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La Guerre des mots
Bernadet Arnaud
LIBER CANADA
48,00 €
PRÉCOMMANDE
Sortie prévue le 10 février 2026
EAN :9782895788386
Notre époque vivrait-elle la fin du débatâ? De "âA letter on justice and open debateâ" du Harper's Magazine en 2020 à "âl'appel à la vigilance face à la haine et à la violence dans les médiasâ" lancé par un collectif dans Le Devoir trois ans plus tard, le même constat s'impose partoutA : celui d'une dégradation des échanges publics, mêlant dérapages et attaques personnelles. La conversation démocratique semble aujourd'hui traversée par de nouvelles forces "âillibéralesâ" ou "âémotionnellesâ" dont l'expansion (âla "âviralitéâ" â) est pour partie imputable aux réseaux sociaux. A la forme agonistique voire éristique du débat se substituent désormais des effets de meutes. Autant de pratiques qui ont pour conséquence d'écarter les voix dissonantes ou contradictoires au coeur de la cité. Certains comme Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, n'hésitent plus à censurer l'usage de certains mots. Il y a aujourd'hui un malaise et même une crise de la conversation démocratique. Ce sont l'expression de cette crise et la guerre des mots qui s'y trouve à l'origine qui sont l'objet de ce livre. Car elles sont inséparables d'une nouvelle culture de l'interdit, de tactiques d'intimidation, de manoeuvres d'intolérance, une logique de la polarisation voire de la radicalisation, tout ce que notre époque range volontiers, et peut-être un peu vite, sous le terme de cancel culture, une notion passablement obscure et résistante. C'est aussi à la question de savoir comment en sortir que ce livre essaie en quelque sorte de répondre.
Un essai. Etude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'oeuvre: approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse. Un dossier. Bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse. Eclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents. Un ouvrage efficace élégant. Une nouvelle manière de lire.
Notion labile, inséparable de l'avènement de l'individu moderne et de son for intérieur, l'intime ne se confond pas pour autant avec la catégorie du privé par opposition au public. En régime littéraire, il s'inscrit certainement dans ce que Philippe Lejeune appelle "l'espace autobiographique", mais il peut prendre des formes aussi diverses que les journaux, carnets, notes ou correspondances. Dans tous les cas, il a pour vocation de dire vrai sur soi-même. Avec le déploiement de l'intime, on assiste à l'émergence de ce que Michel Foucault reconnaissait dans son séminaire sur L'herméneutique du sujet 48a) sous l'espèce d'une "fonction éthopoiétique", l'écriture devenant l'"opérateur de la transformation de la vérité en êthos ". Plus encore qu'a une fonction, l'écriture de soi renvoie à une poétique définie globalement comme éthique du discours, articulant étroitement le sujet de l'énonciation et le sujet de la conduite (conduite de soi devant les autres). Si la parole "vaut engagement" ou "vaut lien", c'est que cette valeur découle de sa qualité artistique même. En croisant des oeuvres de la tradition française et québécoise, de Benjamin Constant à Jeanne Lapointe et Marie Uguay, c'est cette question que les articles réunis dans ce dossier tâchent d'explorer.
Romances sans paroles (1874) marque un tournant radical dans l'oeuvre de Verlaine et dans l'histoire de la poésie française. Ce "petit bouquin", qu'il rédige pendant sa liaison tumultueuse avec Rimbaud et qu'il présente comme une "série d'impressions vagues", est hanté par la tentation du silence. Que peut la parole face à la réalité, dont le sens est fuyant ? Comment dire les sentiments d'un moi erratique et opaque à lui-même ? Et surtout, comment les dire autrement, après le romantisme, qui les a exaltés, et le Parnasse, qui s'en est méfié ? En s'emparant d'un genre désuet, la romance,Verlaine réinvente le beau à partir du banal, renoue avec l'oralité au coeur de l'écrit, et fait du chant l'utopie de la parole poétique.
Résumé : En quête du moderne, Verlaine témoigne, dès la parution de Poèmes saturniens (1866), d'un sens profond de l'innovation et de l'expérimentation. Figure éminente du Parnasse, et partisan de l'autonomie de l'art, dont il livre une interprétation très personnelle, il se détache rapidement dans Fêtes galantes (1869) des modèles romantiques qui dominent encore le champ de la création. Romances sans paroles (1874), écrit à l'époque de la rencontre avec Rimbaud, jette les fondements d'une nouvelle poétique, dont se nourrira en partie le symbolisme. Mais la " première manière " de Verlaine, c'est aussi une écriture résolument engagée, qui se place dans le camp républicain, favorable même au socialisme révolutionnaire. Ainsi, l'enjeu poétique chez Verlaine est à la fois éthique et politique. C'est ce qui fait sa force critique. Les cinq spécialistes réunis dans cet ouvrage tentent d'en rendre compte par-delà les trop nombreux stéréotypes qui encombrent encore la lecture du poète. Outre l'éclairage historique, nécessaire à la compréhension des principes esthétiques et formels de l'?uvre, ils proposent une analyse détaillée et approfondie de chaque recueil. Une série d'exercices techniques, plus spécifiquement destinés à la préparation des agrégations de Lettres (dissertation, explication de texte, étude grammaticale), clôt cette tentative d'écoute de la " première manière " de Verlaine.
De même que les individus ont une généalogie, les sociétés s'appuient sur plusieurs piliers culturels, qui eux-mêmes sont le produit de rencontres plus anciennes. Après avoir abordé le pilier gréco-romain (vol. 1), ce deuxième volume d'un ouvrage collectif consacré aux grands récits occidentaux s'intéresse cette fois à la culture judéo-chrétienne. A partir de la conversion au christianisme de l'empereur Constantin, se met en place, dans le monde gallo-romain, un fort pilier judéo-chrétien qui continue à influer sur la marche du monde occidental, malgré le déclin de la religiosité. Que nous disent ces récits que notre mémoire collective a conservés ? Que nous révèlent-ils du monde qu'ils ont contribué à ériger ? En quoi nos "récits de vie" individuels trouvent-ils bien souvent leur ancrage dans ces "grands récits" expliquant le collectif ? C'est à faire voir certaines des ramifications essentielles de ce riche héritage que s'appliquent les essais rassemblés ici.
La liberté, cette valeur si précieuse, est de nos jours à ce point sacrée qu'elle ne semble supporter aucune limite. En son nom, nos représentants politiques, la population en général, mais aussi l'élite intellectuelle et, de façon prééminente, la magistrature vont parfois jusqu'à remettre en cause la laïcité de l'Etat en la jugeant incompatible avec la liberté de religion, sinon hostile à son endroit. Cet essai affirme que c'est là faire preuve d'une profonde méconnaissance du principe de laïcité. En s'appuyant sur la grande tradition de la pensée occidentale qui, d'Antigone aux constitutions modernes, a établi une nette séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux, l'auteur montre que la liberté religieuse (celle de la croyance) ne cautionne pas l'expansionnisme religieux qui cherche à étendre ses tentacules dans les divers secteurs de l'activité sociale et civile et que seule une conception abusive et absolutiste de la liberté a pu mener à ce qu'on nomme désormais le "gouvernement des juges" . Bien comprise, la liberté religieuse permet au contraire de réaffirmer la légitimité de la laïcité de l'Etat. Partant de la problématique propre à la société canadienne et québécoise, par son langage clair et son argumentation serrée, cet ouvrage est une contribution fondamentale et universelle aux débats qui agitent nos sociétés, y compris en France.
Anthropologue, professeur à l'université Marc-Bloch de Strasbourg, David Le Breton est spécialiste de l'anthropologie du corps et des conduites à risques des jeunes. Il a publié sur ces thèmes de nombreux articles et plusieurs ouvrages - entre autres, Anthropologie du corps et modernité, L'adieu au corps, Passions du risque, Signes d'identité. Piercings, tatouages et autres marques corporelles. Ses travaux ont contribué à renouveler les études sur le corps et les multiples enjeux sociaux et éthiques qui lui sont associés dans la société contemporaine. Engagé sur la place publique dans les débats entourant ces questions, il propose une vision critique de certaines des valeurs dominantes qui fondent la modernité.
L'homme qui ne peut qu'obéir est un esclave; s'il ne peut que désobéir, il est un révolté", écrivait le psychologue Erich Fromm en 1963. "Je suis loin de dire, continue-t-il, que toute désobéissance est vertu, et toute obéissance vice. Ce serait ignorer le rapport dialectique qui existe entre l'obéissance et la désobéissance." Antigone, Socrate, Jésus, Thoreau, Tolstoï, Gandhi, Luther King, l'histoire regorge de contestataires qui ont fait avancer la civilisation. Sans compter les mouvements collectifs de dissidence: quakers, mormons, manifestants contre la guerre, contre les expériences atomiques, contre la pollution, contre la mondialisation néolibérale, etc. À partir d'un rappel de diverses manifestations d'objection de conscience et de désobéissance civile, l'auteur s'efforce de définir ces termes. Il fait surtout une analyse du phénomène d'un point de vue éthique. II s'interroge enfin sur l'attitude que devraient avoir les dissidents, mais aussi les législateurs, les tribunaux, la police, la population. En son fond, l'objection de conscience n'est pas négative; elle n'est ni abstention ni passivité; elle doit, par sa force d'interpellation, témoigner des valeurs mêmes qui sont à sa source. De dérangeur qu'il est, l'objecteur devient ainsi un éveilleur de conscience.