En 1962, à la fin de la guerre d'Algérie, des femmes et des hommes ont mis toute leur énergie et leurs ressources à sauver des milliers de familles de harkis menacés de mort. Militaires le plus souvent, mais pas seulement, ils ont parfois impliqué leur propre famille, leurs relations amicales ou professionnelles, pour déployer une impressionnante chaîne humaine afin d'assurer ce sauvetage en urgence. Beaucoup étaient sur le terrain, de part et d'autre de la Méditerranée, afin d'entourer et accompagner ces familles. Par leurs actes non violents et en opposition aux ordres prescrits par de hautes autorités civiles ou militaires, ils ont non seulement sauvé des exactions près de 43 000 personnes, dont plus de la moitié étaient des enfants, mais ont aussi contribué à influencer, et parfois modifier, les décisions des autorités de 1962. Cet ouvrage recueille le témoignage direct de neuf hommes et d'une femme - ils ont entre 81 et 92 ans, mais leurs souvenirs sont intacts - et rappelle les actions de 11 autres aujourd'hui disparus. Préface de Jacques Frémeaux, historien, spécialiste de l'histoire coloniale.
Dès les premiers jours de l'insurrection algérienne, en novembre 1954, des arrestations visent toute personne soupçonnée d'actes portant atteinte à la sûreté de l'Etat. Des hommes et des femmes remplissent rapidement les prisons. Des suspects s'entassent dans des camps. En quelques mois, ces détenus se comptent par milliers. Conformément à ses statuts, le CICR envisage rapidement de contrôler leurs conditions de détention. Parallèlement, l'institution tente de vérifier celles des soldats français qui seraient aux mains du FLN. A partir du début de l'année 1961, ces contrôles s'élargissent au bénéfice des Européens pro-Algérie française arrêtés. Pour la première fois, un ouvrage se penche principalement sur l'application du droit humanitaire dans cette guerre qui ne dit pas son nom, ce qui permettait de passer outre à la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre. Comment les délégués du CICR ont-ils procédé pour mener à bien leurs missions alors que le sort des prisonniers figure rapidement au coeur des stratégies du mouvement de libération nationale que les gouvernements français successifs tentent de contrecarrer ? Le CICR, à son corps défendant, a dû mener son action dans le cadre de cet affrontement. En 10 missions, près de 500 visites de contrôle sont effectuées par ses délégués. Leurs observations consignées dans des rapports nous donnent une idée assez précise du quotidien vécu par les différentes catégories de prisonniers : surpopulation dans les prisons et les camps, des internés mangeant dans des boîtes de conserve, traces de tortures... mais également, des régimes de détention plus acceptables grâce à l'attitude humaine de certains responsables de camps. Cet ouvrage développe également les diverses actions du CICR au bénéfice des populations réfugiées au Maroc ou en Tunisie et des personnes reléguées par l'armée française dans des camps de regroupement en Algérie.
Besnaci-Lancou Fatima ; Manceron Gilles ; Assas Am
Fatima Basnaci-Lancou, avec pudeur et tendresse, tire la photographie de treize vies blessées de harkis. Ces chibanis, " vieux " sages, nous laissent un page d'une histoire commune où souvent la douloureuse constatation de l'abandon nous renvoie à la responsabilité de nos gouvernants mais aussi à notre responsabilité individuelle. Ils furent reçus avec leurs familles par la France avec un mépris et une indifférence qui blessent encore la mémoire de tout homme juste. L'auteur explique : " En arrivant en France, la majorité de ces rescapés et leurs familles séjournèrent dans le camp militaire de Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales. Ce camp de " mépris " ressemblait tellement à une prison qu'il allait cristalliser un immense sentiment d'abandon. " Nous avons maintenant, grâce à ce livre, une mémoire où treize hommes nous narrent leur destin déchiré de " harki ", entre honneur et mépris. Nul individu ne peut être sûr de son rôle et de sa place dans la société, à plus forte raison si son avenir n'a pas des racines de vérité sur son passé. Le devenir de ces hommes et de ces femmes rejetés trop souvent par ignorance est une imposture à notre vision de notre république. Ce livre est une libération de la parole trop longtemps brimée ou tue, une empreinte dans les pages de l'Histoire de France. Ces chibanis pourront dorénavant se construire dans une réalité d'hommes libres et fiers. Ces pages sont leur identité, l'expression de leur vécu, la patrie de leur mémoire, une terre de vérité où leurs enfants pourront grandir et s'épanouir. Il appartient à notre patrimoine. Merci à l'auteur de nous démuseler ces treize vies et libérer cette histoire pour notre patrie.
Fatima Besnaci-Lancou est éditrice, auteure de plusieurs ouvrages sur l'histoire et la mémoire des familles de harkis. Prix Séligmann 2005 contre le racisme. Abderahmen Moumen est historien, chercheur associé à l'Université de Perpignan, spécialisé sur la question des rapatriés d'Algérie et des harkis.
Vingt-quatre lettres de descendants de harkis et ce qu'elles révèlent : injustice, tristesse, désillusion et colère. Le 20 septembre 2021, le président de la République demande "pardon" aux harkis. Le 15 mai 2023, un texte du rapport rédigé par une commission rattachée à Matignon met à mal cette déclaration : il s'agit de l'annexe 4 dont l'affaire est ici développée. La réaction est vive. Pourquoi ? Ils ont compris, une fois de plus, que la violence institutionnelle ne les épargnerait pas. A travers leurs témoignages personnels, saisissants, les descendants harkis sont résolus à s'inviter jusqu'aux plus hautes autorités. Leur but : interpeller les responsables du fiasco administratif, pour les obliger à les regarder en face, dans l'intimité de leur histoire. Ils veulent sortir de la déshumanisation dans laquelle la machine administrative continue de les broyer.
Gommier, le narrateur, s'est retiré dans une maison du piémont. Cela aurait pu être ailleurs. Il y vit très simplement, n'a pas d'activité régulière, pas de métier précis. Il passe ses journées avec les quelques habitants qui sont encore là. Comme eux, il tue le temps entre l'oisiveté, les discussions sans queue ni tête, la recherche des champignons, la préparation des repas, les tournées de bière à la fête du village, la voisine dans les bois... Il s'adapte, il observe, il donne des coups de main, il s'intègre dans une société qui ressemble beaucoup à un jardin potager: utilitaire, des légumes de saison, quelques fleurs pour faire joli quand même, des bouts de bois qui traînent, un lieu bricolé, rafistolé, mais dans lequel rien n'est vraiment laissé au hasard. " Carne " est un livre drôle, rempli de personnages attachants faits de bric et de broc mais capables de raffinements soudains. Un roman où l'on croise tous les grands thèmes de la littérature : l'amitié, l'amour, la mort, le sexe, la cuisine... De la chaleur humaine à haute dose.
Résumé : Alfred Nakache était un phénomène. Adolescent, il quitte son Algérie natale pour aller s'entraîner à Paris et entamer une brillante carrière de nageur. Très vite, il collectionne les podiums et les records. Il devient un champion, une vedette. La guerre survient, puis l'exode en zone "non occupée", l'arrestation à Toulouse et les camps. Toute sa vie est bouleversée mais lui ne change pas : humain dans les bassins, humain dans la vie, humain dans les camps. Le retour à la liberté est difficile - sa femme et sa fille ne reviendront pas de Buchenwald - mais sa force vitale est hors du commun. Il la mobilise tout entière en vue de la reconquête de ses titres. Et il y parvient. Titres et records pleuvent à nouveau : deux records du monde, un record d'Europe, deux records de France ; et il est champion de France à cinq reprises. La trace que Nakache laisse sur la terre dépasse largement le domaine sportif, il est à lui tout seul un symbole de vie.
Y-aura-t-il assez de pluie pour faire pousser les semences ? Les vents gonfleront-ils les voiles jusqu'aux Indes ? Fera-t-il beau pour les vacances ? Depuis toujours, le temps qu'il fait, le temps qu'il fera, est une des préoccupations majeures de l'homme. Tellement qu'aujourd'hui la science et le phénomène se confondent en un seul mot : la Météo. Observer et prévoir, derrière ces fondements de la météorologie, il y a une histoire, des métiers, des siècles d'observation, des milliards de données comparées en permanence. Et il y a les interprètes, les prévisionnistes, nos pythies modernes, qui gardent à tout instant, toujours émerveillés, un ?il sur les cartes et les chiffres, et l'autre sur le ciel. C'est l'histoire de cette grande aventure quotidienne que raconte ce livre.
Silvio Trentin était de ces êtres rares qui savent relier la pensée et l'action. La montée du fascisme en Italie, puis la guerre, vont servir de cadre à son engagement politique. Universitaire, juriste, homme politique, combattant, Européen, il fut tout cela à la fois. Son opposition à l'oppression le conduit à quitter l'Italie pour la Gascogne en 1926, puis Toulouse ou il ouvre une librairie. Celle-ci, 46 rue du Languedoc, devient vite un foyer ouvert aux idées progressistes. Son soutien aux républicains espagnols l'amène à se rendre à plusieurs occasions à Barcelone. La deuxième guerre mondiale survient et son engagement devient résistance. Il soutient, organise, théorise la Résistance; son organisation - Libérer et Fédérer - sera un mouvement original de reconquête de la liberté dans le Sud de la France. Mais la lutte a lieu aussi en Italie et Silvio Trentin ne peut pas ne pas y participer. Il retourne dans son pays, il combat, il est fait prisonnier. Il meurt en détention en 1944. Dans cette dense biographie - écrite à partir de sa thèse soutenue en 2005-, Paul Arrighi rend hommage à ce grand Européen dont l'action et la pensée continuent aujourd'hui encore à servir d'exemple.