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Si tout n'a pas péri avec mon innocence
Bayamack-Tam Emmanuelle
POL
19,50 €
Épuisé
EAN :9782818017463
1. BANG BANGQuand ma grand-mère tente de refermer les cuisses, la sage-femme l'en empêche et entreprend de bouchonner sans ménagement son périnée endolori. Ma grand-mère ferait bien d'interroger la signification de cette brutalité, mais comme elle a toujours eu le chic pour profiter des bons moments, elle s'accorde le répit que lui laissent la paix retrouvée de ses viscères et l'escamotage fulgurant de son nouveau-né. Elle promène distraitement la main sur son ventre effondré et a juste le temps d'en percevoir les dernières contractions, la réplique mourante du grand chambardement, avant d'être délivrée d'un placenta dont elle ignorait l'existence et qui s'expulse d'elle en trois soubresauts voluptueux.Seule, les jambes encore passées dans des étriers archaïques, ma grand-mère est prise d'un rire nerveux. Elle ferait mieux d'interroger aussi le sens de cette solitude, mais à vingt-six ans, elle en sait assez sur la vie pour ne s'étonner de rien et pour admettre que la solitude est notre condition. Tout ce qui lui vient à l'esprit, ce sont les bribes d'une chanson de Nancy Sinatra, «Bang Bang», et le souvenir lumineux et fixe, comme pris au piège miroitant de sa mémoire, de la plage de Sidi Fredj.Flottante, bienheureuse, c'est tout juste si elle n'est pas en train de fredonner quand on lui présente enfin le fruit de ses entrailles, vêtu d'une barboteuse de velours émeraude à plastron nid-d'abeilles, un vêtement qui lui semble étrangement familier jusqu'à ce qu'elle se rappelle l'avoir acheté elle-même au rayon layette des Dames de France.Bang bang, ma grand-mère a beau connaître la vie, il n'existe pas de préparation à ce qui va suivre. Elle ferme les yeux, croise les doigts, cherche le bon geste, la passe magique, mais rien n'y fait, aucune colombe ne s'envole péniblement d'un chapeau, aucun lapin ne s'en extirpe, aucun chapelet de foulards ne se dévide depuis la poche amidonnée de la sage-femme, qui persiste à lui présenter un bébé dont le visage saisissant de laideur offre un contraste pitoyable avec le vêtement d'apparat que lui ont choisi ses parents quand il a bien fallu penser à son trousseau.
Pour jouer Mon père m'a donné un mariIl faut que le père soit vieux, mais d'une beauté et d'une élégance bouleversantes.Il faut qu'Alexandrine parle fort, mais avec un détachement mélancolique et sans regarder ses parents - le moment venu, elle regardera le garçon.La mère peut être n'importe qui.*Chanté avec une férocité croissante:Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain dans la soupe! Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain dans le vin! Nous irons dimanche à la maison blanche, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain dans le vin!LA MÈREA la Maison-Blanche, ils ont lobotomisé la leur. Qu'allons-nous faire de la nôtre?LE PÈREÇa existe encore, la lobotomie?LA MÈREJe te parle d'avant, du temps des Kennedy.LE PÈREÇa existe encore, les Kennedy?LA MÈRENon, justement, ils sont tous morts. Chacun sa façon.LE PÈREComme tout le monde, non?LA MÈREC'est ce qui te trompe. Les Kennedy, c'est beaucoup plus intéressant que tout le monde. Les Kennedy, dès qu'on s'y penche un peu, c'est passionnant: JFK, Bobby, Dallas, Marilyn, Jackie, Onassis, Skorpios, John-John, happy birthday Mister Président, boum, la cervelle qui gicle sur le bibi rose de Jackie, reboum, Bobby qui est bien puni d'avoir convoité la femme de son frère. Sans compter qu'il avait tringle Marilyn avant. Tu te rends compte, cette rage d'aller mettre son sexe partout où son frère l'avait mis, de le suivre comme ça, partout, à la trace, comme une limace, dans le même sillage argenté?LE PÈRETu es fille unique: tu ne peux pas comprendre. Et je serais curieux de savoir comment nous en sommes arrivés à parler des Kennedy.LA MÈREC'est la maison blanche: ça m'y a fait penser - la maison blanche de la chanson. Tu l'as entendue, la chanson?LE PÈRETu serais étonnée du nombre de chansons que j'entends.On entend fugitivement«Show Me Love» de Robin S.LA MÈREÇa m'a fait penser à Rosemary Kennedy.
Résumé : A l'abordage ! , c'est un choc frontal entre la jeunesse ardente des uns et la frilosité quasi sénile des autres. Marivaux est dans les coulisses, car la rouerie rhétorique, le travestissement, les fausses confidences et les heureux stratagèmes conduisent évidemment au triomphe de l'amour.
Présentation de l'éditeur Je viens vérifie la grande leçon baudelairienne, à savoir que le monde ne marche que sur le malentendu. Je viens mouline les sujets qui fâchent, le racisme qui a la vie dure, la vieillesse qui est un naufrage, la famille qui est tout sauf un havre de paix. Je viens illustre les lois ineptes de l'existence et leurs multiples variantes : l'amour n'est pas aimé, le bon sens est la chose du monde la moins partagée, les adultes sont des enfants, les riches se reproduisent entre eux et prospèrent sur le dos des pauvres, etc. Mais pour accablante qu'elle soit, la réalité devrait pouvoir s'écrire sans acrimonie, dans une langue qui serait celle de la farce ou du vaudeville : Je viens, c'est aussi la proclamation par Charonne de sa volonté de redresser les torts, de parler contre les lois ineptes et de faire passer sur le monde comme un souffle de bienveillance qui en dissiperait la léthargie et les aigreurs.
Résumé : Un roman comique qui mouline les sujets qui fâchent, le racisme qui a la vie dure, la vieillesse qui est un naufrage, et les familles que l'on hait. Charonne - personnage récurrent des romans de l'auteur - chamboule l'ordre des choses : ce qui est aussi un crime contre l'humanité. Abandonnée deux fois (par ses parents biologiques puis par ses parents adoptifs), grosse, noire (ou perçue comme telle), Charonne va imposer sa vitalité irrépressible et la force agissante de son amour. D'abord sur Nelly (la grand-mère) qui raconte sa vie in extremis, entre ressassement et déploration. Et aussi sur Gladys (la mère) qui, parce qu'elle cherche à justifier son incapacité à vivre, produit un discours vindicatif et furibond qui tient souvent du délire. Je viens, c'est la proclamation par Charonne de sa volonté de redresser les torts, de parler contre les lois ineptes, de faire passer sur la maison borgne comme un souffle de bienveillance qui en dissiperait la léthargie et les aigreurs.
4e de couverture : L'espérance de vie de l'amour, c'est huit ans. Pour la haine, comptez plutôt vingt. La seule chose qui dure toujours, c'est l'enfance, quand elle s'est mal passée.
Résumé : Augustin aime la propreté car il se rêve ordinaire et sain. Il collectionne les slips car il rêve de caresses. Mais ses élans d'affection sont généralement mal perçus et les femmes qu'il convoite peinent à consentir. Il lui faut donc forcer un peu le destin. La morale commune lui échappe et sa vie repose sur un malentendu : il ne veut pas faire de mal, juste se faire du bien.
Résumé : Bertrand Schefer, qui est aussi cinéaste, a longtemps travaillé sur le scénario d'un film dans lequel il voulait raconter l'histoire d'un cher ami d'enfance qui s'était peu à peu coupé du monde et vivait en marge de la société, errant sans domicile fixe et sans travail. Son destin hantait Bertrand Schefer et sa figure grandissait en lui avec les années, absorbant ses forces. Il vivait avec ce qui était devenu comme un double obscur, une part d'ombre qui le dévorait de remord et de culpabilité. Grâce au cinéma il espérait en finir avec ce fantôme et se libérer du passé. Le film n'a pas pu se faire, mais de cet échec est sorti un texte, ce récit d'un homme hanté par un double dont la figure et les choix de vie radicaux ont fixé à jamais l'époque de la jeunesse. Entre le temps de l'éloignement et celui du retour, le narrateur retrace sous la forme d'un rapport factuel, comme pour donner de la réalité à sa mémoire trouée, l'histoire réelle et fantasmée d'une amitié fondatrice.
Résumé : A Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l'Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l'arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l'apprentissage du mensonge. Partant d'un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l'intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l'âme humaine à travers le regard naïf d'un adolescent qui, d'un coup, apprend la vie et son prix.
Résumé : Les histoires d'amour ne se ressemblent pas. Cependant elles entretiennent des correspondances secrètes à travers le temps et l'espace. Alice et Vincent s'aiment, aujourd'hui, à Paris : ils ont l'art et l'érotisme en partage. Leur passion entre mystérieusement en résonance avec d'autres amours, des collines de Rome aux rivages du Brésil, et jusque dans la Grèce antique. Dans cette chasse éperdue où l'on ne sait plus qui fuit et qui assaille, on croise Piero di Cosimo, l'énigmatique peintre de la Renaissance, Diane et Actéon, chasseurs illustres, Ariccia et Philippe, égarés en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, et bien d'autres amants pris dans les tumultes de l'Histoire.
Résumé : A Vitry-sur-Seine, Sihem, jeune franco-algérienne de 23 ans, fait sa rentrée en première au microlycée, un établissement pour élèves décrocheurs. Elle loge à la résidence autonomie Auguste Blanqui, où elle fait la connaissance d'Emile, dit Zapata, un vieux révolutionnaire de 82 ans. Sihem ne croit pas en une société qui, pense-t-elle, ne lui offre pas d'avenir. Zapata cherche un sens à sa vie qui s'achève. Hélène, la professeure de français de Sihem, et Rose, la directrice de la résidence, sont les témoins complices de l'amitié naissante entre ces deux écorchés. A l'aube et au crépuscule de leur chemin, ils prendront ensemble leur envol. Sur l'autre rive de la Méditerranée, en Algérie, Achir rêve lui aussi de changement et de liberté... Un premier roman lumineux.
Biographie de l'auteur Edouard Louis a 21 ans. Il a déjà publié Pierre Bourdieu : l'insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.