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LA PERCEPTION ESSAI SUR LE SENSIBLE
BARBARAS
VRIN
10,00 €
Épuisé
EAN :9782711621637
Alors que le problème de la perception n'est autre que celui de notre rapport même à l'être, la tradition philosophique l'a largement négligé. La chose perçue est le plus souvent confondue avec une collection de qualités sensibles ou rabattue sur l'objet intelligible : la perception est méconnue au profit de la sensation ou de l'intellection. Il revient à la phénoménologie husserlienne d'avoir mis en évidence, avec la théorie de la donation par esquisses, l'originalité de la présence perceptive : le propre du perçu est de s'absenter de ce qui le présente, d'excéder toujours ce dans quoi il se donne. La question que Husserl permet alors de poser, sans parvenir à la résoudre complètement, est celle de la nature véritable du percevant et du sens d'être du perçu. Cet ouvrage tente d'esquisser une réponse en rapportant la perception à l'activité d'un sujet vivant et en opposant par conséquent à la plénitude de l'objet, sorti du néant par un regard purement théorique, un monde dont la profondeur répond à l'insatisfaction qui caractérise la vie.
Nous avons établi dans notre Introduction à une phénoménologie de la vie que, loin de s'ajouter à la vie que nous partageons avec les autres vivants, la subjectivité devait au contraire être comprise privativement, comme la négation d'une vie qui la déborde toujours et la rapporte à la profondeur du monde: nous avons nommé désir la trace en nous et l'épreuve de cette profusion. Cependant, cette négation ne devient véritablement pensable qu'à la condition de montrer qu'elle n'est pas tant le fait de l'homme que celui de la vie même, qu'elle s'enracine dans une auto-limitation de la vie. Ainsi, la vie recule en nous parce qu'elle est elle-même caractérisée par une lacune fondamentale, dont nous montrerons qu'elle renvoie en dernière instance à l'archi-événement d'une scission et d'une dérive par rapport à cette vie plus originaire encore - vie qui n'est encore la vie d'aucun vivant - qu'est la Vie de la manifestation.
L'objet de ce livre est de montrer que l'intentionnalité, condition de l'apparition de l'étant, ne peut être caractérisée de manière conforme à son essence que si elle est comprise comme vie. En effet, une philosophie rigoureuse de l'intentionnalité est soumise à une double contrainte. D'un côté, comme l'a souligné Merleau-Ponty, le sujet de la perception ne peut être défini comme une sphère d'être absolue surplombant le monde: il est du monde et cette intramondanéité doit être comprise comme incarnation. Cependant, en mettant en avant un concept univoque de la chair, par delà la différence des étants du monde et du corps propre, Merleau-Ponty s'interdit d'accéder au sens d'être véritable de celui-ci. Or, comme l'a montré Heidegger pour sa part, le monde ne saurait être éclairé dans sa constitution par un retour à un étant du même mode d'être: le Dasein humain diffère de tous les autres étants en ce qu'il existe et c'est donc bien au plan existential que l'intentionnalité doit être ressaisie. Toutefois, il n'est pas sûr que la manière dont Heidegger thématise l'existence permette d'y intégrer le phénomène de la chair, et donc de la vie, qui sous-tend l'inscription du Dasein dans le monde. Ainsi, alors que Merleau-Ponty pense l'intramondanéité du sujet sur un mode tel qu'une ouverture intentionnelle peut difficilement y être fondée, Heidegger caractérise l'existence de telle sorte que son intramondanéité ne peut en être déduiteC'est à Jan Patoéka qu'il revient d'avoir su concilier la différence radicale du sujet intentionnel et son intramondanéité en proposant une caractérisation existentiale du corps comme mouvement vivant. Les études réunies ici visent toutes à explorer la voie, ouverte par Patoéka, d'une phénoménologie de la vie, d'abord à travers une série de confrontations avec d'autres pensées de la vie (Bergson, E. Straus, Sartre, H. Jonas) puis directement, en tentant d'explorer les traits de la vie intentionnelle Biographie de l'auteur Renaud Barbaras est professeur de philosophie contemporaine à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne et ancien membre de l'Institut Universitaire de France
Ce cours, qui n'a d'autre ambition que d'introduire à la lecture de Husserl, prend pour fil conducteur la corrélation a priori et universelle entre l'étant transcendant et ses modes subjectifs de donnée. L'évidence naïve selon laquelle le monde est tel qu'il nous apparaît a en effet une portée surprenante : tout étant est essentiellement relatif à des apparitions subjectives et la conscience enveloppe, par là même, un rapport nécessaire à l'étant transcendant. De l'aveu même de Husserl, l'effort de la phénoménologie consiste à élaborer cet a priori, c'est-à-dire à penser l'être de la conscience et de la réalité en tant que, radicalement distincts, ils sont néanmoins relatifs l'un à l'autre. Or, l'élaboration de cet a priori s'expose au risque permanent d'une réification de la conscience, qui procède elle-même d'une caractérisation encore naïve du sens d'être de la réalité : tant que la conscience est pensée sur le modèle de la chose, son pouvoir de faire apparaître l'étant demeure incompréhensible. On présentera donc l'élaboration progressive de la pensée de Husserl - des Recherches logiques à la phénoménologie transcendantale des Leçons sur le temps et des Idées directrices - comme une tentative continuée de se libérer de toute forme de réalisme. Parce qu'elle est de part en part motivée par le souci d'échapper à la naïveté - ce qui exige d'abord de la reconnaître sous ses formes les plus sophistiquées -, la phénoménologie, telle que Husserl la fonde, apparaît comme l'accomplissement même de l'exigence philosophique.
L'oeuvre de Merleau-Ponty est tout entière commandée par le souci de mettre rigoureusement en oeuvre le mot d'ordre husserlien de retour aux choses mêmes, ce qui exige, conformément au geste amorcé par Husserl dans la Krisis, de reconnaître l'oeuvre de l'idéalisation - c'est-à-dire de l'objectivation - là même où elle se fait oublier, afin de la neutraliser. A l'instar de Bergson, pour qui la tâche de la philosophie était d'aller chercher l'expérience au-dessus du tournant où, s'infléchissant dans le sens de l'utilité, elle devient proprement l'expérience humaine, Merleau-Ponty définit la philosophie comme «réactivation totale, pensée de la sédimentation, contact avec l'Etre total avant séparation de vie préthéorétique et de Gebilde humain». La tâche de la pensée est de se situer à ce tournant où l'expérience s'accomplit et se voile à la fois dans des productions où elle se fait proprement humaine, de définir un sens de l'Etre antérieur à la bifurcation du préobjectif et de l'oeuvre idéalisante. Le but des recherches ici réunies est de tenter de clarifier la nature exacte du tournant de l'expérience et, partant, de prendre pleinement la mesure de la radicalité du projet phénoménologique merleau-pontien.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.
Ce livre n'est pas un exposé de la métaphysique cartésienne, mais s'attache à la pensée qui l'anime et qui cherche en elle son expression. Ce mot "expression" introduit un premier postulat : une philosophie n'a de sens que par référence à une certaine vision du monde dont précisément elle veut être l'expression. A l'origine il y a un esprit qui regarde l'univers, l'homme, Dieu et qui s'étonne de les voir comme on ne les a encore jamais vus. Qui dit "expression" dit donc volonté de communication. La vision du monde - c'est le second postulat - n'est en aucune façon une sorte d'essence intemporelle et elle ne peut être séparée de son "environnement" historique. Ainsi tout texte a deux contexte : l'ensemble ordonné d'idées duquel il tient son sens et un certain dialogue qu'il doit rendre propice à la transmission de ce sens.