Lara Blanchy publie pour la première fois un essai qui finalise en quelque sorte plusieurs années de recherche universitaire. Cette étude propose une réflexion sur les liens que les artistes d'aujourd'hui peuvent entretenir avec des espaces d'exposition habituellement dévolus au culte religieux et qui soudain, depuis quelques années, s'ouvrent à la création contemporaine. L'auteur, s'appuie sur des lieux plus ou moins prestigieux et évoque la présence de quelques grands artistes de l'art contemporain tels que Bill Viola, Claude Viallat, Dao Droste, etc. Ce livre propose plusieurs thèmes de réflexion et met en lumière l'aspect emblématique de ces rencontres qui constituent le fil conducteur de ce travail: celle de l'art et du sacré, celle de l'œuvre contemporaine avec un lieu, celle du patrimoine et de la création.
Depuis une quinzaine d'années, la généralisation de la scolarisation à Mayotte établit une situation de bilinguisme réel pour la grande majorité de la population, en particulier pour les moins de vingt-cinq ans. De plus, le développement économique amène de plus en plus de Français d'origine métropolitaine à résider à Mayotte. Le bilinguisme des_Mahorais et la nécessité pour les Métropolitains, désireux de mieux connaître l'île, de s'initier au shimaore rendent impérative la mise à disposition de tous les habitants de l'île de véritables outils linguistiques. Le lexique shimaore - français et français - shimaore avait été mis, dès sa première édition, à disposition des classes primaires de Mayotte. Cette deuxième édition revue et corrigée reste indispensable au travail des élèves, scolarisés en français après avoir acquis pour la plupart le shimaore comme langue maternelle ou langue locale principale, à côté du shibushi. La réflexion sur le lexique et plus largement sur la langue de leur île offre aux Mahorais un cadre pour la valorisation et la conservation d'une culture menacée, que les aînés souhaitent vivement transmettre à leurs cadets. A tous ceux qui veulent découvrir la culture mahoraise, sa littérature orale dont certains textes ont déjà été trancrits et publiés, et qui veulent franchir la distance séparant les communautés de langues maternelles différentes, la connaissance du shimaore permettra d'engager à Mayotte de chaleureux dialogues.
Les rapports sociaux prévalant dans l'île d'Anjouan opposent, selon les termes locaux, citadins dominants (kabaila) et ruraux dominés (wamatsaha). Cette opposition radicale a été mise en lumière lors de troubles comme la sécession d'Anjouan de la république fédérale islamique des Comores en 1997 ou la "crise" migratoire provoquée par la départementalisation en 2011 de Mayotte. Les catégorisations sociales de kabaila et wamatsaha servent alors d'accusations ou d'insultes, les wamatsaha contestant la légitimité des kabaila en s'interrogeant sur les fondements de ce statut, et ceux-ci taxant les ruraux, à travers le terme de wamatsaha, de manque d'éducation, de valeurs et de manières. Par-delà de cette opposition simpliste, ce livre revient sur la formation des rapports sociaux et des inégalités qui se sont articulées, aux différentes époques, à la production de cette solide hiérarchie. Par une histoire régressive du clivage kabaila-wamatsaha, en laissant voir la gamme des positions sociales et en donnant à entendre le point de vue de toutes les catégories, il analyse les fondements de la domination kabaila. Il examine les formes capitalistiques de l'économie précoloniale au sein de vastes réseaux régionaux, la nature du régime politique insulaire, et le rôle de l'islam, notamment de la qualité de sharif, dans l'élaboration de ce statut. La relative réorganisation de l'islam local par l'expansion des confréries au moment de la colonisation montre un potentiel réformiste qui prend de nouvelles formes dans l'islam contemporain. La scolarisation et la maîtrise du savoir écrit occidental, clé d'accès à une mobilité sociale et spatiale, ont été à la fois un monopole jalousement gardé par les kabaila pour conserver leur position, et la condition pour les wamatsaha d'un possible affranchissement de leur subordination, sans que les fondements de celle-ci aient entièrement disparu. Retracer les processus de production de la hiérarchie fournit un éclairage indispensable pour comprendre les rapports sociaux régionaux et les événements contemporains.
Comme à son habitude, Marie est la première à se proposer pour venir faire les courses avec moi, deux autres jeunes du groupe nous accompagnent. C'est un soir du mois de novembre, il fait froid, nous parlons du temps, va-t-il neiger ou non? L'ambiance est détendue, je raconte une anecdote personnelle Marie, assise à côté de moi se tourne brusquement et me lance froidement "On n'en a rien à faire de ta vie!" Sur le coup je me tais, je ne comprends pas l'agressivité de ses paroles, je passe à autre chose mais au fond de moi je suis blessée. Que s'est-il passé? Pourquoi de telles attitudes, la sienne, la mienne? Pour quelles raisons cela me touche-t-il autant?.
Dans un contexte économique caractérisé par la mondialisation où les fusions, délocalisations et liquidations d'entreprises sont autant de risques pour les managers, la ressource principale de l'entreprise reste la connaissance. Véritable capital technique, social et culturel, il convient de la préserver, de l'enrichir et de la transmettre. Le capital mémoire de l'entreprise ouvre la voie au management des savoirs, à la gestion des connaissances et à l'ingénierie de la mémoire organisationnelle qui, chacun dans son domaine, cartographient les compétences et les savoirs que recèle l'entreprise et en définissent les enjeux stratégiques. Loin d'être un tout homogène, la mémoire de l'entreprise emprunte à de multiples sources, individuelles ou collectives, se pourrit de cultures conflictuelles et se fixe sur des supports composites - simples récits d'anecdotes, documents de presse ou institutionnels (affiche, film d'entreprise, banque de données...). Par-delà les clivages culturels, les querelles de territoires, les tactiques du secret, les justifications plus ou moins excusables de l'oubli, cet ouvrage montre en quoi la mémoire constitue, pour l'anticipation stratégique et la construction identitaire des collectifs de travail, un facteur-clef dé la communication d'entreprise. L'exemple des Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire illustre toute là complexité et la richesse du capital mémoire d'une grande organisation.
Immobile face à sa femme, il attend les premières séries de l'après-midi. Six mois qu'elle est partie. Elle n'a jamais donné de nouvelles et lui, comme un con, il garde sa photo sur la télé. II s'entend lui chuchoter "ils m'ont viré, tu te rends compte, ces salauds", et il est sûr d'apercevoir aux commissures de ses lèvres l'ébauche désolée d'un sourire. Ici, on voudrait s'aimer et on ne sait pas bien comment ; on parle sans toujours trouver les mots ; on s'accroche au quotidien comme on peut. Au fil des quinze histoires qui composent ce recueil, on croise des individus qui donnent parfois l'impression de marcher à côté de leur propre existence. Le propos est grave, souvent drôle, toujours tendre.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.