Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Dans la ville ceinte
Boddaert François
TEMPS IL FAIT
18,00 €
Épuisé
EAN :9782868535672
On rencontre, dans ce roman cocasse et parfois grinçant, un médecin excentrique, une conservatrice de musée, une bibliothécaire, un jeune homme devenu étranger à l'univers qui l'a vu naître, ainsi qu'un bon nombre de personnages secondaires assez pathétiques. Par eux on suit, autour d'un curieux livre ancien et d'un poème non moins curieux, une manière d'enquête, qui fouille la lointaine chronique de la cité en expliquant certains comportements récents dans cette "vieille ville où traînent de vieilles histoires secrètes". Car la figure principale de cette comédie humaine, c'est la ville elle- même, Icaune, qui a connu durant plusieurs siècles une réelle grandeur et que la moderne décentralisation veut réveiller de sa léthargie en l'attaquant par la culture, bien après que, "pour occuper les chômeurs, la municipalité inventa de détruire l'histoire même de la ville". L'auteur de cette fable sans pitié mobilise des trésors d'érudition et d'écriture pour montrer les incertitudes de l'Histoire et démystifier l'orgueil dérisoire d'une "cité mirobolante" qui piège fatalement ses enfants les plus fidèles, à l'image de la toile d'araignée de son plan.
Né protestant près d'Agen, Théophile de Viau (1590-1626) fait des études classiques, voyage, est exilé, se convertit, se fait connaître à la cour par son esprit (sa comédie Pyrame et Thisbé), se lie avec des poètes de sa génération, dont les sulfureux Boisrobert et Des Barreaux. Il y a une parenté avec Villon dans les moeurs, l'insolence, la mélancolie, la soif de vivre et les affres de l'emprisonnement. Ces temps troublés ne sont pas sans risques. Les Jésuites s'acharnent : la "fureur" de l'élégiaque sarcastique, libertin avant la lettre, lui vaut d'être brûlé place de Grève en effigie. A l'exception de Corneille et de La Fontaine les classiques condamnèrent eux aussi cet ennemi de l'imitation, cet amoureux de la nature. Les modernes, dès Gautier, Gourmont, redécouvrirent peu à peu tout l'éclat du charme blessé dont il enchanta l'orée du Grand Siècle.
Résumé : Une suite de six poèmes où le corps est la matière textuelle à partir de quoi monte le chant du malheur. L'incarnation n'est cependant pas sujet (ou objet) d'un regret. Non. Ce que l'on déplore ici, c'est la mésaventure du corps (maladie, suicide, guerre, accident...). Une tradition aussi ancienne que la poésie française elle-même - depuis le XIIe siècle. Une danse des corps mourants. Dévotion. F. B.
Imprimer - " cette petite chose immense " assurait Verlaine - est le commode moyen lexical d'expurger l'éditeur ! On imprime, on fait imprimer, on sort des presses de l'imprimeur, etc. Aussi l'opuscule en main a-t-il l'ambitieux projet d'illustrer le bel art d'éditer, en éclairant quelques recoins de la fonction à l'heure où l'on ne parle que de concentrations pachydermiques, de flux tendus, d'incendie, d'incidents de parcours, de mort du livre (de sa renaissance), et j'en passe. A l'heure où certains dénoncent publiquement, et comme neuves, les turpitudes du " milieu ". A croire que la littérature est menacée d'implosion - que le désir même d'écrire est en voie de disparition ! On verra justement dans les pages subséquentes l'éditeur ruser avec le trop-plein de manuscrits (mais le trop-vide des ventes rêvées), s'étourdir devant l'abondance des lectures publiques, foires, salons et festivals : ne plus savoir quelles monstrances honorer. L'éditeur - stratège humaniste et téméraire de temps modernes où le fait littéraire vibrionne toujours ! Et sous l'ironie, c'est un éloge...
La Réforme, puis la Contre-Réforme furent agitées par les émois de la Conscience ; le temps des Lumières par la Tolérance. Les convulsions de 1830 et 1848 avaient le Peuple pour inspirateur du lyrisme démocratique, et L'Affaire Dreyfus exigeait qu'on fit droit à la Vérité. Quant à la période de la Révolution de 1789, elle espérait le règne de la Vertu, et l'invoquait sans cesse à ses tribunes. Si la Conscience, la Tolérance (zéro, par exemple), le Peuple et la Vérité sont encore sur la table, la Vertu a disparu de l'horizon, peut-être emportée par couperet de Thermidor, et les ahans du marquis-comte de Sade qui l'adorait en la violant... Insaisissable dans son essence même, la Vertu d'alors s'est incarnée dans quelques hommes éminents et rudes — dont Jacques Billaud-Varenne, "le Patriote rectiligne", l'une des têtes pensantes de la Révolution, aussi peu en cours depuis sa chute que la vertu dont il se réclamait. Ce que l'on constate si souvent, hélas ! Et en annexe, passé le bref spicilège de citations vertueuses, nous publions la longue étude que l'Encyclopédie des Lumières consacra à la vertu, et qui est assez peu trouvable...
De la même manière qu?autrefois il nous avait rapporté les noces d?écume des escargots ou l?étreinte tentaculaire de la seiche, Jean-Pierre Otte s?attache cette fois aux singularités des amours humaines. D?une écriture allègre, il démêle le manège de la sylphide solaire et la stratégie de l?allumeuse, s?émeut d?un fétichiste en arrêt devant le tabernacle d?un porte-jarretelles et d?une culotte de dentelles, salue le retour en grâce de l?obsédé tripoteur et de l?onaniste radieux, et se montre partisan de l?adultère domestique, tout en nous invitant au passage à partager des galanteries étranges et des dégustations intimes. Et il y a aussi des yeux dans l?ombre et quelques claquements de fouet sur une croupe bellement rebondie... Un jeu dangereux, compensé par des traits d?humour, la liberté sans morale d?un regard amusé, et un réel bonheur dans l?expression.
Belles têtes d'Irlandais dans les rues de Killarney. D'un certain âge. Des têtes conformes à la tradition et qui, au-delà du folklore touristique, donneraient à n'importe qui manie vaguement le crayon l'envie d'écrire et de conserver ces personnages dans les mots. On ne s'attache pas à repérer d'abord les faces qui affichent leur alcoolisme. Ici, c'est un penchant qui ne s'avoue pas, mais se clame et se trompette. Il met tant de sincérité dans la laideur que là encore, parce qu'on est en Irlande, on se sent en confiance. Des trognes aussi évidentes et qui témoignent d'une impeccable assiduité au pub ne savent plus mentir. La caricature est une innocence brute." Dans ce récit de voyage fort peu héroïque - camping et vélo -, l'auteur s'attache à montrer des spectacles qui n'ont pas lieu et des êtres sans grandeur dont, en amoureux comblé de la langue, il sait faire une véritable matière littéraire.