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Héritage de ce temps
Bloch Ernst ; Lacoste Jean
KLINCKSIECK
29,00 €
Épuisé
EAN :9782252040386
L'écriture expressionniste d'Héritage de ce temps, composé sous forme de tableaux, de petites vignettes ne faisant jamais totalité mais qui se contentent de nous livrer des détails significatifs, "des prodiges de petits détails", le rend impossible à résumer. Il comporte une introduction, "La poussière", et trois parties : "Employés et distraction", "Non contemporanéité et environnement", "Grands bourgeois, objectivité et montage". Retenons par conséquent deux idées essentielles : Ernst Bloch propose dans cet ouvrage une thèse tout à fait nouvelle sur la pluralité des temps sociaux. Se tournant successivement vers différents groupes, il montre que certains d'entre eux, par exemple les paysans, vivent dans un décalage temporel par rapport au temps présent, ce qu'il appelle une "non-contemporanéité". Il apparaît alors que la société est composée d'une pluralité de temps en lutte pour constituer une temporalité dominante. "Tous ne sont pas présents dans le même temps présent". Il discerne également, derrière la raison instrumentale en rapport avec la technique moderne et qui triompherait avec le nazisme, une irrationalité, véritable tohu-bohu idéologique, nourri d'occultisme et d'archaïsme. Ces thèses sont à comparer avec celles du sociologue G Gurvicht sur la pluralité des temps sociaux, et avec celles de Neumann sur l'irrationalité nazie : ce dernier se refuse à parler à son sujet d'un Etat totalitaire dans la mesure où l'Etat reste une figure de la raison. Il préfère donc définir le nazisme comme un non-Etat.
Nous ne sommes pas encore nés. Pris dans l'obscur de ce qui n'est qu'une préhistoire, nul d'entre nous ne peut prétendre être l'héritier du passé, nul ne peut y chercher la lumière. Livre de rupture et de passion écrit tout au long des années de guerre, d'avril 1913 à mai 1917, L'esprit de l'utopie, première, oeuvre provocante plus que démonstrative d'Ernst Bloch, est animé d'un double mouvement de révolte et d'espérance. Sa révolte s'élève contre un univers qui a perdu le sens du Nous, de la communauté, qui a réifié l'être, qui a réduit Dieu à un simple fait, lui qui est une "question inconstructible". La musique, objet central du livre, est la voix privilégiée de cette révolte, car elle fait exploser la distinction entre le sujet et l'objet, entre l'âme et le monde. Sans conclure aucune paix avec le monde, Bloch veut nous apprendre à espérer à partir de notre ici-bas. Il déchiffre comme autant de signes tangibles de noter réalité encore à naître, comme autant de traces de la venue de la "vraie patrie", comme autant d'utopies concrètes et agissantes, l'oeuvre la plus humble d'un potier inconnu, l'audace plastique du cubisme et du futurisme, le mystère de la musique - le plus utopique de trous les arts -, enfin la grande voix libératrice d'un marxisme réconcilié avec son essence prophétique. Car ces chemins expriment tous l'effervescence du réel, sa tendance utopique interne. En pleine Apocalypse donc, Bloch découvre l'"esprit de l'utopie", le génie paraclétique de la culture et les racines métaphysiques de toute espérance révolutionnaire. Il renoue ainsi avec la tradition millénariste. Depuis, ce livre n'a cessé de représenter une véritable force de vie et de combat qui animera Ernst Bloch tout au long de son oeuvre, jusqu'au Principe Espérance et aux derniers textes du solitaire de Tübingen.
Le Principe Espérance est l'?uvre majeure du philosophe allemand Ernst Bloch, récemment disparu à Tübingen où il s'était retiré. Dans cet ouvrage monumental, Ernst Bloch s'applique à recenser ce qui, sous la forme de rêves diffus, d'utopies fragiles, sous la forme même de contes d'enfants, se trouve porteur des espérances de l'humanité. Il insiste sur la catégorie du possible dont il montre comment elle tend à se réaliser dans ce qui n'en livre encore que des traces. Il dresse un tableau du destin humain dont sa pensée visionnaire discerne les contours futurs à travers ce que révèlent le passé et le présent. Dans ce tome II, consacré aux "Epures d'un monde meilleur", l'auteur passe en revue - les utopies médicales et tout ce que l'homme a imaginé pour faire échec au vieillissement ou même pour abolir la mort; - les utopies techniques, depuis le grand eeuvre des alchimistes jusqu'aux ambitions modernes de maîtrise de la nature; - les utopies architecturales, où l'auteur oppose notamment la conception de l'espace des Egyptiens et celle du monde gothique; - les utopies géographiques, des îles Fortunées, de l'Eldorado, de Thulé, parmi d'autres; - et bien entendu les utopies sociales auxquelles Ernst Bloch consacre le plus long chapitre du livre et dont il dresse un magnifique panorama, de Platon jusqu'à la société socialiste telle que Marx l'a conçue. Cette somme, qui repose sur un savoir impressionnant, fournira même au sceptique d'innombrables sujets de réflexion. Elle retrace en quelque sorte l'histoire du désir humain à la recherche de sa réalisation, la trajectoire de son mouvement vers un but final de l'humanité
Suivez le regard d'Ernst Bloch jusqu'à l'horizon et un peu au-delà, où se fomente l'avenir. Les Spuren sont bien des Traces mais surtout comme jalons plantés dans le gué, le sable ou la neige pour sonder, et flécher le parcours du troupeau humain chassé vers l'Histoire. L'auteur de l'Esprit de l'Utopie (1918) conte des histoires, des faits divers, des légendes (chinoises, hassidiques), anecdotes et souvenirs... Dans cette miniaturisation du tragique, il n'est rien qui ne soit trace d'une absence, celle de l'homme qui n'est pas encore - qui ne se cherche même pas encore. Ce bric-à-brac philosophique (imperméable à quiconque n'est pas fasciné par Munich ou Berlin des années 20), constamment déroutant, violences expressionnistes et chinoiseries allusives, est le plus dense entassement de signes jamais jeté sur la rive de l'Allemagne weimarienne : le tout-est-possible filtre par les fissures de la banalité. A nous d'essayer des recoupements.
Bloch Ernst ; Gandillac Maurice de ; Labica Thierr
Thomas Münzer était un prédicateur révolutionnaire du début du XVIe siècle. Maître en théologie d'abord rallié à Luther, il prit la tête du soulèvement armé qui, en 1525, traversa l'Allemagne des rives du lac de Constance jusqu'à la Thuringe et la Franconie en passant par le Tyrol, la Forêt-Noire et l'Alsace, contre les seigneurs féodaux et le clergé, ramassis diabolique "d'anguilles" et de "serpents", selon son Sermon aux princes de 1524. Ce soulèvement regroupa des ouvriers des mines, des paysans, des hommes "du commun" dans une guerre qui devait passer à la postérité sous l'appellation de Guerre des Paysans. Peu après l'extermination des insurgés à la bataille de Bad Frankenhausen en mai 1525, Thomas Münzer fut arrêté, torturé et décapité. Une première fois. Car par la suite, entre occultations, oublis et résurgences, Münzer devient l'un de ces noms à travers lesquels se déploient nombre des aspirations, des craintes, des affrontements dans lesquels s'articule la politique moderne. Pour la pensée libérale du XXe siècle, c'est un terroriste, un fanatique, un précurseur du totalitarisme. Ernst Bloch prend toute cette tradition à contre-pied: en prônant avec intransigeance une lecture littérale de la Bible, Münzer revendiquait l'égalité concrète de tous avec tous. C'est une figure éternelle de l'utopie, une allégorie de l'émancipation populaire.