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L'Exil et l'utopie. Politiques de Verlaine
Bernadet Arnaud
PU SAINT ETIENN
18,00 €
Épuisé
EAN :9782862724607
L'aventure politique détermine le sens de l'écriture chez Verlaine : sa manière. Contre la tradition qui a cultivé l'image affadissante d'un chantre élégiaque, aux accents pathétiques, cet essai montre avec force qu'il a été un poète résolument engagé dans son siècle. Si l'écrivain s'énonce toujours en sourdine ou sur le mode mineur , c'est qu'il y reconnaît, en vers comme en prose, l'expression d'une éthique et d'une politique destinées aux victimes de l'histoire. Verlaine écrit d'abord pour les humbles, les sans-noms, tous ceux qui sont réduits au silence, et ne savent pas qu'ils ont droit au monde. L'emblème en serait le projet des Vaincus, un livre qui a hanté le poète de 1867 à 1874. Car il illustre une tension fondamentale entre l'exil et l'utopie, qui traverse toute l'oeuvre. De Poèmes saturniens à Sagesse et Bonheur, une même relation unit le sujet à l'histoire : démocrate et socialiste au temps du bonapartisme, chrétien en pleine ère laïque et républicaine, il reste exclu et dominé. Exilé, le sujet renouvelle sans cesse l'exigence critique d'un monde meilleur. Le sens de l'utopie fonde le devenir de l'oeuvre chez Verlaine.Ancien élève de l'ENS de Fontenay / Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes, Arnaud Bernadet est maître de conférences à l'Université de Besançon. Il appartient à l'équipe de recherche EA 3187 - Archives, Textes et Sciences des Textes (Centre Jacques Petit). Il est également membre du groupe POLART. Ses travaux portent sur la théorie du langage et la poétique, spécialement sur la littérature d'expression française des XlXe et XXe siècles.
Linvisible et linouï. Rimbaud définit en ces termes, dans sa lettre du « Voyant » en mai 1871, sa quête de lécriture. En vérité, cette aventure a commencé, au moins un an plus tôt, sous le signe du romantisme et du Parnasse, avant den congédier rapidement les divers modèles. Elle ne conçoit dautre poésie quouverte sur linconnu, toujours « en avant », selon un devenir qui la conduit au vers libéré puis au vers libre et aux proses (Une saison en enfer, Les Illuminations). Si les « inventions dinconnu » réclament des « formes nouvelles », cest que lart est le lieu où sexpérimentent des modes de voir et dentendre jusque-là inédits. Ce parcours nest pas métaphysique. Une saison en enfer est la preuve, au contraire, que le sujet affronte ici la « réalité rugueuse » du monde. Rien de plus concret et de plus matériel que cette poésie lorsquelle sengage dans la fantasmagorie et lhallucination. Il y a un goût Rimbaud, qui est le trait représentatif de sa manière, lié à la force du corps. Impensable sans le « dérèglement de tous les sens », ce corps libère la pensée et la langue. Sil parodie les référents majeurs de la tradition lyrique, il ébranle aussi la religion et le pouvoir (du second Empire à la troisième République). Telle est léthique rimbaldienne que les spécialistes réunis dans cet ouvrage sattachent à décrire pour en dégager le sens et la valeur. Attentifs à la matérialité dune « uvre » au destin éditorial peu commun, ils en développent les enjeux esthétiques, formels, idéologiques, et proposent une série dexercices techniques plus spécifiquement destinés à la préparation des agrégations de Lettres.
Notion labile, inséparable de l'avènement de l'individu moderne et de son for intérieur, l'intime ne se confond pas pour autant avec la catégorie du privé par opposition au public. En régime littéraire, il s'inscrit certainement dans ce que Philippe Lejeune appelle "l'espace autobiographique", mais il peut prendre des formes aussi diverses que les journaux, carnets, notes ou correspondances. Dans tous les cas, il a pour vocation de dire vrai sur soi-même. Avec le déploiement de l'intime, on assiste à l'émergence de ce que Michel Foucault reconnaissait dans son séminaire sur L'herméneutique du sujet 48a) sous l'espèce d'une "fonction éthopoiétique", l'écriture devenant l'"opérateur de la transformation de la vérité en êthos ". Plus encore qu'a une fonction, l'écriture de soi renvoie à une poétique définie globalement comme éthique du discours, articulant étroitement le sujet de l'énonciation et le sujet de la conduite (conduite de soi devant les autres). Si la parole "vaut engagement" ou "vaut lien", c'est que cette valeur découle de sa qualité artistique même. En croisant des oeuvres de la tradition française et québécoise, de Benjamin Constant à Jeanne Lapointe et Marie Uguay, c'est cette question que les articles réunis dans ce dossier tâchent d'explorer.
Romances sans paroles (1874) marque un tournant radical dans l'oeuvre de Verlaine et dans l'histoire de la poésie française. Ce "petit bouquin", qu'il rédige pendant sa liaison tumultueuse avec Rimbaud et qu'il présente comme une "série d'impressions vagues", est hanté par la tentation du silence. Que peut la parole face à la réalité, dont le sens est fuyant ? Comment dire les sentiments d'un moi erratique et opaque à lui-même ? Et surtout, comment les dire autrement, après le romantisme, qui les a exaltés, et le Parnasse, qui s'en est méfié ? En s'emparant d'un genre désuet, la romance,Verlaine réinvente le beau à partir du banal, renoue avec l'oralité au coeur de l'écrit, et fait du chant l'utopie de la parole poétique.
Notre époque vivrait-elle la fin du débatâ? De "âA letter on justice and open debateâ" du Harper's Magazine en 2020 à "âl'appel à la vigilance face à la haine et à la violence dans les médiasâ" lancé par un collectif dans Le Devoir trois ans plus tard, le même constat s'impose partoutA : celui d'une dégradation des échanges publics, mêlant dérapages et attaques personnelles. La conversation démocratique semble aujourd'hui traversée par de nouvelles forces "âillibéralesâ" ou "âémotionnellesâ" dont l'expansion (âla "âviralitéâ" â) est pour partie imputable aux réseaux sociaux. A la forme agonistique voire éristique du débat se substituent désormais des effets de meutes. Autant de pratiques qui ont pour conséquence d'écarter les voix dissonantes ou contradictoires au coeur de la cité. Certains comme Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, n'hésitent plus à censurer l'usage de certains mots. Il y a aujourd'hui un malaise et même une crise de la conversation démocratique. Ce sont l'expression de cette crise et la guerre des mots qui s'y trouve à l'origine qui sont l'objet de ce livre. Car elles sont inséparables d'une nouvelle culture de l'interdit, de tactiques d'intimidation, de manoeuvres d'intolérance, une logique de la polarisation voire de la radicalisation, tout ce que notre époque range volontiers, et peut-être un peu vite, sous le terme de cancel culture, une notion passablement obscure et résistante. C'est aussi à la question de savoir comment en sortir que ce livre essaie en quelque sorte de répondre.