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Cahiers de Littérature Orale N° 88/2022 : Oralités enfantines et littératures
Belmont Nicole ; Ménard Sophie ; Privat Jean-Marie
INALCO PRESSES
20,00 €
Épuisé
EAN :9782858314133
Ce numéro s'intéresse particulièrement à la production d'écrits littéraires qui sont allés puiser dans les imaginaires et les pratiques orales de l'enfance ainsi qu'aux liens qui se nouent entre eux à travers une inventivité langagière particulièrement féconde. La culture enfantine de tradition orale, présente dans la plupart des cultures, est aussi à l'oeuvre dans la littérature (écrite). En effet, des historiettes, devinettes, contes, comptines, chansonnettes, etc. , à la littérature écrite, il y a une inspiration réciproque, qui amène à considérer les relations productives que la littérature entretient plus largement avec les imaginaires culturels de l'enfance. Ce numéro 88 de Cahiers de littérature orale se concentre donc sur les modalités de cette présence latente ou explicite des oralités enfantines en littérature moderne et contemporaine. Les contributeurs s'interrogent sur ce que le texte littéraire quête dans ces univers discursifs enfantins, sur la distribution des oralités enfantines selon les périodes, les esthétiques ou les genres littéraires, sur les modes de sémiotisation écrite des pratiques orales enfantines sur le plan stylistique, narratologique et sémantique, enfin sur les modalités de circulations entre culture enfantine orale (l'enfance de l'art) et culture littéraire (l'art de l'enfance).
Si la parole est l'arme des puissants, elle peut être aussi l'arme des faibles, une liberté conquise plus qu'acquise souvent. Contre le silence imposé et subi. La parole publique a ainsi sa performativité propre, surtout quand l'ingéniosité pour se faire entendre déborde les cadres qui ordinairement la contrôlent et la contraignent. Cette voix contestataire est une oralité au plein sens du terme : une oralité poétique, une oralité chantée, une oralité tambourinée, une oralité dansée, une oralité murmurée, une oralité criée. Une choralité politique. Ces oralités contestataires requièrent souvent courage et astuce, imagination et détermination. Les textes rassemblés dans ce florilège — un bouquet avec ses piquants... — ont été composés dans des contextes et des époques différents, mais tous ont pour objectif de mettre en valeur une contestation, lyrique ou humoristique, festive ou plus directement politique, collective ou solitaire, mais toujours pour le bien commun. Et souvent contestation portée par des voix de femmes, ni bavardes ni muettes... Ces moments d'oralités contestataires ont été choisis parce qu'ils raisonnent/résonnent de façon forte avec la situation actuellement vécue par le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche française, et plus largement sans doute avec la société française bousculée dans son système social, modèle évidemment imparfait mais précieux.
Récemment élu à la présidence de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (1972), Jacques Le Goff crée des antennes de l'EHESS en région. En 1976, il inaugure le Centre d'ethnologie de la France qu'il dirige avec Jean-Michel Guilcher (CNRS). Trois séminaires sont mis en place en collaboration avec l'Université de Bretagne occidentale, ceux de J.-M. Guilcher, de Nicole Belmont et de Marie-Louise Tenèze qui fait l'objet de cette publication. Nicole Belmont (EHESS, Paris) et Josiane Bru (EHESS, Toulouse) livrent à notre attention une précieuse édition critique de ce séminaire de Brest qui porte témoignage de ce moment de notre histoire, qui fit des littératures orales d'Europe à la fois un objet de connaissance et un outil majeur d'intelligibilité des sociétés humaines.
Cendrillon est sans doute le conte le plus connu, le plus répandu, le plus aimé. Mais le récit de Perrault et celui des frères Grimm, parce qu'ils ont été écrits, imprimés et reproduits largement, ont éclipsé des centaines, peut-être des milliers d'autres, recueillis par les ethnologues et les folkloristes. Ces récits, aussi attachants que vigoureux dans leur expression, apportent des éléments narratifs inédits qui enrichissent l'histoire de cette jeune fille persécutée et lui donnent des couleurs insolites. Dans ce recueil, on trouvera une cinquantaine de Cendrillon originaires de cultures différentes, de l'Europe à l'Orient, de l'Afrique aux Amériques, sans oublier la première version passée dans l'écrit : elle est chinoise et date du IXe siècle de notre ère. Cendrillon appartient à un cycle, où l'on peut repérer un grand nombre de transformations narratives et d'entrelacements de motifs. Sous forme de dossier complémentaire, ont été jointes des versions de formes peut-être antérieures et postérieures, bien qu'on les trouve également racontées dans une même communauté : Un-oeil, Deux-Yeux, Trois-Yeux et Peau d'Ane. Si l'on reconnaît le mythe à ses facultés de perdurer à travers les siècles et de s'adapter à chaque époque qu'il traverse, alors Cendrillon est bien une figure mythique.
Afin de comprendre ce qu'implique l'acte de traduire, il convient de déconstruire le processus dans tous ses états, car il s'avère essentiellement pluriel. Où traduit-on ? Les champs de l'édition, de la critique et de l'université se disputent une autorité qu'ils refusent aux traducteurs, priés de faire preuve de modestie et de rester transparents. Qui traduit quand on traduit ? Les acteurs de la traduction sont étrangement nombreux, qui interviennent non seulement sur le paratexte, mais dans le texte lui-même. Des conceptions obsolètes de la langue et de l'Ainsi Nommée Littérature imposent des choix qui concourent trop souvent à l'annexion de l'original. Que traduit-on quand on traduit ? Il est temps de dégager le traduire des déterminations linguistiques pour considérer l'objet à traduire dans tous ses états : texte, livre, marchandise. Une fois défini le "traduire" comme une opération fondamentalement littéraire, il convient de définir des méthodologies pour procéder à un transfert de socialité dans une opération unique. A chaque trace, indice et valeur doit correspondre dans le texte traduit une trace, un indice, une valeur. Y compris ce que révèlent les rythmes, la matérialité, l'histoire des Ainsi Nommées Littératures, trop souvent gommés.