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LA MESURE. Instruments et philosophie
Beaune Jean-Claude
CHAMP VALLON
26,50 €
Épuisé
EAN :9782876731851
On peut distinguer trois mesures ", note l'Encyclopédie de d'Alembert et de Diderot, " celle des temps, celle des lieux, celle du commerce ". A la source de cette " règle originairement arbitraire et ensuite devenue fixe dans différentes sociétés ", il y a une certaine quantité qu'on prend pour unité et dont on exprime les rapports avec d'autres quantités homogènes. La mesure se présente sous son visage concret. Les instruments de mesure sont fondateurs de la civilisation et de la raison même : l'horloge, le thermomètre, la balance et leurs récentes métamorphoses ont scandé et rythmé notre existence sous tous ses modes : mécanique et physique, médical, économique et commercial, esthétique, historique, juridique et social. L'indispensable homogénéité de la mesure et de la chose mesurée semble renvoyer à une identité ou à une analogie de substance, de nature, de matière ou de forme : il faut bien pouvoir comparer. D'un autre côté, le choix même de l'étalon fait de la mesure un acte conventionnel et de l'instrument de mesure un objet technique, artificiel. Le postulat d'une sorte de connivence entre les choses, garant de la comparaison, est comme démenti par l'instrument de mesure dont l'élaboration requiert bien plus qu'une commune mesure : une théorie. Il faut, en effet, rendre commensurable. Mais pouvons-nous le faire ? Dans quelles conditions ? Il s'agit de substituer à la diversité des choses des signes homogènes. Les instruments de mesure nous donnent-ils une idée de ce qu'ils mesurent ? Cet ouvrage constitue les Actes du colloque qui s'est tenu au Centre d'Analyse des Formes et Systèmes de la Faculté de philosophie de l'université Jean-Moulin-Lyon III, les 28 et 29 octobre 1993.
Résumé : Parmi les machines que l'homme a créées pour son bonheur et pour sa ruine, il en est une qui possède une puissance propre : c'est l'horloge dont le vieux balancier n'en finit pas de battre comme un c?ur, à son rythme, dans le souvenir d'une enfance perdue. Ce balancier scande l'éternité des mondes et des atomes, depuis l'éternel retour des Anciens jusqu'à la vertu des matières et des signes dégagée par la technologie moderne et contemporaine. Il amène alors la Raison à imposer à ses normes des mesures, des cadences et des obligations que l'industrie exploite et met en ?uvre. Il conduit ainsi l'homme pris à son rêve d'immortalité mais victime de l'utopie de la science, de l'art, du travail ou du profit, étranger parfois aux objets qu'il a lui-même fabriqués, à se doter de jeunesses artificielles, répétitives et qui ne lui laissent en fin de compte que le destin de sa mort inéluctable. Le balancier du temps et du monde est le point central où se rejoignent ces trois lignes de force issues de la matière, la machine et la mort qui constituent le cadre de notre condition arbitraire et nécessaire à la fois. On y discerne enfin l'ombre portée, la face cachée, le dernier sourire de l'automate.
Fidèle à son principal objet, ce livre est une (longue) errance, un vagabondage assez spécial, hasardeux et répétitif à la fois, qui ne se réclame d'aucune perspective systématique mais croise au contraire les regards, les disciplines : histoire, droit, sociologie, psychologie, biologie et médecine, technologie... Sans doute le vagabondage est-il un thème mythique, aussi ancien que l'Homme lui-même et qui trouve, dans notre histoire, de multiples expressions. Pourtant, malgré l'ambiguïté des valeurs que maintient en particulier la tradition franciscaine, il est une époque (1880-1910) où le vagabond devient, sur le fond d'une politique rigoureuse des populations ouvrières urbaines, un enjeu passionné. Il désigne la forme ultime d'un pathologique social qui gouverne d'autres catégories d'exclus (mendiants, clochards, prostituées, chômeurs, mauvais pauvres...) et dont on prévoit alors la suppression définitive : c'est, de fait, le premier " génocide scientifique " des temps modernes, dérisoire et banal peut-être mais qui prélude à d'autres, moins " bénins ". En même temps, le vagabond devient un objet privilégié de la médecine mentale en plein développement : Charcot crée pour le qualifier, en 1888, la notion d'Automate ambulatoire. On peut s'interroger alors sur la cohérence profonde de ce monde industriel puisque la même image, l'Automate, sert à désigner de manière " scientifique " à la fois le déchet humain, le résidu insupportable et l'idéal du nouvel " homme technique " vissé à sa fonction productive, assimilé à la Machine, normalisé dans son travail, sa vie et sa pensée. Au-delà de cette époque cruciale, l'ambivalence en question nous renvoie à des doctrines aussi fondamentales que le Mécanisme " cartésien " revu et corrigé dans le nouveau contexte, le Darwinisme (et ses applications sociales), également certaines conceptions de la dégénérescence, de l'hérédité qui n'ont pas dit aujourd'hui leur dernier mot. Finalement c'est la question philosophique de l'Individu qui peut sans doute servir de boussole dans ce voyage au bout de la nuit des vagabonds. La fin de l'individu qui se réfracte dans le miroir brisé du vagabondage (où tremble encore le souvenir rêvé de quelque enfance de l'humanité) s'inscrit dans une nouvelle logique : celle d'une nature devenue vraiment mauvaise ; celle surtout d'un nouveau personnage qui prend force dans l'histoire du XIXe siècle et n'a cessé depuis lors de hanter nos nuits comme un vieux fantôme vagabond : la Mort.
Résumé : Ce second volume de l'Anthropologie des milieux techniques est en miroir du premier intitulé Engrenages, où on a considéré de préférence les activités machiniques "en situation matérielle". Machinations se consacre à leurs langages, classifications, représentations, imaginaires, ce qu'on dit des "techniques" et ce qu'elles-mêmes nous disent. D'où quatre parties, comme dans Engrenages, chacune illustrée d'un exemple : 1 ; les milieux, les objets, les métiers, l'industrie, le travail en difficultés, l'invention, le bricolage ; 2 ; a philosophique antique, classique, l'enseignement et la fiction, les techniques orientales ; 3 ; la médiatisation, l'habitation traditionnelle, l'utopie urbaine, la pollution et le recyclage ; 4 ; l'automatisation, le hasard, le ,jeu, l'art et la machine. Ces questions engagent une analyse historique et contemporaine du sens de la "condition technique" et l'hypothèse d'un sujet technique spécifique. Dans une approche anthropologique critique, on rencontre des débats actuels mais éternels concernant le corps, l'éthique, le rapport sécuritaire à la vie et à la nature, les ambiguïtés de la technoscience, les responsabilités des pouvoirs, les méfaits de l'ignorance. L'histoire des machines, en particulier aux XVIIIe et XIXe siècles, intervient ainsi que l'évolution des"mentalités", de l'outil au numérique : celles du créateur, du décideur, du responsable et de l'"homme ordinaire". Les termes Machinations et Stratégies supposent que la "machine" devienne l'otage et le fantôme de ce qu'on nomme "technologie" : plus nous en usons et moins nous la comprenons. Ce qui conditionne le rapport difficile aux autres et à nous-mêmes, en un milieu technique qui garderait ainsi une part de mystère. Peut-on envisager la connaissance et la culture en général sans prendre en compte cette question ?
Résumé : Le remède, le médicament, la drogue sont des objets pharmaceutiques mais aussi des objets médicaux, des moyens d'action très concrets, également des images symboliques et sacrées, enfin des notions philosophiques. On entend par là qu'à travers ces êtres bizarres et leurs métamorphoses, ce sont des questions fondamentales qui nous reviennent : la séparation ou la complicité de l'esprit et du corps, de la vie et de la mort, du normal et du pathologique. Le remède est aussi au centre d'une culture, d'une attitude sociale devant l'hygiène, la santé et leurs diverses expressions ou imaginations anciennes et récentes. Mais le remède a d'abord une histoire, il fait appel à des lois, des normes, à un droit toujours exigeant. Il constitue donc également l'occasion d'interroger les pratiques médicales, certaines sciences biologiques et pharmaceutiques sûres d'elles-mêmes, et de pousser l'enquête jusqu'aux fondements déontologiques ou éthiques de leurs pratiques. Le remède, dans ces conditions, devient le pilier d'une réflexion plus vaste pour laquelle il apparaît comme une sorte de fait social total. Cependant une généralisation s'autorise des rapports établis entre deux perspectives fondamentales. D'abord la technicité de l'objet : un remède est un outil par lequel le médecin décide d'intervenir (ou non) sur un état biologique devenu insupportable ou pénible à l'individu. Et cette " technicité " est exemplaire d'une orientation décisive de la médecine ancienne et contemporaine. Ensuite, il suggère autant qu'il agit, il possède ce pouvoir habile, indécis, parfois démoniaque d'être souvent au-delà de lui-même, réfractaire à toute positivité absolue, capable donc de prendre en compte, fût-ce " par l'absurde ", la singularité de l'individu qui le reçoit et la précarité du médecin qui l'administre. Ses qualités philosophiques parlent alors d'elles-mêmes : elles corrigent une technicité trop belle pour être vraie, elles font de lui un placebo besogneux lorsqu'il prend peur de lui-même et de son pouvoir de ciguë mortelle. La philosophie du remède s'est donné pour tâche de marquer quelques points où le remède - et plus généralement les pratiques bio-médicales - laissent entrevoir quelques-unes de ces étranges ambiguïtés qui parsèment notre existence médicale et sociale. Et, au bout du compte, de tendre la perche à Nietzsche ou Zarathoustra pour qui le " dernier homme ", celui qui " respecte la santé ", est aussi celui " qui vit le plus longtemps "... ce qui n'est pas pour lui, il s'en faut, un compliment.
Les débats autour de la désinformation, des fake news et de la post-vérité risquent d'occulter une crise peut-être plus radicale que la crise de la vérité : la destitution de la réalité elle-même. Cette destitution commence avec la volonté prométhéenne de transformer la nature en environnement, et donc de détruire celle-ci. Elle prend bien d'autres formes, hétérogènes et indépendantes les unes des autres en apparence, mais qui en fait conjoignent leurs effets. L'artificialisme, le simulationnisme, le présentisme, le prédictionnisme, le fictionnisme, le négationnisme, le complotisme et le nihilisme sont les huit formes de destitution de la réalité analysées dans cet essai. Comme l'avait vu le psychanalyste Jacques Lacan, c'est la psychose qui guette l'humanité.
Résumé : L'histoire de la clandestinité intrigue, tant sont nombreuses les zones d'ombre, parfois artificiellement entretenues, et les pages méconnues, tandis qu'une poignée de clandestins a su polariser la curiosité du public et des historiens. Mais cette histoire est-elle seulement possible ? Chaque chapitre de ce livre, à sa manière, répond par l'affirmative, en retraçant la trajectoire d'un groupe politique, d'un mouvement structuré, avec une fortune variable, dans la dissimulation et par la pratique de l'illégalité. Contrairement à une impression première, les sources les plus diverses permettent d'en brosser une histoire incarnée, une histoire de l'intérieur, sans négliger pour autant le domaine des fantasmes que la lutte clandestine suscite immanquablement. Il s'agit là d'une conviction partagée par les auteurs, la compréhension de la clandestinité en politique se doit d'articuler, d'une part, les représentations propres aux mondes clandestins, qui, malgré leur diversité, peuvent être rassemblées dans l'expérience de cette lutte radicale et secrète, avec, d'autre part, les images de la lutte clandestine qui circulent à l'extérieur des groupes, que ce soit celles diffusées par le pouvoir ou les médias ou bien celles qui se développent au sein de la société et des différents mouvements sociaux. A travers l'exploration de la clandestinité comme modalité d'action politique, cet ouvrage expérimente une comparaison entre différents mouvements politiques dont les spécialistes dialoguent d'ordinaire trop peu ? anarchismes, résistances, mouvements révolutionnaires ou anticoloniaux ? en montrant l'existence de problématiques communes malgré les différents contextes. Il ambitionne également de fournir des clés pour comprendre la persistance de la menace clandestine, toujours actuelle, mais qui plonge ses racines dans une histoire longue et multiforme.
La période qui voit le passage de la ville de l'Ancien Régime à la ville haussmannienne ou haussmannisée semble bien connue et les conditions de cette transformation ont été largement analysées. Schématiquement, on considère que le milieu urbain s'assainit tout au long du XIXe siècle, passant de la stagnation miasmatique encouragée par les activités artisanales à la dynamique industrielle symbolisée par la rectification urbaine qui associe percée, aménagement du réseau viaire, nettoiement généralisé de l'espace public grâce aux égouts et à la distribution de l'eau, renouvellement de l'air grâce aux grands mouvements urbains, humains et économiques. Cet ouvrage aborde la ville du point de vue de deux acteurs qui ont joué un rôle fondamental dans les transformations du milieu urbain : le médecin et l'ingénieur, en mettant en avant la cohérence et surtout les limites de leurs approches respectives, traduites par les dysfonctionnements connus par le milieu. Pour ce faire, l'auteur adopte un point de vue original, celui du sol et du sous-sol urbains, par opposition à l'air et à l'eau qui sont considérés depuis plus d'un siècle comme les principaux vecteurs de l'environnement et de la salubrité. L'évolution du milieu urbain, principalement étudiée dans le cas de Paris, révèle les limites des transformations mises en ?uvre au XIXe siècle. L'imperméabilisation du sol, la production de boues, les effets de l'assainissement ou le paludisme urbain traduisent l'échec (certes relatif) et les effets pervers du projet hygiéniste. En définitive, le milieu urbain échappe rapidement à la science.
Résumé : Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ?