magistrale qu'il a consacrée au Vanuatu. De cette réussite, il a ensuite enseigné à des étudiants enthousiastes les fondements théoriques, les références scientifiques et les moyens méthodologiques. C'est l'objet de ce bref traité de Géographie culturelle, que deux fidèles auditrices ont tiré de leurs notes de cours.
Issues de la tradition ou de l'air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. L'auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l'on sait ou croit savoir.
Assurément, nous vivons une crise du politique. A peu près personne ne le conteste, mais les choses se compliquent dès lors qu'il s'agit d'en révéler les origines et les principes. Quant aux solutions proposées pour en sortir, elles sont aussi diverses que contradictoires. Or, la force de l'analyse et de la proposition avancées par Jérôme Bonnemaison tient sans doute précisément à la façon dont il positionne le problème – non pas dans telle ou telle option politique, idéologique ou structurelle de surface, mais en-deçà de tous les ajustements éventuels : dans le paradigme de la démocratie représentative en elle-même. Car cette crise n'est pas passagère, mais le symptôme d'une fin : nous sommes arrivés au terme d'un fonctionnement possible du politique tel que la modernité l'avait inventé. C'est pourquoi, parce qu'elles s'appuient sur le paradigme de l'ancienne politique que pourtant elles dénoncent, les différentes attaques adressées au système politique que nous connaissons sont vouées à l'échec. Aussi, après une analyse à la fois fine et musclée de la crise et de ce qui l'a provoquée, Jérôme Bonnemaison développe l'idée d'un autre modèle de fonctionnement, celui d'une société à la fois délibérée et délibérative, où chacun, à nouveau responsabilisé face aux choix collectifs, peut devenir un acteur direct de l'économie politique et prendre son destin en main. Pour autant, nulle utopie ici, car cette société est déjà là, parfois en germe, souvent en pratique – et l'obstacle à franchir, finalement, n'est autre que l'illusion de croire que nous vivons encore dans un système politique représentatif... Ce livre est là pour encourager ce modèle d'une société d'hommes libres à prendre conscience de lui-même.